Jérémy Hugues-dit-Ciles a mis au point une solution numérique permettant aux particuliers d’optimiser le fonctionnement de leur appareil de chauffage en fonction du sac de granulés de bois acheté. Créée en 2021, sa start-up N2Air a déjà décroché des partenariats industriels avec un producteur de pellets et des fabricants de poêles.
Garantir, au moyen d’un simple smartphone, un rendement maximal de l’appareil de chauffage tout en limitant ses émissions polluantes : la promesse de N2Air a de quoi séduire les foyers français, au nombre d’1,7 million, possesseurs d’un poêle à granulés de bois.
Cette start-up, fondée par Jérémy Hugues-dit-Ciles en 2021 à Mantry, près de Lons-le-Saunier (Jura), a développé une application permettant d’ajuster les paramètres de l’appareil - vitesse de rotation du système d’alimentation en granulés et débit d’air - en fonction des caractéristiques du combustible.
Convaincu que le bois énergie a un rôle à jouer dans la transition énergétique, le Franc-Comtois souhaite accompagner l’essor d’une filière qu’il connaît très bien de par son parcours précédent. « Pour cela, il faut que le poêle à pellets reste simple d’utilisation pour le grand public, estime-t-il. Le but ultime consiste à le rendre réglable en un clic. » Or le granulé, issu des produits connexes de scierie (sciure, copeaux…), est un matériau vivant, non standardisable.
Très forte réduction de la variation de puissance
Sa « recette idéale » de combustion dépend de sa longueur, de son diamètre, de ses taux de compression et d’humidité et bien sûr des propriétés chimiques des essences forestières qui le composent. « Si les réglages ne sont pas adaptés, on peut connaître des variations de puissance de plus ou moins 30 % selon le combustible utilisé, indique Jérémy Hugues-dit-Ciles. Notre système permet de réduire cet écart à plus ou moins 1 %. C’est comme passer de la carburation à l’injection électronique dans l’automobile. »
L’application est adossée à une solution technologique brevetée, élaborée avec le Laboratoire d’études et de recherche sur le matériau bois (Lermab) de l’université de Lorraine, basé à Épinal (Vosges). Elle repose sur la production de données, dont le traitement est organisé et automatisé par l’entreprise bisontine Quarks Solutions. Ces datas sont collectées auprès des producteurs de pellets et des fabricants d’appareils de chauffage.
Aux premiers, N2Air propose l’acquisition d’un dispositif de caractérisation des granulés, le stœchiométre (*), dont la première version commerciale a été installée en février dernier dans l’usine Vert Deshy de Meximieux (Ain). Industrialisé par ECPI, un spécialiste des machines spéciales près d’Oyonnax (Ain), ce poêle de référence, relié à un pupitre de commande, assure des tests de combustion trois fois par jour. Les résultats de chaque lot, identifié par un QR code unique imprimé sur les sacs de pellets, servent donc à alimenter la base de données de la start-up.
Outil de traçabilité
En parallèle, la jeune pousse passe au banc d’essai les chambres de combustion des poêles, dans son laboratoire de Toulouse-le-Château, un village voisin de Mantry. Des partenariats ont déjà été signés avec deux industriels français de poêles à granulés - Inovalp en Isère et Cocon dans le Maine-et-Loire - et N2Air espère rendre compatible la moitié des modèles du marché national d’ici l’hiver prochain.
Ainsi, après l’intervention d’un installateur chargé de créer un compte sur l’application pour l’utilisateur final, ce dernier pourra scanner avec son smartphone son sac de granulés : il verra apparaître, sur son écran, la « recette » d’alimentation de son poêle, ainsi que le réglage à effectuer. De façon encore plus simple, Inovalp vient de commercialiser, sous la marque Hoben, un appareil intégrant directement cette solution dans son logiciel de régulation.
Reste désormais à équiper en stœchiométres d’autres sites de production. « L’outil de traçabilité que nous proposons pourrait bientôt devenir indispensable aux producteurs, argumente le fondateur de N2Air, qui dit être « en discussions » avec six usines, dont une à l’étranger. « Ces fabricants sont désormais contraints d’élargir leur approvisionnement à des mélanges de résineux et de feuillus, ce qui rend plus délicat le pilotage des appareils ». Et, par conséquent, encore plus pertinente la technologie de la start-up jurassienne.
Ingénieur diplômé de l’école des Mines, apprenti lama dans un monastère tibétain puis titulaire d’un master 2 en cinéma documentaire : à 50 ans, Jérémy Hugues-dit-Ciles présente un CV atypique. Cet homme de conviction est avant tout un promoteur du bois énergie. Ancien directeur technique de l’Institut technique européen du bois énergie (Itebe), association créée en 1997 à Lons-le-Saunier, il exerce aujourd’hui une activité de consultant en sourcing de combustibles pour le groupe Poujoulat.
« N2Air est un projet éthique et adapté à un marché que peu de gens comprennent », avance l’entrepreneur. Accompagné financièrement par Bpifrance, la Banque Populaire, la région Bourgogne-Franche-Comté, Réseau Entreprendre et Initiative Jura, Jérémy Hugues-dit-Ciles travaille sur une levée de fonds qu’il espère boucler avant l’été. La start-up emploie pour l’heure deux personnes, dont un doctorant du laboratoire de recherche Lermad.
(*) Inventé par la start-up, ce terme se réfère à la stœchiométrie, qui désigne le rapport entre les produits et les réactifs dans une réaction chimique.

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