L’ancienne capitale comtoise des Grands Ducs de Bourgogne n’a pas à avoir de complexes envers quiconque. Posée sur les rives du Doubs, à équidistance de Dijon et Besançon, elle tire son épingle du jeu, mariant à une empreinte industrielle toujours présente, une cité patrimoniale étonnante, agrémentée de l’image tutélaire de quelques hommes célèbres et d’un art de vivre gourmand. Portrait de celle qui vit naître Louis Pasteur (*) et accueillit l’auteur Marcel Aymé, en compagnie de quelques guides qui nous ont montré le génie du lieu.

 

MISE À JOUR LE 13 AOÛT 2020. Cassons d’emblée préjugés et idées toutes faites. Dole n’est pas une simple bourgade de 25.000 habitants (53.000 avec son agglomération), située au bord du Doubs et étouffée entre Dijon et Besançon qui lui sont chacune distantes de 45 km. Elle n’est pas non plus la victime expiatoire du projet avorté de canal à grand gabarit Rhin-Rhône qui en aurait fait un port de fret fluvial d’importance européenne.
Dole est surtout une très belle ville historique, un bassin industriel toujours actif, en dépit d’une réduction successive de sa voilure, et un espace urbain où l’on bénéficie de tous les équipements et services nécessaires. Voire plus qu’ailleurs…

 

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Yves-Marie Lehmann, ancien élu du territoire et avocat honoraire, Bénédicte Gaulard, maître conférences en histoire de l’art et Pierre Chevassu, directeur du pôle attractivité et aménagement du territoire de l’agglomération, que nous avons longuement rencontrés, ne quitteraient Dole pour un empire et nous la racontent chacun à leur manière.
« J’y ai fait ma vie professionnelle et ma vie politique, même si la seconde a parfois étouffé la première », confesse Yves-Marie Lehmann. Cet homme chaleureux de 74 ans, Bisontin d’origine, est une figure locale. Sans jouer les vieux sages, même si on le consulte régulièrement, l’ancien adjoint (1983 à 2001) conserve un regard aiguisé et un sens critique qui font sa marque de fabrique.

 

Un week-end de fête des papilles repoussé à 2021

DERNIÈRE MINUTE : Nous apprenons le 13 août 2020, qu'en raison des difficultés à appliquer les consignes sanitaires, le Week-end gourmand du Chat perché est repoussé à septembre 2021.


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Une vue de l'édition 2019. © So Reportage

L’Association Gourmande du Chat Perché qui devait organiser une sixième édition du week-end du Chat Perché - un clin d’œil à Marcel Aymé (**) - les 26 et 27 septembre 2020, y a finalement renoncé le 13 août et l'a reporté à septembre 2021. La formule comprenait un brunch du marché, et des villages éphémères.
La restauratrice bourguignonne Dominique Loiseau devait être de nouveau l’ambassadrice de ce moment gourmand et festif, avec à ses côtés comme parrain, Pierre Tourneur, chroniqueur gastronomique sur la radio RTL. Pas moins de 70 jeunes s'étaient préparés à épauler restaurateurs, traiteurs et professionnels des métiers de bouche.
C'est Patrick Franchini, l’heureux chef et patron de l’hôtel-restaurant Au Moulin des Ecorces, qui pilote l’événement, avec doigté. « On découvre ainsi notre ville et croyez-moi, nous attirons jusqu’à 40.000 personnes les bonnes années. », témoignait-il début juillet.
Pour soutenir les acteurs du Week-End Gourmand, producteurs, restaurateurs, bouchers-charcutiers, traiteurs, pâtissiers-chocolatiers, boulangers, viticulteurs, l’association organisera en septembre 2020 un grand jeu concours régional qui offrira des bons d’achat à faire valoir chez ses partenaires.

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Patrick Franchini sur la terrasse de son restaurant Au Moulin des Ecorces. © Traces Ecrites

 

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Yves-Marie Lehmann, avocat honoraire et ancien élu municipal. © Traces Ecrites

« J’évoque parfois un certain manque d’ambition affiché, l’idée qu’ici, small is (toujours) beautiful, sans toutefois ignorer les immenses atouts que cette ville possède et sait exploiter », indique Yves-Marie Lehmann, qui a aussi tenté et réussi la folle aventure de conquérir la mairie de Poligny durant un mandat (2001-2008).
L’ancien vice-président, par aillieurs, du conseil régional (1986-2004), alors uniquement franc-comtois, rappelle l’excellente desserte autoroutière, A36 et A39, connectant Dole autant vers Paris, Lyon que Strasbourg. Il égrène les formations post-bac, précise l’importance de la liaison TGV Paris-Lausanne et pointe l’aéroport Dole-Jura qui permet de s’évader vers six destinations étrangères, dont Londres.
« Ce que je voudrais maintenant, c’est qu’en 2022, année du bicentenaire de la naissance de Louis Pasteur à Dole, on utilise son image pour notre développement économique et scientifique et je m’implique ardemment dans cette tâche », ponctue Yves-Marie Lehmann.

