La société Dream energy a annoncé ce 29 janvier la mise en service de trois stations de recharge rapide pour véhicules électriques alimentées par sa centrale hydroélectrique de Baccarat (Meurthe-et-Moselle). L’entreprise, filiale du promoteur immobilier Artea, s’ancre un peu plus dans l’Est où elle exploite huit microcentrales, dont cinq en Bourgogne-Franche-Comté. Elle a renforcé son expertise en acquérant deux PME de Haute-Saône.


Les automobilistes en transit par la Lorraine peuvent désormais faire le plein de leurs véhicules électriques grâce aux électrons produits par une rivière. Le fournisseur français d’électricité Dream energy transforme cette utopie en une réalité,  par l'annonce, intervenue ce 29 janvier, de la mise en service de trois stations de recharge rapide à partir de la microcentrale hydraulique de Baccarat (Meurthe-et-Moselle).
 

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La microcentrale a été bâtie en 1927 sur le cours de la Meurthe dans le but d'alimenter la cristallerie de Baccarat (Meurthe-et-Moselle).
© Philippe Bohlinger


Les stations, implantées sur des parkings d’hôtels à Laxou et Frouard dans l’agglomération de Nancy, ainsi qu’à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle), permettent une recharge en vingt minutes grâce à des super-chargeurs d’une puissance jusqu'à 300 kilowatts. « Notre microcentrale n’est pas reliée aux stations de recharge par un réseau propre. Pour acheminer cette énergie verte, nous utilisons les infrastructures publiques de transport d’électricité », précise Baptiste Roy, responsable production et fourniture d’électricité de Dream energy. 

A la « pompe », donc, un  « carburant » 100% renouvelable, dont le prix est moins sensible aux fluctuations du marché puisque l’électricité est produite à quelques dizaines de kilomètres par l’opérateur de la station de recharge. A Baccarat, les deux génératrices turbinent les eaux de la Meurthe en continu, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, de façon à produire 2,3 gigawattheures électriques par an (GWh), soit l’équivalent de la consommation d’une commune de 1.000 habitants.

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Construite en 1927 dans le but de répondre aux besoins de la célèbre cristallerie de Baccarat, l’installation était passée dans le giron d’un propriétaire privé qui revendait l’électricité à EDF. Dream energy, son repreneur depuis 2021,  s’appuie sur elle pour alimenter ses stations du Grand Est, le restant étant revendu à d’autres fournisseurs ou sur le marché libre.

La société a été fondée en 2007 par Artea, un promoteur parisien coté de 160 salariés (chiffre d’affaires de 78 millions d’€ en 2022). A l’époque, ce spécialiste de l’immobilier bas carbone souhaitait se doter d’une ingénierie pour l’accompagner dans ses propres projets, sur le volet des énergies renouvelables.

Dream energy a développé au fil de l’eau des capacités de production d’électricité renouvelable, en se positionnant sur le créneau des microcentrales hydrauliques, d'une puissance de 0,2 à 2 mégawatts. L’entreprise compte aujourd’hui à son portefeuille 20 installations en France, représentant un total de 14 mégawatts. Trois sont localisées dans le Grand Est à Carignan (Ardennes), au Ménil (Vosges) et donc à Baccarat. Cinq autres se situent en Bourgogne-Franche-Comité à Savoyeux (Haute-Saône), Perrigny-sur-l’Ognon (Côte-d’Or), Les Planches-en-Montagne (Jura), Tancua rattachée à Morbier (Jura) et Colombier-Fontaine (Doubs).

 

Un programme de déploiement de 300 stations en France

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Nathan Dubois-Stora (à gauche), directeur du développement de Dream energy, et Baptiste Roy, responsable production et fourniture d’électricité. © Philippe Bohlinger


« L’évolution vers le métier d’opérateur de station de recharge pour véhicules électriques s’est faite assez naturellement il y a trois ans, car il nous est très complémentaire. Le fait de devenir producteur, mais aussi fournisseur d’électricité, nous apporte l'avantage de maîtriser la provenance de l’énergie que nous distribuons dans nos stations, ainsi que son prix. Nous ne sommes pas soumis aux importantes fluctuations que subissent les opérateurs traditionnels se fournissant sur les marchés de gros »
 pointe Nathan Dubois-Stora, directeur du développement.

L’entreprise prévoit d’ajouter 300 stations à son maillage actuel qui en compte une trentaine en France, afin d’accompagner la montée en puissance de la mobilité électrique. Dream energy a notamment été lauréat en 2023 de l’appel à projet « soutien au déploiement de station de recharge pour véhicules électriques » de France 2030 et bénéficie, à ce titre, d’une aide de 6,8 millions d’€ pour déployer 35 d’entre elles.

 

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Nathan Dubois-Stora met en avant l’expertise de sa société sur le marché des microcentrales, « un secteur sur lequel les sociétés d’investissement pures peuvent difficilement se positionner, à l’inverse du solaire photovoltaïque par exemple. » Selon lui, la production d’énergie hydroélectrique requiert « un savoir-faire dans la réhabilitation, la maintenance et la gestion des installations. C’est une expertise que nous avons acquise sur le long terme. »

Entre 2022 et 2023, la société a accéléré en doublant son patrimoine de centrales, qui représente aujourd’hui un total de 99 millions d’€. Dans le même temps Artea/Dream energy a internalisé les compétences de construction et de maintenance des barrages hydroélectriques en prenant une part majoritaire au capital de deux sous-traitants clés, représentant un total de 41 emplois : les Haut-Saônois EMJ (Electricité Maintenance Jussey) et AIS Energies à Frotey-lès-Vesoul. La première est spécialisée dans les travaux d’installation électrique, la seconde dans la maçonnerie et le génie civil des microcentrales. De quoi renforcer encore l’ancrage du groupe parisien dans le quart nord-est.

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