Plus de 200 ans après le mythe de la cité idéale de Claude Nicolas Ledoux, le site d’Arc-et-Senans, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco et situé à mi-chemin entre Besançon et Dole, concrétise l’utopie de l’architecte de Louis XV. Architectes et paysagistes sont invités à imaginer la version contemporaine de la ville de Chaux qui devait compléter le demi-cercle de la saline royale. La motivation de l’établissement public de coopération culturelle, gestionnaire des lieux, et du conseil départemental du Doubs, son propriétaire, est également économique.

Dans cinq ans, la ville de Chaux, immortalisée par une gravure de Claude Nicolas Ledoux dans son traité sur l’architecture publié en 1804, verra – enfin – le jour.  La « cité idéale » imaginée par l’architecte devait compléter dans un cercle parfait, le site industriel de la Saline royale d’Arc-et-Senans commanditée par Louis XV et depuis 1982, patrimoine mondial de l’Unesco.
Organisés dans une géométrie semi-circulaire, de part et d’autre de la maison du directeur, les onze bâtiments étaient affectés à deux fonctions  : l’exploitation du sel gemme du sous-sol de cette contrée entre Doubs et Jura, et l’habitation des ouvriers, dans les berniers formés de chambres autour d’une salle commune.
Avec en son centre, la manufacture de sel, la ville de Chaux devait être une ville à la campagne, en phase avec le développement des idées humanistes du 18ème siècle, qui aurait permis à ses habitants de vivre dans la concorde et la fraternité grâce à l’organisation spatiale et une architecture majestueuse.

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Localisation de la prairie de 19 ha, au nord du site de la Saline royale où sera déployé le projet "Un cercle immense" sensé donner vie à la cité idéale de Claude Nicolas Ledoux. Cliquer sur l'image pour l'agrandir. © Damien Cabiron
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Vue aérienne des bâtiments de la Saline royale d'Arc-et-Senans, ouverts au public. © Collection Saline Royale.

Le projet d’achèvement de la ville de Chaux, baptisé « Un cercle immense », lancé cet été par l’établissement public de coopération culturelle (EPCC) qui exploite le site pour le compte du département du Doubs, propriétaire, n’engagera pas de maçonnerie. Ni marché ni bains publics ni casernes ni l’église dessinées par Claude Nicolas Ledoux dans son traité sur l'architecture. Trop utopiste, et coûteux. Mais une interprétation contemporaine inspirée, raconte Hubert Tardy, le directeur de l’EPCC, par l’exposition temporaire sur les cités végétales de l’architecte Luc Schuiten, montrée l'été 2018 à la saline.


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Au-delà du mur d’enceinte nord, les 19 hectares de prairies deviendront un jardin pédagogique représentant les écoystèmes jurassiens (reculées, karst, forêts, pelouses, tourbières etc.) qui questionnera le public sur la préservation de la biodiversité et des ressources naturelles. Voulu aussi comme « une vitrine des techniques des métiers du paysage », le site pourra muter en zone d’accueil de grands concerts. Le festival des jardins éphémères qui se déroule à la belle saison depuis près de 20 ans à l’entrée de la saline, sur les anciens potagers ouvriers, sera déplacé en bordure de l'extension.

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Gravure de Claude Nicolas Ledoux dans "L'architecture considérée sous le rapport de l'art, des moeurs et de la législation", publié en 1804.
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La maquette de la ville de Chaux parmi une soixantaine de projets réalisés ou non, présentés au musée dédié à l'architecte au sein de la saline royale. © Traces Ecrites.

Pour aménager ce vaste espace, un concours d’architectes et de paysagistes est ouvert jusqu’à la mi-septembre. Trois équipes seront sélectionnées pour présenter une esquisse et le choix du lauréat interviendra en novembre. Les travaux démarreront à la rentrée 2020 pour une ouverture au public par étapes entre mai 2021 et mai 2023.
Le financement du projet évalué 2,5 millions d’€ s’appuie la tradition du mécénat d’entreprises (avec avantages fiscaux et conditions d’accueil privilégiées), qui donne de bons résultats depuis des années pour la restauration des bâtiments de la saline. Un club des mécènes a l’ambition de réunir des entreprises du bâtiment et du paysage après des habituels financements publics, en provenance principalement de l’Etat, du conseil départemental du Doubs et de la Région Bourgogne-Franche-Comté. 

Séminaires, spectacles et résidences d’artistes

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La berne Est qui sera transformée en salle de spectacles et de congrès fin 2021. © Collection Saline Royale.