 

Un phare près du Doubs

Bénédicte Gaulard ne dit pas autre chose sur les atouts de sa ville. En sa qualité d’historienne de l’art, qui a consacré thèse et ouvrages à Dole, elle porte une attention plus particulière au patrimoine. Déambuler dans les rues en sa compagnie fait revivre la Comté de Bourgogne au temps de Frédéric Barberousse, alias Frédéric 1er de Hohenstaufen (1122 – 1190), empereur du Saint-Empire Romain Germanique, qui maria Béatrice, fille du comte de Bourgogne.

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Une des rues au tracé médiéval typique de Dole, la rue Pasteur. © Traces Ecrites

Ses descriptions, ponctuées d’anecdotes, plongent au temps des Grands Ducs d’Occident lorsque Philippe III le Bon fit de Dole une capitale dotée d’un parlement, d’une université, d’une chambre des comptes et d’un hôtel de la monnaie.
La cité est alors à son apogée au pied de sa collégiale qui la domine de 72 mètres et est toujours le plus haut monument de Franche-Comté qui logea même à son sommet, un sonneur...

Devenue basilique en 1951, la collégiale est l’emblème, le totem, autant que l’étendard de la ville. Personne ne doit y toucher, l’affecter, la déranger sous peine de réactions épidermiques de la population.
Construite sur une durée de plus de 60 ans en pierre blanche jurassienne, avec une grande entrée en pierre rose de Sampans, elle est consacrée en 1571 et abrite une fausse « Sainte Chapelle », édifiée pour vénérer l'une des hosties miraculeuses de Faverney, hélas disparue.

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Nef et choeur de la collégiale récemment restaurés. © Traces Ecrites

Cette comté franche, c’est-à-dire libre, que Louis XI meurtrit, massacrant la population en 1479, que Louis XIII ne put soumettre, et que le roi Soleil conquit après deux tentatives en 1674 pour demander à Vauban d’en raser les remparts en 1691, préserve un magnifique patrimoine gothique tardif et renaissance.
A tel point que Jacques Duhamel, ministre, député du Jura et maire de Dole de 1969 à 1976, créa un secteur sauvegardé de 114 hectares.

À apprécier surtout dans sa partie basse, et tout spécialement autour du canal des tanneurs, construit par Charles Quint. A l’heure actuelle une étude patrimoniale porte sur pas moins de 1.500 maisons, dont beaucoup d’hôtels particuliers au toit typique de la région, où faute de place, on affirmait sa richesse par la hauteur de sa demeure.

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Le Canal des Tanneurs, très prisé pour son côté "petite Venise". © Traces Ecrites
L’abandon du grand canal, chance perdue ou décision judicieuse ?

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Balade en bateau électrique sur le Doubs. © Traces Ecrites

Le projet d’une liaison fluviale à grand gabarit reliant le Rhône au Rhin,  230 km entre Pagny (Côte-d’Or) et Nieffer (Mulhouse), représentait un investissement d’environ 17 milliards de francs de l’époque. Il n’a jamais vu le jour, bloqué in extremis en 1997 sous le gouvernement Jospin, principalement par Dominique Voynet, ancienne élue de Dole, alors ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement. Près de 30 ans plus tard, il y a toujours les "pour", comme José Vincent et les dubitatifs comme Pierre Chevassu.
A la tête de la société « Une Belle Aventure » avec sa femme Sylviane, José Vincent, marin d’eau douce émérite qui vit en partie sur une péniche Freycinet de 38,50 mètres, exprime toujours des regrets à cette non réalisation. « Cela aurait été un belle opportunité pour l’environnement de réduire le fret routier polluant et omniprésent. »
Ce menuisier de profession se satisfait depuis avec ses six bateaux électriques qu’il loue sur le canal du Rhône au Rhin et le Rhin navigable. Pierre Chevassu lui est plus interrogatif. « Nous n’étions plus dans les 30 glorieuses, les ingénieurs de la Compagnie Nationale du Rhône ne voulaient faire aucune concession à la coupure du secteur sauvegardé au sud de Dole, ne serait-ce qu’en faisant une écluse pour l’éviter ; était-il rentable à terme ? Pour en juger, nous n’avons plus aujourd’hui les mêmes clés du temps et de l’espace », répond-t-il, prudent.

