Jean-François Jacquemin, directeur général d'Alsace Innovation.
Jean-François Jacquemin, directeur général d'Alsace Innovation.

AVIS D'EXPERT. Alors que la Bourgogne vient de lancer la 5ème édition du Mois de l'innovation, jetons un regard sur ce qui se passe tout à côté.

Résultat du rapprochement des structures d’appui à l’innovation du conseil régional d'Alsace et des chambres de commerce et d’industrie, l’agence régionale de l’innovation Alsace Innovation a bientôt un an et demi d’existence.

Premier check-up avec son directeur général Jean-François Jacquemin.

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Alsace Innovation est la dernière née des agences régionales alsaciennes, en avril 2012. Pourquoi avoir tant tardé ?

Quand on regarde ce qui se passe en France, je dirais que nous sommes parmi les premiers… Je ne nous connais pas d’équivalent, à savoir une agence unique résultant du rapprochement des structures d’appui à l’innovation du conseil régional et des chambres de commerce et d’industrie. On rencontre fréquemment des structures d’appui à l’innovation, qui sont simplement un service au sein d’une agence généraliste de développement économique.

Alsace Innovation est le produit de la fusion entre l’Agence régionale de l’Innovation et le réseau des CEEI (CCI). Il faut reconnaître qu’auparavant, ces outils coopéraient peu, ils faisaient même parfois doublon. Leur rapprochement répond à un souci d’efficacité et d’optimisation de l’argent public.

Mais il y a aussi une urgence économique. On sait le tissu industriel alsacien fragile, et que l’une des raisons tient à la faiblesse de l’innovation.

Pendant des années, la stratégie de développement économique a été fondée sur l’accueil d’unités de production étrangères, ce qui a fait la force de l’économie alsacienne avec un taux de chômage bas et un revenu par habitant élevé. Mais il s’agissait très souvent d’unités de productions sans moyens associés de R&D. Or, dans une compétition mondiale exacerbée, la survie pour les entreprises repose sur deux piliers : l’innovation et l’exportation.

Les chiffres sont clairs : la R&D représente 1,75 % du PIB alsacien, alors que la moyenne française se situe à 2,2 % et que l’Europe se fixe un objectif de 3 %. L’excellence de la recherche publique alsacienne est incontestée, le souci se situe donc bien dans la recherche privée et dans le transfert du savoir-faire universitaire vers les PME.

Comment opérez-vous pour détecter l’innovation dans les entreprises ?

Nous utilisons nos propres forces, mais nous nous appuyons aussi sur un écosystème régional dynamique, renforcé ces deux dernières années par l’émergence de nouveaux acteurs, issus du Programme d’Investissements d’Avenir : la Satt (société d'accélération de transfert de technologies) Conectus, l’IHU (Institut hospitalo-universitaire), les LabEx (laboratoires d’excellence), etc. Nous avons donc œuvré à (re)définir les compétences de chacun en les regroupant par familles.

Lauréat des Trophées Alsace d’innovation 2012, Cellutec (80 salariés à Burnhaupt-le-Haut, Haut-Rhin) a été récompensée pour S’mouss, un support pour tablettes tactiles en mousse polyéthylène à la fois légère et résistante.
Lauréat des Trophées Alsace d’innovation 2012, Cellutec (80 salariés à Burnhaupt-le-Haut, Haut-Rhin) a été récompensée pour S’mouss, un support pour tablettes tactiles en mousse polyéthylène à la fois légère et résistante.

Les généralistes de l’accompagnement des entreprises (agences de développement, CCI, Chambre des métiers, services économiques de la Région ou de l’Etat…) deviennent les guetteurs qui détectent l’innovation.

Ensuite, il y a ceux qui valident le projet et accompagnent le développement des produits ou procédés innovants, comme les pôles de compétitivité ou Alsace Innovation.

Enfin, les experts (Critt, laboratoires universitaires,…) savent traiter le contenu technologique d’un projet. L’ensemble s’appuie sur un outil alsacien de veille technologique pas assez connu, le CRVS (Centre Régional de Veille Stratégique), localisé à la CCI de Colmar Centre-Alsace.

