Le groupe d'ingénierie et d'immobilier bénéficie du soutien du gestionnaire d’investissement allemand Catella Residential Investment Management qui entend injecter 2 milliards d’€ dans ses constructions, pour moitié en France et pour moitié dans le reste de l'Europe
La tour Elithis Arsenal de Dijon (Côte-d'Or) va faire des petits. Inaugurée en octobre dernier, la seconde construction d’habitation (59 logements) à énergie positive de l'ingénieriste et opérateur immobilier Elithis Groupe, dans le quartier de l'Arsenal, démontre la capacité de celui-ci à ériger un immeuble produisant plus d’énergie qu’il n’en consomme pour un coût comparable à une réalisation classique, 16 millions d’€ en l'occurrence.
La livraison des 16 étages sur 57 mètres de hauteur suit celle en 2018 dans le quartier Danube à Strasbourg. Désormais, l'entreprise dijonnaise se dit prête à accélérer. Pas aussi vite qu'elle l'imaginait, mais quand même. En 2020, elle portait l'ambition de construire, sur une décennie, une centaine de tours d’habitations affichant ce même niveau de performances énergétiques et de construction. « Aujourd’hui, le loyer de l’argent n’est plus le même, dans un contexte aggravant de rareté des matériaux de construction. Nous comptons lancer 4 à 6 bâtiments par an pour les dix prochaines années », tempère Thierry Bièvre, le PDG d’Elithis Groupe.
Avec ses deux filiales « Elithis Solutions » pour l’activité de conseil et d’ingénierie et « Elithis Immobilier » pour le développement de projets à énergie positive, la société fondée en 2003 est devenue un groupe intégré. Si l’ingénierie demeure son cœur de métier — Elithis revendique plus de 2.500 projets conduits en dix ans — le poids de sa filiale immobilier se renforce. « Je ne nous considère pas comme des promoteurs, mais comme des “permetteurs”. Nous sommes une entreprise à impact (NDLR : engagée en matière de social, écologie, partage du pouvoir et partage de la valeur) qui cible désormais le logement, pour susciter l’intérêt de nos concitoyens en répondant à leurs problématiques d’habitat, de facture énergétique et de respect de l’environnement », détaille le PDG.
Le groupe emploie une centaine de personnes et a réalisé un chiffre d’affaires de 38 millions d’€ en 2023, en progression de près de 85 %. L’an prochain, il table sur une nouvelle croissance de 50 %.
Le changement de braquet résulte du rapprochement avec la société berlinoise Catella Residential Investment Management (CRIM). « Après deux années à communiquer sur les bons résultats de l’immeuble Danube de Strasbourg, j’ai rencontré Xavier Jongen, directeur général de CRIM. Il m’a dit qu’il voulait acheter trois tours, j’ai d’abord cru à une blague », se souvient Thierry Bièvre. Loin de plaisanter, CRIM lance en mars 2022 le premier fonds résidentiel à impact « à énergie positive » au monde, en partenariat avec Elithis. Il compte investir un montant de 500 millions d’€ dans l’acquisition de tours du groupe dijonnais répondant à ce critère de performance.
Le programme global est plus ambitieux encore, étant doté d’une enveloppe potentielle de 2 milliards d’€ sur 10 ans. Fonds de fonds, Catella lève l’argent auprès d’investisseurs majoritairement institutionnels européens, intéressés par des investissements RSE et « vert foncé » selon les termes de l’article 9 du règlement de l’Union européenne sur la transparence des informations financières durables (SFDR).
De Mulhouse à Brest
« En 2023, nous aurons consommé une centaine de millions d’€ du fonds et livré deux bâtiments, Elithis Arsenal à Dijon, et une tour à Saint-Etienne, que nous inaugurons dans quelques jours. Nous avons lancé trois autres projets, à Mulhouse, à Brest et au Havre », liste l’entrepreneur.
Pour chacun de ces projets, Elithis déploie la même méthodologie d’approche, qui se veut aussi scientifique que possible. Le bâtiment est étudié dans son site, afin de tirer le meilleur parti de l’environnement, offrir une prise au vent faible et une lumière naturelle maximale. Chaque bâtiment est équipé de ses propres moyens de production d’énergie photovoltaïque, il bénéficie d’une isolation très renforcée, et d’une gestion intelligente des systèmes de chauffage. « Nous ne faisons pas de l’écologie punitive. La vision que nous portons est celle du “je te donne plus en dépensant moins”. Dans les faits, nous gommons la facture d’énergie des habitants de nos logements », expose Thierry Bièvre.
L’entreprise se veut en constante progression, refusant de se reposer sur des méthodes éprouvées, pour toujours se remettre en cause. Ainsi innove-t-elle à nouveau pour tenter de répondre à la crise de la construction. A Bordeaux, elle travaille sur un immeuble de 9 étages, qu’elle édifie sans affectation préalable : le permis de construire ne détaille pas les usages futurs. L’objectif consiste à définir cette utilisation au plus près de sa commercialisations. « Entre le moment où naît un projet et sa livraison, il peut s’écouler 48 mois. Ce qui apparaissait initialement comme le meilleur usage ne le sera pas nécessairement au moment de la livraison. Nos immeubles sont conçus pour des usages multiples, et réversibles », explique Thierry Bièvre.
Elithis Groupe se tourne également vers la réhabilitation d’actifs obsolescents, qu'il compte convertir en bâtiments à énergie positive. Il conduit à Gennevilliers, en région parisienne, un programme dans ce but pour le groupe d'habitat social Action Logement, aux tarifs habituels de ce type d’opération. Un nouveau défi de taille…
L’entrée en bourse un temps envisagée par Elithis Groupe n’est plus à l’ordre du jour : les conditions de marché, ainsi que les environnements économique et géopolitique ont conduit l’entreprise à reporter cette opération. Pour autant, le groupe a toujours besoin de fonds propres pour ses opérations immobilières. « Nous ouvrons notre capital et cherchons des investisseurs. Nous comptons lever entre 15 à 20 millions d’€ durant le premier semestre 2024 », confie Thierry Bièvre.

































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