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José Vincent sur l'un de ses six bateaux électriques fabriqués par ses soins. © Traces Ecrites

 

« Je vous le répète, il fait bon vivre à Dole, notamment pour sa vie culturelle et festive », précise radieuse Bénédicte Gaulard. Avec Pierre Chevassu, chargée de l’aménagement du territoire à l’agglomération, on évoque la Dole actuelle et future.
« Notre niveau d’équipement pour une ville de cette taille est supérieur à la moyenne : trois centres de soins, des formations publiques et privées pointues, un centre d’expositions, une salle de spectacles très polyvalente, en fin d’année, la livraison d’un pôle aquatique et de loisirs d’un coût de 20 millions d’€, 20.000 hectares aux portes de la cité de la forêt de Chaux et pour ce mandat, l’aménagement et la requalification d’une zone de 45 hectares, dont 5 hectares en parc urbain, l’édification d’un multiplexe et la prolongation d’une coulée verte sur ce qui devait être naguère la zone portuaire du grand canal », inventorie Pierre Chevassu.

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Vue panoramique prise sur la plateforme de la collégiale. © Dole tourisme

A ses yeux, la fusion des deux régions Bourgogne et Franche-Comté représente une chance pour Dole. « On peut y venir co-worker, de Dijon ou Besançon, dans l’ancien buffet de la gare, organiser à coût attractif congrès et séminaires à Dole Expo, profiter de terrains disponibles pour localiser une activité complémentaire », souligne cet ingénieur de formation.

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Un rien iconoclaste, il indique que Dole a su sortir de l’enfermement à la chute de ses remparts sous Louis XIV, ce qui permit progressivement à une bourgeoisie entreprenante d’installer des entreprises comme Jeanrenaud, devenue C&K ; Biscuit Fagot, aujourd’hui Bouvard, Fromagerie Bel, Jacob Delafon...
Et que dire du chimiste Solvay, arrivé en 1928 et qui employait jusqu’à 4.000 personnes à Tavaux (1.500 actuellement), commune du Grand Dole, avec un souci du paternalisme au point de loger ses ouvriers dans des cités maisons.

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Quelques personnages célèbres de Dole, dont le Chat Perché. © Traces Ecrites

Pierre Chevassu, note aussi que la zone Innovia (70 hectares) attire progressivement des start-up comme, Ynsect ou des bases logistiques à l’image de Stanley Black&Decker. « Et puis, nous pouvons être également un territoire d’expérimentation, je fais là référence à la société Mahytec, pionnière dans le stockage de l’hydrogène, ou encore AFULudine, inventeur de solutions de lubrification sans huile. » Dole, territoire d’avenir décomplexé…

(*) Louis Pasteur, pionnier de la microbiologie et inventeur du vaccin contre le rage, est né le 27 décembre 1822 dans la maison familiale de Dole. Son père, après avoir été sergent dans l’armée napoléonienne, reprend la profession familiale de tanneur. En 1827, la famille quitte Dole pour Marnoz, berceau de sa mère, pour finalement s'installer dans une nouvelle maison en 1830 à Arbois, localité plus propice à l'activité de tannage. Le jeune Pasteur suit à Arbois les cours d'enseignement mutuel puis entre au collège de la ville. C'est à cette époque qu'il se fait connaître pour ses talents de peintre. Il réalise d'ailleurs de nombreux portraits de membres de sa famille et des habitants de cette petite ville.  (Source Wikipédia)

(**) L’auteur des contes du Chat Perché et de la Jument Verte fut accueilli à Dole par sa tante Léa Monamy, la plus jeune sœur de sa mère, qui n’avait pas d’enfants et tenait un commerce de mercerie. Elle habitait au dernier étage d’une maison avec une belle vue sur la ville et le Doubs. C’est là que Marcel connut le monde rural qui a inspiré ses romans de la campagne et ses contes. (Source Wikipédia)

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© Traces Ecrites

Adresses utiles où naviguer, dormir et manger :

• Une Belle Aventure, 06 82 99 78 99 et www.unebelleaventure.fr, pour naviguer au fil de l’eau, sur des bateaux faits maison, quatre places, sans permis et électriques, une heure, deux heures ou quatre heures.

• Au Moulin des Ecorces, 14, allée du Pont Roman, hôtel et restaurant, 18 chambres spacieuses et un restaurant jusqu’à 120 couverts à la cuisine imaginative et goûteuse. Contact : 03 84 72 72 00 et www.hotel-restaurant-dole-jura.com

• Restaurant Le Local, situé dans le quartier historique des Tanneurs. Cuisine brasserie sympa, service enjoué et efficace avec superbe terrasse sur le bief du canal, où s’admirent poissons et canards. Contact : 03 84 72 17 49.

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