L’association créée par Bernard Streit, l’ancien dirigeant de Delfingen à Anteuil (Doubs), en hommage à son frère Philippe poursuit par le travail à façon pour la maroquinerie, le développement d’un pôle rural du travail handicapé de première importance. Cette nouvelle société « Lyss, des mains autrement » doit permettre de doubler les effectifs des différentes entreprises rattachées à l'association, représentant une centaine aujourd’hui. La prochaine étape pourrait être la contribution à la mutation du tissu économique local vers les activités induites par la transition énergétique.


Entre la discrétion de son « patron » et celle de son secteur d’activités, la naissance, le mois dernier, de la manufacture de maroquinerie Lyss dans les très soignés locaux de l'association Action Philippe Streit à Anteuil (Doubs) n’a pas fait grand bruit. Elle a quand même pris un petit bain de lumière la semaine dernière. La Banque des Territoires Bourgogne-Franche-Comté est venue signer le prêt de 350.000 € qui a apporté un tiers de son financement aux investissements en machines dont la structure s’est dotée pour son démarrage de production, effectif depuis le mois dernier (*).

Son directeur régional, Mathieu Aufauvre, a paraphé le document avec Bernard Streit, président de l'association qui abrite cette manufacture particulière : elle est composée de travailleuses et aussi de quelques travailleurs handicapés, la cause que l’ancien patron du groupe Delfingen – son fils Gérald lui a succédé – a embrassée en souvenir de son frère Philippe, handicapé de naissance et décédé en 2017.

 

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Une vingtaine de ces personnes confectionnent ainsi les pièces de cuir qu’un premier client du luxe, restant anonyme, confient à l’atelier. L’effectif va augmenter dans les prochains mois, une seconde société ayant contracté avec « Lyss, des mains autrement » dans les matières textiles cette fois-ci. La société par actions simplifiée unipersonnelle (Sasu), filiale à 100 % d’Action Philippe Streit, planifie une centaine d’emplois pour 2026.

Mais la progression doit continuer à s’opérer pas à pas. Les manufacturiers et manufacturières sont formées au préalable pendant 11 semaines à leurs futurs gestes par un organisme créée pour la circonstance et également rattaché à la fondation. Simples d’abord, les tâches vont se complexifier ensuite, conformément à l’ambition de « Lyss » de fournir un résultat aussi impeccable qu’une entreprise « normale. »

 

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Les futurs manufacturières et manufacturiers sont formés au préalable pendant 11 semaines, au sein de l'atelier
qu'ils intègrent ensuite à Anteuil (Doubs)  © Action Philippe Streit


Pour cette raison, elle n’a pas lésiné sur les investissements en choisissant d’acquérir des machines de dernière génération, pour un montant d’1 million d‘€. « Nous aurions pu nous contenter de louer du matériel plus ancien. Mais nous voulons devenir parfaitement compétitifs. Ce projet, avec toutes ses vertus humaines et sociétales, repose sur un équilibre économique. La manufacture a bien vocation à dégager du résultat pour réinjecter les bénéfices dans les projets pour ce site », souligne Bernard Streit.

Et ces projets ne manquent pas : salle de restauration et de culture, chauffage par géothermie, quelque 4 millions d’€ sont planifiés jusqu'à l'année prochaine. Ils porteront l'lnvestissement cumulé à 10,8 millions d'€ depuis la création de l'association en 2019. Ils viendront remplir un peu plus les 5.000 m2 déjà bien occupés qui en font un pôle de premier plan du travail handicapé en milieu rural : 100 emplois aujourd’hui dont 75 % de handicapés, 230 prévus en 2026.

 

Centre de relations pour clients régionaux

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La convention de financement de l'acquisition de machines pour "Lyss, des mains autrement" a été signée le 27 septembre entre l'association Action Philippe Streit (présidée par Bernard Streit, au centre), la Banque des territoires
et l'organisme France Active Investissement. © Mathieu Noyer

 

Dans le prolongement des bureaux et ateliers du siège de l’équipementier Delfingen, s’active déjà l’entreprise adaptée VIPP & Philippe avec 80 personnes, à temps plein pour l’essentiel, dans un centre de relation clients qui s’est forgé un « portefeuille » d’une quinzaine de références pour des prestations variées : des enquêtes de satisfaction locataires pour des bailleurs sociaux (Territoire Habitat, Néolia, Ideha…), des planifications de rendez-vous, des actions commerciales, des mises sous plis de documents et saisie-traitement de commandes (pour la Banque Populaire BFC par exemple) : « Nous avons cherché à constituer une clientèle régionale », souligne Anaïs Denis, l'une des responsables de l'association. A côté, une entreprise adaptée de travail temporaire a également pris place, Kliff du groupe Ranstad.

Le projet général ne veut toutefois pas tourner à l’entre-soi d’une catégorie de personnes. C’est pourquoi le bâtiment s’est ouvert à d’autres fonctions, accessibles aux salariés de Delfingen et à la population en général : une mini-crèche pouvant accueillir une vingtaine de bambins au cumul de ses heures d’ouverture, ainsi qu’un centre médico-sporti. Remarquablement doté en équipements, il se met à remplir vite ses espaces de consultation de praticiens : kinés, psychologue...en attendant, avec impatience, un médecin généraliste.

Les encadrants de la Fondation ne cachent pas miser sur la qualité du cadre d’exercice et la modicité des conditions financières – accentuée par le régime d’exonération fiscale temporaire en Zone de revitalisation rurale - pour attirer des professionnels de santé et espérer contrecarrer la désertification qui ne manque pas de menacer le Pays de Clerval.

 

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A ce territoire, Bernard Streit compte léguer encore plus, en rejoignant les enjeux de développement économique. A l’occasion de la signature, l’ancien capitaine d’industrie a annoncé son intention, via Action Philippe Streit, de participer au montage d’un projet territorial « d’industrie verte » que portent de concert les communautés de communes des 2 Vallées Vertes (CC2VV) et du Pays de Sancey-Belleherbe, « pour en faire un marqueur d’identité », selon Sandrine Chalot, directrice des services de la CC2VV.

Se disant convaincu qu’il est temps de ne pas miser sur la seule automobile, Bernard Streit croit fortement à la viabilité d’une telle ambition. « Nous sommes proches des pôles forts de l’hydrogène et nouvelles énergies à Belfort et Montbéliard, raccordés à l’A 36 et disposons du potentiel de foncier de zones d’activités qui commence à se faire rare avec le ZAN (zéro artificialisation nette des sols) ». Et par-dessus-tout, « il y a les vertus rurales de simplicité, d’humilité et de courage ». Venant de celui qui a fait un leader international de la modeste société d’outillage née dans la ferme de son grand-père modestement émigré du village suisse de Radelfingen en 1915, cette parole mérite la plus grande attention.  

 

fondation Streit locaux
Les locaux d'Action Philippe Streit s'étendent sur 5.000 m2 qui se remplissent progressivement, dans le prolongement
du siège du groupe Delfingen. © Mathieu Noyer

 

(*) Les autres financements, pour aboutir au total d’1 million d’€, proviennent d'un apport en capital de l’association Action Philippe Streit, d’un prêt auprès de la Banque populaire Bourgogne-Franche-Comté et de France Active Investissement

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