Enfin, il y a les grappes et clusters qui ont pour objectif de faire travailler ensemble des entreprises d’un même secteur ou d’une filière. Dotées de moyens internes plus limités, ces structures créent des coopérations entre les entreprises et délèguent certaines missions à l’extérieur : l’exportation à la CCI et l’innovation à Alsace Innovation.

Nous avons signé des conventions avec l’Aria (agro-alimentaire), Rhenatic (TIC) et le Pama (aménagement de la maison - ameublement) pour renforcer ces coopérations, et comptons poursuivre ainsi avec tous les autres.

Dotée d’une équipe de 16 personnes, aux compétences variées et complémentaires (chimie, mécanique, biotechnologies, informatique, agro-alimentaire, …), Alsace Innovation accompagne la mise en place de l’innovation sur une durée allant de quelques mois à deux ans.

Nous faisons appel à des compétences spécifiques à chaque phase de la réalisation du programme : validation et sécurisation de la propriété Intellectuelle, développement technologique, commercialisation, selon le principe de l’idée au marché

Enfin, pour faciliter la décision d’investir dans l’innovation, nos équipes apportent aux entreprises des moyens de financement du projet, sous forme de subventions publiques régionales, nationales ou européennes, ou sous forme de recherche de fonds propres (capital-amorçage ou capital-risque) en s’appuyant sur des réseaux spécialisés : business angels, acteurs de capital investissement régionaux ou nationaux.

Surtout, nous souhaitons être identifiés par toute entreprise comme sa porte d’entrée principale vers l’innovation.

Les PME ne sont-elles pas rebutées par le fait qu’on associe innovation à révolution ?

Oui, il faut s’entendre sur ce que recouvre le terme générique d’innovation. Le saut technologique, l’innovation de rupture, le brevet génial sont des denrées rares.

Nous cherchons de façon réaliste à stimuler l’avancée continue, pas à pas, pour que le produit aille sur le marché, le plus vite possible. Un produit innovant, c’est avec l’export, l’un des moyens de tenir le choc de la conjoncture actuelle.

Combien d’entreprises visez-vous ?

Je viens d’évoquer le risque de doublons, à savoir que tout le monde aille voir les mêmes entreprises, au risque de passer à côté de toutes les autres. C’est un peu ce qui se passait en Alsace : nous avons un noyau de 500 entreprises régulièrement bénéficiaires d’aides à l’innovation.

Nous visons à terme un tissu dix fois plus important, soit 5 000 entreprises. Pour y parvenir, il faut organiser l’ensemble des acteurs de l’innovation vers une action volontariste.

Pour quel premier bilan ?

En un an, Alsace Innovation a rencontré 300 entreprises, dont une bonne part n’avait jamais bénéficié d’aides à l’innovation. Nous avons suivi 212 projets, et réalisé 374 prestations (diagnostic et structuration/formalisation du projet, accès à des financements, aide à l’accès aux marchés, propriété intellectuelle).

Autre lauréat, Sit-AB à Diemeringen (Bas-Rhin) a mis au point IT-Fix, un système de fixation pour rupteurs de ponts thermiques qui permet d’ajouter des éléments extérieurs lourds sur les façades.
Autre lauréat, Sit-AB à Diemeringen (Bas-Rhin) a mis au point IT-Fix, un système de fixation pour rupteurs de ponts thermiques qui permet d’ajouter des éléments extérieurs lourds sur les façades.

Sur ces projets, 66 ont bénéficié de financements pour 7,5 millions d’€ de levée de fonds publics ou privés, régionaux, nationaux ou européens. Ils ont créé 57 emplois.

Les trois premiers secteurs ont été les TIC (18 % des dossiers), l’agro-alimentaire (14,5 %), l’énergie et l’environnement (13 %).

J’ai conscience qu’il y encore du travail, mais une véritable dynamique est aujourd’hui enclenchée.

Relire l'article de Traces Ecrites News sur les trophées de l'innovation ici. Photos : Alsace Innovation, ITF et Cellutec.

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