La manufacture de Champagnole produira bientôt Les lunettes d’Annick, des montures adaptées au visage des adultes porteurs de trisomie 21. Ce marché de niche apparaît prometteur pour la petite entreprise qui a dû trouver de nouveaux débouchés après la perte de son principal donneur d’ordres.
En 2022, Annick Vincent croise la route de Julien Forestier. A l’époque, la maquettiste-prototypiste en recherche d’emploi est loin d’imaginer les répercussions de cette rencontre avec le responsable de la lunetterie jurassienne Ellaps : deux ans plus tard, elle s’apprête à mettre sur le marché, sous sa propre marque, Les lunettes d’Annick, des montures produites par cette manufacture installée à Champagnole (Jura).
Inattendue, l’aventure entrepreneuriale donne réalité à une idée qui trottait dans la tête de la quinquagénaire depuis plusieurs années : concevoir des lunettes pour les personnes porteuses d’un handicap affectant la morphologie faciale, en particulier la trisomie 21. Des montures adaptées existent déjà pour les enfants, mais pas pour les adultes. « Les versions standard glissent sur le nez des personnes trisomiques et leurs verres ne sont pas correctement centrés, car leurs yeux sont plus rapprochés et leur visage plus large », a-t-elle constaté.
Convaincu par le potentiel de ce « marché de niche », le dirigeant d’Ellaps propose à Annick Vincent de fonder une société. Sébastien Baroni, un ancien camarade d’études de Julien Forestier devenu responsable logistique à Oyonnax (Ain), se joint également au projet, si bien que Les lunettes d’Annick voit le jour en janvier dernier.
Première série de 1.000 paires
Sous l’égide des trois associés, six modèles de montures métalliques sont en cours de développement. Ils ont été dessinés par l’agence de design locale JV Conception, à partir de mesures réalisées sur des résidents du foyer d’accueil spécialisé de Crançot-Hauteroche, situé à une vingtaine de kilomètres de Champagnole. Ces personnes ont également accepté de tester les prototypes.
Une première fabrication de 1.000 pièces est prévue d’ici la fin de ce mois de mars 2024. « Quand le produit sera disponible, nous pourrons véritablement démarrer la communication auprès des opticiens. Nous avons déjà reçu des demandes de la part d’associations et de familles », annonce Julien Forestier. Annick Vincent envisage également de proposer des paires sur mesure pour des personnes dont le visage a été déformé par une maladie ou un accident.
Un coup dur à surmonter
Pour Ellaps aussi, la rencontre avec Annick Vincent est tombée à pic pour trouver une voie de rebond. Employant 21 salariés pour un chiffre d’affaires annuel d’1,2 million d’€, la manufacture a été créée en 2002 par Jean-François et Joëlle Rey, des lunetiers installés à Marseille. Spécialisée dans les montures métalliques, elle a longtemps travaillé en sous-traitance pour JF Rey, la marque fondée par ses propriétaires. Cette dernière représentait 90 % de son activité jusqu’à ce que la famille Rey s’en sépare en 2021. « Ses repreneurs ont décidé à l’époque (*) de délocaliser la fabrication », relate Julien Forestier, devenu actionnaire minoritaire de l’entreprise toujours détenue majoritairement par le couple Rey.
Ce scénario a représenté un gros coup dur pour la PME jurassienne : privée de son principal donneur d’ordres, elle a dû revoir complètement son volant d’affaires. Elle compte aujourd’hui une quinzaine de clients, principalement des petites marques de créateurs français (comme Sood ou XIT) ainsi que les opticiens mutualistes du réseau Écouter Voir.
Au total, Ellaps fournit 70.000 lunettes « Origine France Garantie » par an et elle prend en charge la finition d’environ 50.000 autres paires.
En association avec son ami Sébastien Baroni, Julien Forestier va lancer, en avril prochain, deux autres marques dont le nom se réfère explicitement au Jura : « La Ligne 39 » et « 39 degrés ».
Vendues entre 250 et 280 €, ces lunettes seront destinées à « un public amoureux des produits fabriqués en France et attachés à une démarche écoresponsable. » Assemblées bien sûr par Ellaps avec « 99 % de composants jurassiens », elles seront commercialisées dans des pochettes confectionnées par l’Atelier Textile Jurassien à Lons-le-Saunier à partir de tissu de seconde main.
(*) Fin 2023, JF Rey a participé au sauvetage d’une lunetterie voisine, Cemo-Décovision à Morbier, dans le but déclaré de renforcer son positionnement sur le Made in France.























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