La Fondation Schneider veut faire du domaine de l’abbaye de Pontigny, dans l’Yonne, un site touristique avec un centre d’art contemporain comme elle l’a déjà fait à Wattwiller, en Alsace, un hôtel haut de gamme et une série d’animations culturelles et commerciales pour attirer le grand public. Elle se donne une année pour réunir des investisseurs en complément du mécénat de la fondation. En premier lieu, un opérateur immobilier dans l’hôtellerie. A son terme, le projet aura mobilisé 50 millions d’€.
Après Wattwiller, au pied des Vosges, dans le Haut-Rhin, la fondation Schneider investit le domaine de l’abbaye de Pontigny, près du vignoble de Chablis, dans l’Yonne. L’eau, en raison des sources d’eau minérale que le président de la fondation, François Schneider, fut un temps l’exploitant (Lire encadré) est le fil d’ariane du centre d’art contemporain alsacien.
La terre sera celui du projet bourguignon qu’il veut ériger sur 9,5 ha de surface foncière et 5.000 m2 de surfaces bâties, que le Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté s’apprête à lui vendre, pour 1,7 million d'€, à l’issue d’un appel à manifestation d’intérêt. C’est la seconde étape de « la diagonale des quatre éléments » que François Schneider a l’ambition de tracer entre quatre centres d’art contemporains en Europe, sur les thématiques de l’eau, de la terre, du feu et de l’air.
Le conseil régional peut pousser un ouf de soulagement. Il avait déjà tenté, en 2007, de vendre le domaine [ l’abbatiale cistercienne n’est pas concernée par la transaction, elle demeure propriété de la commune et est gérée par l’association des Amis de Pontigny ] à une société de droit luxembourgeois qui voulait y implanter un hôtel de luxe.
François Patriat, le président du conseil régional à l’époque, n’avait pas trouvé auprès des investisseurs « les garanties morales requises ». La Région du temps de Jean-Pierre Soisson avait racheté le site au conseil départemental de l’Yonne, en 2003, mais n’a jamais réussi à y implanter une activité lucrative ; au contraire, son entretien lui coûte 400.000 € par an.

C’est donc un centre d’art contemporain, avec résidences d’artistes, que la fondation souhaite implanter sur le domaine de l’abbaye de Pontigny, mais il n’est qu’un élément d’un projet touristique qui doperait la fréquentation des lieux, l’abbatiale recevant actuellement 40.000 visiteurs par an. Il comprend un musée sur l’histoire des cisterciens qui ont construit l’abbaye au 12ème siècle, un autre sur le vignoble chablisien, tout proche, et un hôtel haut de gamme « mais pas inaccessible », précise François Schneider, ainsi qu’un projet agricole et environnemental.
L’idée est d’implanter des productions maraîchères et arboricoles, si possible avec des agriculteurs locaux, qui auraient deux débouchés. Les cultures approvisionneraient le restaurant de l’hôtel et un « snacking ». Ainsi qu’une production artisanale de tisanes, confitures, hydrolats, voire de liqueurs et une meunerie boulangerie.
Un investissement estimé à 50 millions d'€
Trois investisseurs se partageront l’investissement estimé à 50 millions d’€. La Fondation François Schneider financera par fonds propres tout le volet culturel et artistique. Un investisseur de l’hôtellerie, non encore identifié, construira l’hôtel-restaurant – la Fondation dit avoir reçu une proposition écrite d’un groupe immobilier et en attendre d’autres. Les cultures et la transformation des produits sera l’affaire d’une « société des produits de l’Abbaye », indépendante, si possible avec des acteurs locaux.

Pour mener à bien cette opération ambitieuse « à la dimension du lieu », François Schneider s’entoure d’un quatuor, pour certains investisseurs. Bruno Schoch qui fut président du directoire d’Unibel SA, propriétaire notamment des fromageries Bel, sera le président du conseil de surveillance de la Société des produits de l'abbaye de Pontigny. Jérôme Gallot, magistrat à la Cour des comptes, s’occupera des finances, Michel Pisani, ancien président de Yonne Equipement, la SEM immobilière départemental et de la Maison des entreprises d’Auxerre, des relations locales. Amandine Simphal, ancienne responsable marketing des Fermes de Gally (région parisienne) est la directrice du projet.
L’association des Amis de Pontigny qui anime l’abbatiale voit d’un bon oeil cette initiative, elle qui fait vivre bénévolement l’abbatiale depuis 35 ans. Mais elle restera vigilante pour le lieu garde son âme. Micheline Durand, la présidente, rappelle les grandes heures de Pontigny, celles qui réunirent « Les décades de Pontigny» jusqu’en 1939, des rencontres d’intellectuels, au nombre desquels André Gide, André Malraux ou encore Jean-Paul Sartre.
Plus récemment, l’association s’attache à faire vivre dans les lieux la musique sacrée, organise des causeries et des visites guidées de l’abbatiale. « Il faudra que l’association garde et trouve toute sa place dans la structure mise en place par la Fondation et qu’elle ait un véritable statut », ajoute Micheline Durand.

La vente, pour 1,7 million d’€, ne sera effective qu’une fois le permis de construire pour travaux obtenu. Les bâtiments qui ceinturent l'abbatiale nécessitent en effet une grosse rénovation, sous couvert de l’architecte en chef des monuments historiques. L’essentiel porte sur le bâtiment des converts, où prendra place le centre d’art. L’ouverture est programmée à partir de 2023. Quant au nombre de visiteurs espéré, s’il démarre modestement aux 40.000 actuels, et pourrait atteindre jusqu'à 400.000 personnes quatre ans plus tard, indique Bruno Schoch. « C’est tout à fait raisonnable quand on compare à d'autres sites un peu proches comme Guédelon ou Vézelay. »
Né en 1938 à Joigny, dans l’Yonne, François Schneider est aussi un Alsacien de Cernay, sa souche familiale. Fondateur d’une agence de publicité qu’il a revendue au groupe américain Interpublic, il constitue ensuite un pool de PME parmi lesquelles Chevillot (identification animale), qu’il revend au groupe franco-anglais Allflex.
Dans les années 1990, il créé un golf et un hôtel au hameau de Roncemay, à Chassy dans l’Yonne où déjà, il avait créé avec son fils, une activité artisanale (la Société des Domaines) de confitures étendue à la commercialisation d’huile d’olive d’Italie et de chianti.
En 1993, il ressuscite les sources de Wattwiller en Alsace, et construit une usine d’embouteillage qu’il revend en 2004 au groupe belge Spa qui exploite aussi les eaux Carola à Ribeauvillé (Haut-Rhin).
En 2000, il créé une fondation reconnue d'utilité publique qui mécène des artistes contemporains et ouvre en 2013, le Centre d’art contemporain de Wattwiller.


































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