Sept ans après son sauvetage par Andy Wolf Eyewear, la manufacture de lunettes métalliques de Saint-Pierre, dans le haut-Jura, regarde l’avenir avec sérénité. Son expertise dans le soudage de précision lui ayant ouvert des partenariats avec le monde du luxe, Mandrillon projette de doubler sa surface afin d'augmenter ses capacités de production.


Chez Mandrillon, des cœurs sont dessinés partout. On pourrait y voir un symbole de la résurrection de cette manufacture de lunettes établie à Saint-Pierre, entre Morez et Champagnole, dans le Jura.

En effet, en 2016, au terme de longues années de difficultés financières, l’entreprise et ses 12 salariés de l’époque ont été sauvés d’une liquidation judicaire par Andy Wolf Eyewear. Cette société autrichienne a épongé les dettes et remis à flot l’affaire sexagénaire qui travaillait auparavant en sous-traitance pour des marques comme Façonnable, Majorette ou Oxibis.
 

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Mandrillon dispose de 48 postes manuels de soudage/brasage de précision, à haute fréquence et par forte intensité. Six autres postes sont en cours d'installation dans l’atelier. © Laurent Cheviet.


Le redressement est spectaculaire. Générant un chiffre d’affaires de 4 millions d’€, l’entité jurassienne a renoué avec les bénéfices et quadruplé son effectif : elle emploie désormais 47 personnes, des femmes en majorité.
Mandrillon continue de recruter, au rythme de « deux embauches par trimestre » évalue son gérant Didier Jacquemin-Verguet. Le manufacturier sort annuellement de ses ateliers 150.000 paires de lunettes métalliques « Origine France Garantie », en s’appuyant sur un réseau local de fournisseurs et sous-traitants. 

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Deux-tiers de cette production est destinée à la marque de créateur Andy Wolf, lancée en 2006 par Andreas Pirkeim et Wolfgang Scheuer en Styrie, dans le sud de l’Autriche. « Leur concept était ‘’on dessine, on fabrique, on vend et on assure le service après-vente’’, explique Didier Jacquemin-Verguet. Dès le départ, ils se sont associés à une manufacture de montures en acétate (*) à Hartberg. Ensuite, ils ont cherché une usine afin d’intégrer aussi la production des lunettes en métal. » D’où l’intérêt qu’ils ont manifesté envers Mandrillon. 

Un point commun entre Lady Gaga et Beyoncé

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84 % des composants utilisés dans les lunettes Andy Wolf sont issus d’entreprises situées dans les bassins de Morez et Champagnole,
à une vingtaine de kilomètres de la manufacture. © Laurent Cheviet.

 

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La PME jurassienne compte faire passer sa cadence annuelle de 150.000 à 250.000 montures dans les trois ans. © Laurent Cheviet

 
La PME haut-jurassienne assemble également des montures brutes, semi-finies, ainsi que des composants de maroquinerie et des bijoux pour le luxe. Cette activité en sous-traitance (**), qui représente 20 % de ses ventes, s’appuie sur un savoir-faire bien particulier que l’entreprise de Saint-Pierre a su conserver : le soudage de précision. « Nous avons choisi de nous spécialiser dans un métier qui s’est beaucoup délocalisé, car coûteux en main-d’œuvre, revendique son dirigeant. Et comme on ne trouve plus d’opératrices qualifiées, nous les formons en interne pendant trois à six mois. »

Autre particularité : si Andy Wolf externalise, en proximité, une partie de la finition (notamment auprès d’UNT à Morbier et de Sublimétal à Champagnole), la coloration de ses élégantes montures est réalisée chez Mandrillon, toujours à la main.

 

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Portées par des célébrités comme les chanteuses Lady Gaga et Beyoncé, les lunettes de la marque sont distribuées dans 69 pays. Loin derrière l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse, la France reste encore un marché à conquérir pour des modèles vendus entre 250 et 400 €. Mais le prestigieux trophée Silmo d’Or, décroché en septembre dernier à Paris lors du salon mondial de l’optique, devrait contribuer à accroître la notoriété d’Andy Wolf auprès des opticiens français.

Confiant dans le soutien de son propriétaire autrichien et « les partenariats avec des maisons de luxe », le dirigeant de Mandrillon entend faire grimper la capacité de production à « 250.000 montures dans trois ans ».
 

Jusqu’à 2 millions d’€ d’investissement

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La PME projette d'agrandir ses ateliers et d'en augmenter le confort de travail pour son personnel. © Laurent Cheviet.


Pour atteindre cet objectif, une extension des bâtiments nécessitant un investissement « entre 1,5 et 2 millions d’€ » est programmée courant 2024.
Les travaux envisagés permettront de doubler la surface du site, représentant 800 m2 aujourd’hui. Une cafétéria et une terrasse seront aménagées « pour le bien-être des salariés ».

De plus, des panneaux photovoltaïques, des récupérateurs d’eau et une chaudière biomasse alimentée par les déchets d’une entreprise voisine devraient réduire significativement l’empreinte écologique de la manufacture.

 

Qui est Didier Jacquemin-Verguet ?

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Didier Jacquemin-Verguet (à droite) poursuit depuis 2017 sa carrière dans la lunetterie jurassienne dans la filiale d'Andy Wolf Eyewear, qu'il a rejoint dans un premier temps comme consultant. © Laurent Cheviet.

« Mon père disait qu’il n’y aurait plus d’usines ici. J’ai toujours voulu prouver le contraire » : originaire de Morez, Didier Jacquemin-Verguet, 56 ans, a traversé toutes les difficultés de la lunetterie française dont la ville jurassienne fut la capitale. Il a cru une première fois démentir la prédiction paternelle avec Logo, la société centenaire (disparue en 2016) dont il fut directeur général et industriel jusqu’en 2012.

Depuis 2017, le groupe Andy Wolf Eyewear, qu’il a d’abord rejoint comme consultant, lui offre une seconde chance de tenir sa promesse. Didier Jacquemin-Verguet dit vouloir consacrer les dernières années de sa vie professionnelle à la transformation de la manufacture de Saint-Pierre en une « entreprise de demain », attachée à ses savoir-faire mais aussi respectueuse de ses fournisseurs, de ses salariés et de son environnement.

(*) L’acétate de cellulose est un plastique d’origine naturelle, fabriqué à partir de fibres de coton.

(**) Mandrillon a également repris la production - et une partie des salariés - de Fidela 1820, la plus ancienne manufacture de lunettes jurassienne liquidée en novembre 2022.

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