Nous vous souhaitons de passer de belles fêtes et de profiter d'un repos bienfaiteur au terme d'une année sans doute intense. Nous vous retrouverons pour relater de nouvelles actualités dès les premiers jours de 2024. En attendant, nous vous proposons de revenir sur quelques informations marquantes depuis deux mois dans les entreprises de Bourgogne-Franche-Comté et du Grand Est. Aujourd'hui : Lacto Sérum France.La filiale du géant laitier Lactalis et son fournisseur d’énergies renouvelables Newheat ont inauguré, ce 8 décembre à Verdun (Meuse), la plus grande centrale solaire thermique de l’Hexagone à usage d'un industriel. Ses 15.000 m² de panneaux fourniront 6% de la chaleur nécessaire à la fabrication de poudre de lactosérum, un premier pas vers la décarbonation de l’usine.
ARTICLE DÉJÀ PUBLIÉ LE 12 DECEMBRE 2023. La chaleur renouvelable produite à partir d’énergie solaire pourrait apporter la pierre manquante à la construction d’une industrie neutre en carbone. A Verdun (Meuse), Lacto Sérum France, filiale du géant laitier Lactalis, expérimente avec son partenaire Newheat cette ressource alternative à la biomasse. Le 8 décembre, le site meusien a inauguré une installation de 15.000 m² de panneaux solaires thermiques, en présence notamment de Jean-Luc Bordeau, directeur général de Lactalis Ingrédients, et du président de l’Ademe, Sylvain Waserman.
« Il s’agit de la plus importante installation solaire thermique construite à ce jour en France pour un industriel », annonce Hugues Defréville, le président de Newheat. Ce champ solaire est le cinquième construit par ce fournisseur bordelais d’énergies renouvelables. D’une capacité de 12,4 mégawatts crêtes, il vise à alimenter les procédés de fabrication de poudre de lactosérum, non pas en électricité, mais en chaleur.
L'équipement représente un investissement de 6 millions d’€ cofinancé à 55% par l’Ademe via l’appel à projets « Grandes installations solaires thermiques. » Il est également soutenu par le groupement d’intérêt public Objectif Meuse (créé dans la perspective du centre Cigéo de stockage de déchets nucléaires à Bure) et la région Grand Est pour un total d’un peu plus de 500.000 €.
Il est venu se greffer à une tour de séchage dernier cri ouverte il y a deux ans par Lactalis, au terme d’un investissement de 40 millions d’€. Il en résulte la production de poudre de lactosérum à partir d’une chaleur renouvelable qui va couvrir 6% des besoins totaux en vapeur de l’usine, soit une première étape vers sa décarbonation. L'infrastructure abaissera de 2.000 tonnes les émissions annuelles de C02 du site.
Cette évolution intéresse la clientèle de Lacto Sérum France, formée des industriels de l’agroalimentaire, très friands de cet additif naturel obtenu à partir de sérum ou « petit-lait », un résidu de la fabrication de fromages. De quoi pérenniser également les 140 emplois de l’usine meusienne, ayant réalisé un chiffre d’affaires de 124 millions d’€ en 2022.
Technologie simple et robuste
© Philippe Bohlinger
Entrée de fait en activité depuis l’été dernier, la centrale produira 8.000 mégawattheures par an d’énergie, une ressource stockée sous forme d’eau dans 3.000 m3 de cuves, puis conduite jusqu’à la tour de séchage de Lacto Sérum France, 150 mètres plus loin.
L’originalité du process réside dans le fait que Newheat a installé et exploite un réseau d’eau chaude à 80°C qui est imbriqué dans le réseau de vapeur de l’industriel. La matinée de l’inauguration, sous un ciel voilé par le brouillard, ce réseau se mettait doucement en route, avec une eau atteignant un maximum de 38°C dans la cuve de stockage, pour un air extérieur à 7°C.
« Il peut sembler surprenant de construire une centrale solaire de cette envergure dans le nord-est de la France. Mais la compétitivité d’une telle installation ne dépend pas que de l’ensoleillement. Elle découle aussi des niveaux de température à atteindre. Or à Verdun, nous travaillons plutôt à basse température, avec pour objectif de préchauffer l’air entrant. L’été, nous préchaufferons l’air sec entre 15 à 80°C, l’hiver ce sera plutôt de 0 à 40°C. Le complément pour atteindre les 160°C nécessaires aux procédés du petit-lait sera apporté par des chaudières traditionnelles au gaz. Enfin, la taille de l’installation meusienne permet de réaliser des économies d’échelle », complète le président de Newheat.
Une centrale biomasse à l’étude
Le site Lactalis ne compte pas s’arrêter là. D’autres systèmes de production d’énergie « verte » pourraient venir se greffer à la cuve, afin d’augmenter encore la part de chaleur renouvelable : boucle de récupération de la chaleur fatale, pompe à chaleur...
Le directeur général de Lactalis Ingrédients lève également le voile sur un ambitieux projet qui vise à décarboner de 50% supplémentaires la vapeur de l’usine de Verdun à l’horizon 2026. « Un prestataire énergétique va investir dans une chaufferie biomasse destinée à alimenter notre usine ainsi que celle, voisine, de Valtris (producteur de biocarburant). Nous sommes au stade des études de faisabilité. »
Le nom désigné la société créée par le groupe Newheat spécifiquement pour le projet de centrale solaire thermique à Verdun. Elle est détenue à 51% par son fondateur et à 49% par les fonds pour la transition énergétique des régions Occitanie (Arec), Auvergne-Rhône-Alpes (Oser ENR) et Nouvelle Aquitaine (Terra Energies). L’entreprise a signé avec Lactalis un contrat de fourniture d’énergie renouvelable pour une durée de 25 ans. Newheat, fondée en 2015 à Bordeaux, compte faire du projet meusien la vitrine de son savoir-faire.
L’entreprise de 45 salariés (chiffre d’affaires de 5,2 millions d’€ en 2022) a d’ailleurs annoncé, le 14 novembre dernier, une levée de fonds de 30 millions d’€ auprès de Swen Capital Partners et de ses partenaires historiques Noria, Bpifrance, le groupe Etchart et la holding Holdheat. Cette enveloppe vise à mener à bien quinze projets de centrales solaires thermiques au cours des trois prochaines années, qui représentent un investissement total de 150 millions d’€.






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