Alors qu’il n’existait jusqu’à présent que deux écoles de production dans la région, à Chalon-sur-Saône et à Besançon, trois nouvelles vont ouvrir cette année, à Dijon, au Creusot et à Belfort. Ces centres de formation ont vocation à remédier à la pénurie de main-d’œuvre dans les métiers industriels, en l’occurrence l’usinage et la chaudronnerie.
ACTUALISE LE 7 FEVRIER 2023. L’industrie a besoin de bras. Dans le seul secteur de la métallurgie, les entreprises prévoient de recruter plus de 15.000 personnes cette année en France. Dont 15 % en Bourgogne-Franche-Comté, où plus de la moitié des embauches sont d’ores et déjà envisagées comme « difficiles », en particulier dans les métiers de la soudure et de l’usinage.
Rien que sur le territoire de la métropole dijonnaise, 100 à 250 postes d’usineur seront à pourvoir dans les prochains mois. La création de l’École de production de Dijon y arrive donc à point nommé. « Cette ouverture est le fruit d’un appel à projets lancé par la métropole, qui avait sollicité à ce sujet Créativ’21 [ndlr : ex-maison de l’emploi et de la formation] et l’UIMM 21 (Union des industries et des métiers de la métallurgie de Côte-d’Or), explique Rémy Heyte, le directeur du futur établissement. L’enquête d’opportunité menée auprès de 39 entreprises de l’agglomération a permis de détecter que le métier d’usineur est celui sur lequel pèse la tension la plus forte. »
L’École de production de Dijon formera les jeunes dès septembre prochain. Elle accueillera des promotions de 20 élèves, appelés à décrocher leur CAP de conducteur d’installations de production (CIP). « Le principe des Écoles de production, c’est : “Faire pour apprendre”. Les jeunes, souvent des collégiens en difficulté voire en décrochage scolaire, consacrent un tiers de leur temps à une formation générale, et les deux tiers à une formation technique en atelier, pendant laquelle ils travaillent sur de vraies commandes de vraies entreprises », rappelle Rémy Heyte.
Le dispositif permet à l’établissement de trouver son équilibre financier, puisque la sous-traitance représente environ un tiers de ses recettes. « Ce concept pédagogique permet de valoriser les élèves en les plaçant au cœur de l’activité des entreprises, souligne Vincent Stenger, président de l’École de production de Dijon et par ailleurs dirigeant de l’entreprise Meirs de mécanique et usinage de précision à Fain-lès-Montbard. L’immersion immédiate dans une relation école-entreprise est très formatrice, elle aide à l’acquisition de valeurs et à l’engagement des jeunes. Et bien sûr, elle prépare ces jeunes à l’entrée dans le monde du travail, puisqu’ils seront employables dès l’obtention de leur CAP même si certains pourront poursuivre vers un bac professionnel. Le passage par cette voie contribue aussi à revaloriser nos métiers, qui souffrent encore d’idées reçues. »
Un bâtiment dernier cri pour valoriser les métiers de l’industrie

garçons comme filles, pour préparer au CAP de conducteur d’installations de production. © EDPC
L’UIMM 21 est donc fortement engagée dans la création de cette École, qu’elle accueillera,dans les locaux de son centre de formation, dans le quartier de la Toison d’Or, durant la première année, en attendant la construction d’un bâtiment dédié de 600 à 800 m2, accolé à la maison des entreprises et dont la livraison est espérée pour septembre 2024. « Ce sera une belle construction, dotée d’ateliers dernier cri, permettant de valoriser les métiers de l’industrie, et lié au pôle d’excellence en robotique et vision industrielle », assure Rémy Heyte. La création de l’établissement représente un investissement de 1,5 million d’€ dans le parc machines, pour un budget de fonctionnement annuel évalué à 450.000 €.
L’École de production dijonnaise est l’une des trois qui vont ouvrir cette année en Bourgogne-Franche-Comté, complétant l’offre actuelle à Besançon et à Chalon-sur-Saône où sont également proposés des CAP CIP, ainsi que la formation au bac pro technicien d'usinage dans le cas de l'établissement bisontin. Les deux nouvelles autres s’implanteront à Belfort et au Creusot.
Dans la cité du Lion, le projet initié par l'UIMM de Franche-Comté en 2021, et lauréat d'un appel à manifestation d'intérêt national, dispensera sous statut scolaire un enseignement général, technologique et professionnel en vue de l'obtention du CAP métallier-soudeur ou du CAP chaudronnerie-soudage aux jeunes de 15 à 18 ans en rupture avec le système scolaire. « L’ouverture de l’école est soutenue par de nombreuses entreprises industrielles locales (notamment Alstom, GE Steam Power, AE2i, MGR, Métalhom, M-Plus, Lisi, ou Noirot). Plus de 25 d’entre elles sont prêtes à accueillir les jeunes en stage et plus de la moitié à les embaucher à l’issue de leur formation », souligne l'UIMM de Franche-Comté.
Dans la ville de Saône-et-Loire, des CAP Réalisations industrielles en chaudronnerie ou soudage devraient être proposés, dès septembre prochain, – 12 places prévues, avec une spécialisation possible en troisième année, soit vers la chaudronnerie, soit vers le soudage. « Les Écoles de production sont complémentaires de l’offre proposée par le pôle de formation des UIMM Côte-d’Or et Saône-et-Loire, souligne Isabelle Laugerette, secrétaire générale de l’UIMM 71. Recrutant des jeunes très en amont, elles apportent une réponse aux besoins des industriels locaux, confrontés à de graves tensions sur le marché de l’emploi. »
Là encore, c’est un représentant du monde de l’entreprise – Fabrice Murat, responsable des ressources humaines du site chalonnais de Saint-Gobain – qui préside l’association gérant l’École de production de Chalon-sur-Saône. Elle sera rebaptisée École de production de Saône-et-Loire puisqu’elle fédérera désormais aussi le site du Creusot.
Le site chalonnais, créé en 2017 par l’UIMM 71 et EDF, a déjà formé plus d’une cinquantaine de jeunes, qui ont travaillé la saison dernière sur les commandes d’une vingtaine d’entreprises de la région. Et le succès est là, indéniable, avec un taux de réussite de 100 % à l’examen final et une poursuite d’études via l’apprentissage pour 80 % des titulaires du CAP.

Le directeur de l’École de production de Dijon, originaire de Lille où il travailla pendant cinq ans dans l’entreprise de menuiserie de son père, fut d’abord enseignant en génie mécanique. Il se reconvertit pour devenir chef d’établissement, ce qui l’amène à s’installer dans la région : en 2014, il prend la direction du lycée professionnel Eugène-Guillaume à Montbard, puis en 2019 celle du lycée des Marcs-d’Or à Dijon. Il a également présidé le Greta Côte-d’Or pendant trois ans.














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