« Relocalisations industrielles : la crise redistribue les cartes ! » s’interrogeait dernièrement un webinaire du salon BE 4.0. Pas si simple, La clé se trouve du côté de l'innovation, et probablement aussi de la transition énergétique. Mais aussi de bonnes volontés à créer un écosystème territorial, de la matière première au produit fini.


Le sujet est dans toutes les discussions des acteurs de l’économie et des politiques depuis la crise de la Covid-19 qui nous a mis devant le fait accompli : les difficultés d’approvisionnement de nombreux produits finis et matières premières dès lors qu’une activité industrielle hexagonale avait peu ou prou disparu.

La solution, prônée en premier lieu par le gouvernement avec le plan France Relance : il faut relocaliser. Evidence ou illusion ? Le webinaire « Relocalisations industrielles : la crise redistribue les cartes ! », organisé le 24 juin en ligne avec une cinquantaine de personnes par le salon BE 4.0 qui se tiendra les 30 novembre et 1er décembre au Parc des Expositions de Mulhouse, l’Etat (Territoires d’industrie), la Région Grand Est, Mulhouse Alsace Agglomération (m2A) et Grand E-Nov+ a tenté d’apporter des réponses.

 

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D’abord, la relocalisation n’est pas le remède miracle, a exposé Daniel Richet, directeur général du Cetim. « La crise sanitaire a le mérite de replacer  la souveraineté de l’industrie dans le débat, mais faire revenir en France des usines délocalisées précédemment par les grandes filières est un exercice difficile, voire d’exception », estime le directeur général du Cetim. Toutes les activités industrielles ne sont pas relocalisables, expose t-il.

L’ingrédient déclencheur selon lui  est  « la montée en gamme », autrement dit l’innovation. Et de prendre un exemple d’actualité, les dépôts de bilan des fonderies (MBF Aluminium dans le Jura par ex, ndlr). « Si les fondeurs ne font pas leur révolution vers la technologie avec l’instrumentation des procédés, l’utilisation de l’Intelligence Artificielle (IA), ils risquent de  disparaître du champ national car c’est une industrie trop capitalistique. »

 

Valeur ajoutée, transition énergétique et bonne volonté

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Le groupe textile Pierre Schmitt dans le Haut-Rhin investit 13 millions d’€ pour reconstrituer une filière complète dans le li, et le chanvre. © Julie Giorgi

 

Le discours de El Mouhoub Mouhoub, professeur d’économie et VP de l’Université Paris Dauphine, est proche. Pour lui, la relocalisation est d’abord une question de valeur ajoutée. « La crise n’a pas beaucoup rebattu les cartes, c’est une tendance qui s’accélérait début des années 2010 à cause de la hausse des coûts salariaux par unité produite dans les pays émergents, notamment en Chine où le niveau a rattrapé celui des Etats-Unis, pendant qu’en Occident, les salaires stagnaient parallèlement à une robotisation accrue. »

Il est cependant illusoire de penser que certaines activités, comme le textile-habillement-chaussures refranchissent les frontières, car dans ces industries, le coût salarial reste important dans la chaîne de valeur. «  Rapatrier le paracétamol, une vieille technologie polluante n’est guère intéressant, estime t-il, en revanche conserver ou faire revenir des  biotech enrichit la chaîne de valeur d’un territoire. »

La clé pourrait se trouver du côté de la transition énergétique. Pour l’universitaire, elle s’appelle taxe carbone. « Instaurer la taxe carbone aux frontières inciterait la relocalisation », estime t-il. Pour l’ingénieur du Cetim, les entreprises doivent entrer de plain pied dans la décarbonation de leur activité avec une démarche d’éco-conception qui permet à la fois de réduire le volume de matière première et la consommation d’énergie.  Le Cetim, a t-il annoncé, met en place à Mulhouse un centre d’accélération pour aider les PME à s’approprier ces technologies.



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Autre ingrédient qu’a illustré avec conviction, Pierre Schmitt, directeur général du groupe Velcorex Matières Françaises dans la région de Mulhouse, présenté comme « un cas atypique » dans un secteur, la filature, qui semblait dépassé en France. Sa recette ? Avoir, raconte t-il, « créé  tout un écosystème de proximité avec des producteurs de lin, de chanvre, le constructeur de machines Schlumberger, des entreprises de tissage, teinture, finition, des écoles d’ingénieurs du textile, de la chimie » et reconstitué ainsi une filière de l’aval à l’amont, autrement dit, de la matière première au produit. Un schéma inspirant pour la filière hydrogène, qui pourrait ne pas fonctionner sans mobilisation des fabricants de composants, ont relaté des auditeurs.

Le quatrième ingrédient réside dans la bonne volonté. Car s’interroge El Mouhoub Mouhoub, n’est-il pas « contradictoire et inquiétant » de voir partir des services à l’industrie à très forte valeur ajoutée, comme la R&D, le marketing, tout cela encouragé par les technologies numériques ?

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