Moins spectaculaire, la transformation de la berne Est en salle de congrès et de spectacles est économiquement importante pour le gestionnaire. Le bâtiment de 1.500 m2 avait été un temps réservé aux haras de Besançon et un plancher en béton avait été construit dans les années 1950 en vue de cette installation qui n’a jamais eu lieu. Au rez-de-chaussée, la capacité d’accueil des séminaires sera portée à un millier de places debout et 500 assises. À l’étage, des studios de répétition et d’enregistrement accueilleront les stages de musique d’un troisième projet, très ambitieux, qui s’appuie sur l’organisation depuis 2016 de résidences de musique baroque conduites par le chef d’orchestre espagnol Jordi Savall.
Candidat à l’appel à projets Investissements d’Avenir, le projet musical baptisé Music@mpus est chiffré à 12 millions d’€, indépendamment des 7,6 millions d’€ de travaux de rénovation de la berne que conduira le conseil départemental du Doubs début 2021 pendant un an et demi. « En diversifiant l’offre culturelle en direction d’autres publics, de proximité comme de dimension internationale, et en l’étalant tout au long de l’année, nous augmenterons nos ressources propres et nous protègerons d’une possible baisse des fonds publics », explique Hubert Tassy, le directeur.

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Renforcer l’autonomie de gestion

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Vue de la maison du directeur, depuis les jardins construits au fil du temps grâce au festival annuel des jardins. © Traces Ecrites
Le projet « Un cercle immense » vise à augmenter à 160.000 fin 2023, le nombre de visiteurs qui tourne autour de 120.000 par an (122.234 en 2018) ainsi que de congressistes (10.000 en 2018). Pour pérenniser un modèle qui a déjà une belle part d’autofinancement, à 55% sur un budget annuel de 6 millions d’€, l’établissement public de coopération culturelle (EPCC) cherche à diversifier la provenance des visiteurs (pour 49% des Francs-comtois) ainsi que l’offre culturelle en dehors de la simple visite des lieux agrémentée du musée dédié à l’oeuvre Claude Nicolas Ledoux, d’une exposition permanente sur l’activité industrielle de la saline et d’expositions temporaires estivales (*).
Les recettes de 3,84 millions proviennent des entrées (1,11 million d’€ de billetterie en 2018), des événements d’entreprises (chiffre d’affaires de 614.000 € en 2018, en progression de près de 150.000 € par rapport à 2017), de la restauration, de la librairie (365.476 €) et de l’hôtel 3 étoiles (215.000 €) aménagé au sein du monument, qui a réalisé près de 6.000 nuitées l’an dernier, majoritairement pour des séjours de particuliers.
La saline royale travaille aussi avec les comités d’entreprises et fait partie désormais des circuits touristiques des agences de voyage. La diversification passe aussi par des activités hivernales : la patinoire qui s'installera cet hiver pour la 3ème année consécutive et le marché de Noël, et un spectacle son et lumière estival. Les résidences d’artistes ont également vocation à apporter des ressources complémentaires.
Le mécénat d’entreprises et de particuliers intervient, lui, sur les investissements et l’organisation d’événements sous la forme de dons avec déduction fiscale et d’apports de compétences. Il a généré 340.000 € de recettes en 2018 et a vocation à prendre de l’ampleur. Le site emploie 42 salariés en CDI pour 57 équivalents temps plein. 

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(*) Les expositions estivales 2019 se poursuivent : jusqu'au 20 octobre 2019 pour "Woodstock Spirit", une déambulation immersive dans les années 1960 à l'occasion des 50 ans du fameux festival, et "Le Monde de Jules Verne" jusqu'au 5 janvier 2020.
Ce dimanche 15 septembre à 15h, l'organisateur de Woodstock 1969, Michael Lang, sera exceptionnellement présent. Accessible au public avec le billet d'entrée de la saline.

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L'exposition Jules Verne dans la maison du directeur passe en revue les engins imaginés par Jules Verne dans ses Voyages extraordinaires, sous les traits de plume et lavis de Jean-Pierre Bouvet (ci-dessous) et avec des maquettes de collectionneurs. © Traces Écrites
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Le festival des jardins s'achève le 20 octobre par une foire aux plantes. Il est conçu par des étudiants des grandes écoles du paysage et mis en place par des élèves, du CAP au BTS, d'établissements horticoles de France, Belgique et Suisse.
© Traces Écrites

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