La PME spécialiste de l’assainissement par des plantes de milieux humides a fait la preuve de la pertinence de sa solution pour l’épuration des eaux usées dans les jardins des maisons non raccordées à un système collectif de traitement. Elle l’étend désormais à la toiture d’immeubles, grâce au prototype mis au point avec le groupe Soprema, et même à des constructions flottantes.


Aquatiris avait déjà conquis les sols avec ses solutions d’assainissement végétalisées. Voilà qu’elle gagne aussi les toits. Avec une caution de choix : le groupe Soprema, géant mondial de la couverture et de l’étanchéité, a choisi de travailler avec la PME alsacienne et bretonne au développement d’une « phyto-épuration », un traitement des eaux usées par les plantes. Le prototype patiemment mis au point pendant quatre ans a débouché sur la première solution du genre opérationnelle dans le monde, la « Skywater Clear » . Elle est posée sur l’un des toits du nouveau siège de Soprema à Strasbourg inauguré en septembre dernier.

Les eaux issues du restaurant et des bureaux de cet immeuble sont d'abord débarrassées de leurs parties solides envoyées vers le tout-à-l’égoût et de leurs matières grasses et en suspension par un premier filtre de copeaux de bois. Puis elles sont dirigées vers la toiture pour y percoler dans un filtre de plantes de milieux humides qui les épure de sorte à les rendre aptes au nettoyage des toilettes et à l’arrosage.

« Cette réunion des compétences d’Aquatiris, de nos équipes avec notre gamme de toitures-terrasses Skywater, de notre filiale girondine Kipopluie et du Laboratoire Eau Environnement et Systèmes Urbains (Leesu) de l’Ecole des Ponts Paris Tech fait ainsi ses preuves sur une première échelle de 128 m2 de bassins, qu’il s’agira de déployer sur des dimensions plus importantes », souligne Lionel Sindt, responsable technique et innovation de Sopranature, la division concernée chez Soprema.

 

aquatiris exemple
Au Val d'Ajol (Vosges), la phyto-épuration des eaux usées façon Aquatiris irrigue en goutte-à-goutte des champs de culture.


La Skywater Clear va connaître une seconde application en Ile-de-France, sur la caserne des pompiers de Saint-Denis, en fin d’année après les Jeux Olympiques qui mobilisent particulièrement cette installation et ses équipes. L’avant-JO a aussi procuré à Aquatris une référence de choix, sur une autre de ses spécialités : la phyto-flottation. Il s’agit ici de traiter les eaux usées d’habitations sur l’eau. Or leurs rejets constituent un facteur parmi d’autres de complication pour l’objectif ambitieux de rendre la Seine apte à l’accueil des épreuves de nage libre l’été prochain.

Le sujet mobilise tous les territoires proches en amont du lieu de compétitition. Dans ce cadre, et dès 2020/2021, la ville de Port-Marly (Yvelines) a fait appel à Aquatiris. Avec succès : 23 prélèvements microbiologiques conformes pour la baignade, et les 3 derniers « aux ajustements effectués » pour être prêt pour le rendez-vous olympique. Ces deux exemples illustrent la diversification de la palette de solutions d’Aquatiris qui fait changer de dimension à cette PME aux effectifs de 30 salariés répartis entre son siège de Bréal-sous-Montfort (Ille-et-Villaine) et Schiltigheim en périphérie de Strasbourg (Bas-Rhin). 

 expo mulhouse

 

Son activité a démarré en 2007 par les « jardins d’assainissement », des solutions de traitement des eaux usées par les plantes aquatiques – iris, roseaux, salicaires, Carex (laîche des marais, laîches des rives…), menthe aquatique, etc. - ciblées vers les particuliers ou autres propriétaires non raccordés à un système d’assanissement collectif, soit tout de même 5 millions de foyers en France. « Nous avons ainsi cumulé près de 18.000 installations pour le traitement écologique de 17 milliards de litres d’eau, l’équivalent de 142 millions de baignoires », calcule Martin Werckmann, cofondateur d’Aquatiris.

Cette activité exercée surtout dans les jardins de maisons individuelles reste dominante, mais elle n’est plus exclusive, comme l'explique le dirigeant. « Nous avons élargi notre offre ces dernières années, vers la phyto-toiture d’immeubles et la solution phytoflottante, mais aussi vers la « phyto-tiny » pour tiny houses et la « phyto-Reut. ». Celle-ci entend tirer partir du développement de la Réutilisation des eaux usées traitées (Reut) que l’évolution de la règlementation rend progressivement possible, bien que timidement encore pour l’heure.

Son démonstrateur de phyto-Reut a été implanté en 2023 au Val d’Ajol (Vosges). Les eaux usées (venues des éviers, lavabos, machines laver et douches) d’un hôtel-restaurant et de cinq résidences secondaires  s'y transforment par la « magie » d’un filtre de roseaux en un système d’irrigation en goutte-à-goutte d’un champ d’orties, elles-mêmes cultivées pour remplacer le plastique et le textile dans certains usages.

  

Réseau de franchisés 

AQUATIRIS phytoplantation
L'application du procédé de la PME a été étendue à des habitations et embarcations sur l'eau, en premier lieu à Port-Marly (Yvelines) pour gérer les rejets d'eaux usées en amont de la Seine dans la perspective des Jeux Olympiques.


Les prix des « produits Aquatiris » sont plus eléves au départ que des solutions conventionnelles, de l’ordre de + 10 % à + 20 % , « mais ils économisent une fosse septique et l’entretien », argumente Martin Werckmann. Egalement précieux pour chasser les îlots de chaleur, ils sont distribués principalement via un réseau de franchisés qui a pris son envol : l'ingénieriste en compte environ 60 aujoud’hui et vise le seuil des 80 en 2025. Ce qui porte à 300 les emplois aujourd’hui liés à la PME, dont le chiffre d’affaires atteint 10 millions d’€.

« Nous sommes surtout implantés dans le Nord et l’Est de la France, nous comptons devenir un acteur de plus en plus national », énonce son dirigeant. Aquatiris a également fait ses débuts à l’export proche depuis 2022 (Allemagne, Suisse) et manifeste là aussi l’ambition d’aller plus loin, « vers la Belgique, le Luxembourg ou encore l’Italie. »

 Groupe Active - Bandeau Newsletter -TEN

 

Pour le cofondateur  d'Aquatiris avec Edwige Le Douarin, l’innovation constituera la clé pour la poursuite de la croissance et la capacité à convaincre de nouvelles clientèles comme les promoteurs et les bailleurs sociaux. « Cette fonction de R&D est particulièrement dévolue au site strasbourgegois », relève Martin Werckmann.  La société n’y emploie qu’une minorité des effectifs, soit 9 personnes, mais la « quasi-totalité » de l’équipe innovation avec ses 6 développeurs, appelés à être rejoints par de nouveaux ingénieurs prêts à servir un objectif écologique.

Photos fournies par l'entreprise

Commentez !

Combien font "3 plus 7" ?