Alors que Philippe Lebru, son fondateur, vient de fêter 30 ans de création horlogère dans le Doubs, la manufacture Utinam espère stabiliser son modèle économique en déployant la présence commerciale de sa marque en France et à l’étranger, conformément aux plans que la crise sanitaire est venue contrecarrer.
Voilà 30 ans que Philippe Lebru joue avec le temps. En 1993, le chaudronnier de formation posait ses valises à Besançon pour fabriquer des montres. Douze ans plus tard, il inventait Hortence, sa première horloge-sculpture contemporaine, au mécanisme breveté inspiré de la tradition comtoise, et il fondait la manufacture Utinam (*). L’élégant magasin ouvert au cœur de la boucle du Doubs en 2018 vient d’accueillir les festivités de trois décennies d’une aventure d’entrepreneuriat assez singulière.

La petite entreprise de Philippe Lebru emploie 14 salariés pour un chiffre d’affaires annuel d’1,9 million d’€. Soutenue par l’organisation professionnelle France Horlogerie, qui détient près de 10 % du capital, elle est devenue l’un des symboles du renouveau horloger hexagonal.
Pourtant, l’histoire « n’en est qu’au début » selon l'entrepreneur, qui reconnaît pour sa société « un modèle pas du tout stabilisé. » La crise sanitaire a mis un coup d’arrêt au décollage qui était programmé en 2020 pour projeter Utinam au-delà de la Franche-Comté. « Le développement n’a vraiment été amorcé qu’à partir de cette année 2023, avec le démarrage de notre présence commerciale sur les marchés extérieurs », explique le dirigeant.
Depuis quelques mois, les créations d'Utinam sont ainsi représentées à Paris, Genève, Los Angeles, Dubaï, Singapour et Taipei (Taïwan) par la MAD Gallery. Combinant vente au détail et vitrine artistique, ce concept inédit a été lancé par la maison horlogère helvétique futuriste MB&F. La manufacture bisontine vient d’embaucher un développeur commercial chargé d’étoffer ce premier réseau de distribution et d’élaborer une stratégie autour de la « présence physique et digitale » de la marque.
Des projets monumentaux entre parenthèses

© Laurent Cheviet

En parallèle, Utinam « fait une pause » sur la conception d’horloges monumentales, une activité qui l’a bien occupée pendant une douzaine d’années, de la première pour le musée des beaux-arts à Besançon aux dernières installées dans un hôtel de Doha (Qatar) et sur l’esplanade de la gare de La-Chaux-de-Fonds (Suisse). Spectaculaires, ces installations urbaines se sont avérées au final peu rémunératrices pour la PME, malgré un prix unitaire situé « entre 200.000 et 500.000 € ».
La manufacture opère donc un recentrage sur son cœur de métier : les horloges mécaniques d’intérieur, murales ou de parquet. Des produits pour lesquels, à la différences des montres qu’elle fabrique également, elle bénéficie d’une « unicité mondiale, souligne Philippe Lebru. Dans ce domaine, nous n’avons pas de concurrence. Alors depuis 2005, nous essayons de créer un marché. »
Un millier de ces objets/œuvres d’art battent déjà la mesure chez les clients d’Utinam. À l’occasion des 30 ans, un nouveau modèle a été présenté, constitué d’éléments découpés et superposés en relief : la Pop Up X vendue 13.000 €. Une déclinaison colorée dans l’esprit du pop’art a également été dévoilée. Cette pièce unique à 37.000 € est le fruit d’une nouvelle collaboration avec l’artiste céramiste Guive Khosravi.
Même s’il ne prend plus de nouvelle commande d’horloges monumentales, Philippe Lebru a encore un projet XXL dans ses cartons : « La Grande Horlo » imaginée pour la célébration, cette année 2023, des 160 ans du lycée Jules-Haag, l’ancienne école d’horlogerie de Besançon surnommée « L’Horlo ».
Mais cette « installation grandiose » (14 mètres de haut sur 50 mètres de long) tarde à voir le jour, faute de financement. Le patron d’Utinam compte sur le mécénat d’entreprise pour boucler un budget évalué à 1,3 million d’€, dont 870.000 € pour l’horloge en elle-même. Le solde servirait à une initiative baptisée Station H (comme horlogerie)
en lien avec la formation aux métiers industriels.
(*) Utinam est la devise latine de la ville de Besançon. Selon les interprétations, elle signifie « Plaise à Dieu », « Si seulement » ou « Je l’espère ».









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