La fin de la société créée en 2011 pour porter des projets révolutionnaires dans le traitement du diabète a été prononcée en août. Les retards dans la constitution de ses dossiers de passage en phase clinique, consécutifs au Covid et à une réglementation accrue, ont mis à mal sa trésorerie et contraint à solliciter une levée de fonds non prévue, sans succès. Reste à savoir si les recherches de l’équipe de 10 personnes pourront trouver une suite.
L’une des start-ups les plus emblématiques de la biotechnologie en Alsace s’arrête avant d’être allée au bout de son chemin. Defymed a vu sa liquidation judiciaire être prononcée le 7 août, un mois après sa mise en redressement judiciaire. La société créée en 2011 à Strasbourg (Bas-Rhin) portait la promesse d’avancées spectaculaires dans le traitement du diabète pour améliorer la prise en charge des patients dépendants de l’injection d’insuline ou d’une greffe.
Ceci grâce à son pancréas « bio-artificiel », le Mailpan ® (MAcro-encapsulation d’ÎLots PANcréatiques) mis au point dans le prolongement des recherches du Centre européen d’études du diabète (CeeD). Cette poche est capable de sécréter l’insuline nécessaire en fonction du taux de surce dans le sang, tout en bloquant les molécules à l’origine de son rejet, offrant ainsi une alternative à la transplantation d’îlots pancréatiques naturels qui manquent beaucoup à l’appel. De plus, Defymed a conçu un patch, l’« ExOlin ®» implantable dans l’abdomen pour la délivrance de l’insuline dans un endroit physiologique du corps plus approprié que la peau par laquelle passe le stylo ou la pompe.
Ces innovations avaient fait la preuve de leur biocompatibilité. Mais pour les mener à bien, il faut des fonds, et c’est là que le bât a fini par blesser pour Defymed, résume sa dirigeante Séverine Sigrist. Selon le récit qu’elle effectue des péripéties des dernières années, la biotech ne s’est jamais remise des blocages qu’a déclenché la crise du Covid-19. Et au lieu de s’arranger, la situation s’est compliquée jusqu’à assécher la trésorerie et aboutir à une liquidation inéluctable.
« Nous avions bouclé notre troisième tour de table, d’un montant d’1,9 million d’€, en plein Covid, principalement auprès de Cap Innov'Est (*), ce qui portait notre cumul de levées à 5 millions d’€ depuis la création. Il nous fallait alors finaliser notre dossier d’entrée d’ExOlin ® en phase clinique (I-IIa), or ce processus a pris plus de temps avec la crise sanitaire. Des demandes d’expertise complémentaires ont encore rallongé les délais de plusieurs mois », expose Séverine Sigrist.

La période du Covid a aussi coïncidé avec l’entrée en vigueur, au printemps 2021, d’un nouveau règlement européen sur les dispositifs médicaux auquel les produits de Defymed sont soumis, le MDR (Medical Device Regulation). Cette évolution vers davantage d’exigence en préalable de la commercialisation, au nom de la sécurité des patients, imposait à la société strasbourgeoise la préparation de deux dossiers, l’un de type de dispositif médical mais aussi un autre « de type médicament. »
Soit une source de surcoûts (250.000 euros) et de délais supplémentaires qui ont chamboulé les plans de Defymed fin 2021. « La trésorerie diminuant, nous avons dû solliciter une nouvelle levée de fonds, qui n’était pas prévue. Et là, nous nous sommes heurtés à des financeurs plus dubitatifs, de plus en plus prudents avec le durcissement des conditions de financement (remontée des taux), de plus en plus exigeants, en somme de plus en plus réticents à nous suivre », relate Séverine Sigrist.
Des fonds précédents ont jeté l’éponge, tandis que le plus volontariste, Cap Innov' Est, n’avait pas la vocation de prendre le « lead » de 2 millions d’€ qui était sollicité. La trésorerie n’a pas tenu, d'où le passage devant la justice commerciale et son couperet.
D’autres disparitions de pépites

des projets de biotech à court et moyen terme. © F. Nussbaumer
Séverine Sigrist en retire une « grosse frustration », un « énorme sentiment d’inachevé », d’autant que le projet touchait à son but, selon elle : « Nous avions sécurisé par ailleurs 9 millions d’€ de financements, mais il manquait ce lead. » Et sur le plan de l’industrialisation, les discussions étaient avancées pour créer une unité de production du Mailpan, en Wallonie. Defymed avait aussi trouvé en Statice, le fabricant de dispositifs médicaux à Besançon (Doubs), le partenaire pour la réalisation d’une version mini-invasive de ce pancréas révolutionnaire.
Celle qui fut aussi présidente du pôle de compétitivité Alsace BioValley de 2014 à 2020 s’inquiète, de façon plus générale, pour la capacité du secteur biotech à lever ses indispensables fonds, à l’heure où les conditions financières compliquent le capital-risque : elle rappelle la liquidation, ce printemps, de deux autres pépites à Strasbourg-Illkirch, Anagenesis Biotechnologies dans la production de cellules musculaires par cellules souches et Emosis Diagnostics (kits de tests sanguins contre les maladies cardiovasculaires).
« On perd l’expertise d’une équipe de 10 personnes », souligne Séverine Sigrist. Le « matériau » de recherche de Defymed subsiste, reste à savoir ce qu’il peut devenir. Une piste de reprise pendant la courte période de redressement n’a pas abouti, auprès d’un groupe pharmaceutique. Le liquidateur judiciaire dispose de ces « actifs » pour trouver ceux qui pourraient prendre le relais au mieux.
(*) fonds d'amorçage pour le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté, géré par Bpifrance






























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