La singularité du masque en vinyle transparent que fabrique Simon l’exclut des certifications européennes actuellement en vigueur. C’est pourquoi le plasturgiste s’est lancé dans la création d’une nouvelle norme qui reconnaisse son innovation comme un EPI (Equipement de Protection Individuelle) de catégorie 2.


Spécialiste du vinyle – elle fabrique notamment les étuis des cartes bancaires –, l’entreprise Simon à Avallon (Yonne) utilise naturellement ce matériau souple pour fabriquer des masques transparents réutilisables et recyclables. Engagé depuis le mois de mai 2020 dans cette production dont il a écoulé 35.000 exemplaires, Christophe Bertrand se heurte à l’absence de norme européenne (marquage CE), sésame pour le commercialiser en Europe et dans le monde, la directive européenne de sécurité générale des produits ne suffisant pas.

« La réglementation ne couvre pas mon produit car il n’a pas d’équivalent au monde », assure t-il après une recherche d’antériorité auprès de l’INPI (Institut national de la propriété industrielle) et qui débouche sur un brevet. La protection faciale ainsi que ses lanières d’attache derrière la tête et sous le menton, sont découpées dans une plaque de vinyle ultra fine.

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« Heureusement, poursuit-il, le législateur européen a prévu le cas des innovations. » Pour que son masque soit reconnu comme un EPI (Equipement de Protection Individuelle) de catégorie 2 à part entière, le dirigeant recherche alors dans le catalogue des normes existantes celles qui peuvent le qualifier.
Deux sont retenues, avec le concours de deux organismes certificateurs, Alienor Certification-CRITT pour la première et FGS pour la seconde : la norme EN 166 01.2002 qui s’applique aux visières et lunettes, garantit l’imperméabilité, l’absence de buée et la résistance mécanique, et la norme EN 149 relative aux masques fasciaux qui certifie l’absence de contre indication pour un contact avec la peau, la facilité de nettoyage, et une bonne tenue sur le visage.

Aujourd’hui, le masque est déjà conforme à tous les points de la norme EN166 01.2002. La conformité à la norme EN 149 + A1 : 2009 est attendue en février. « Nous procédons à quelques modifications », précise Christophe Bertrand.



Protection contre les virus et… la manipulation de produits corrosifs

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Grâce à une évacuation de l'air par le bas, la buée ne se crée par sur les lunettes et sa transparence préserve le lien social. Le masque en vinyle se nettoie avec un spray hydroalcoolique ou avec de l'eau savonneuse.

 

Fort de ce bagage normatif, le dirigeant pourra élargir la commercialisation sur un périmètre géographique qui n’a pas de limite pour lui. « Même si nous espérons tous que l’épidémie de la Covid-19 prenne rapidement fin, le port du masque deviendra plus familier et ne sera plus considéré inutile pour des virus bénins comme la grippe », estime le dirigeant.
Il vise aussi le marché des entreprises pour la protection des salariés qui manipulent des produits corrosifs, notamment le  secteur du nettoyage. Sans compter les pays d’Asie où le port du masque est devenu banal. Ses machines ont une capacité de 30 millions d’unités par an.

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Le projet s’accompagne d’un volet environnemental que le dirigeant est en train de bâtir. Recyclables parce que monomatière, les masques usagés après une trentaine d’utilisations, sont voués à retourner à la case départ, dans les ateliers icaunais pour y être fondus et redevenir de la matière première pour en fabriquer d’autres.
La logistique du tri sera organisée avec les distributeurs, le client final payant une consigne pour l'encourager au geste du tri. « Les pays nordiques sont déjà habitués à retourner leurs produits et ailleurs, la clientèle des entreprises garantit une bonne organisation des retours », estime t-il.

Un choix guidé par une sensibilité environnementale – il développe depuis le début une démarche de RSE (Responabiité Sociale de l'Entreprise). « L’approvisionnement en masques jetables n’est plus à priori un problème, en revanche la pandémie en a créé un réel enjeu environnemental avec de nouveaux déchets à croissance exponentielle », souligne Christophe Bertrand.

Qui est Christophe Bertrand ?

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Ingénieur de l’Ecole Centrale de Lyon, Christophe Bertrand a repris en 2017, l’entreprise Simon à Avallon (Yonne) qui était à transmettre. Il se fait accompagner par Réseau Entreprendre Bourgogne pour ses premières armes de chef d'entreprise. Il avait fait carrière une vingtaine d’années dans de grands groupes, Knauf en particulier.
Pour développer cette PME sur le marché concurrentiel des plastiques souples (étuis bancaires, pochettes de chéquiers, d’ordonnances, de carte vitale, étiquettes de bagages etc.), il se donne comme guide, l’innovation, dans les produits comme dans les process.
Dans la première catégorie, le plasturgiste a développé en 2019 un étui connecté doté d’une puce, avec la technologie NFC qui permet l'échange d'informations entre deux appareils – dans ce cas, l’étui et un smartphone avec connexion Internet. La commercialisation est suspendue à la démocratisation de cette fonction sur les téléphones portables.
Dans la seconde, en dehors du vinyle monomatière mis au point pour les masques, le chef d’entreprise travaille à faire des « écomatières ». Son prochain chantier est la réduction à 40% de la part de matière d’origine pétrolière dans les vinyles. Il inclut déjà 30% de matière recyclée notamment de couleur dans ses fabrications neuves. Et il travaille à la conception d'une matière naturelle avec le soutien de Bpifrance.
La PME qui réalise un chiffre d’affaires de 1,7 million d’€ avec 15 salariés, consacre un budget significatif dans le dépôt de brevets. Il veut rester discret sur ce que lui a coûté la mise au point de la matière pour les masques, l'achat d'outillages, les prestations de conseil et de dépôt de brevet, dont la facture a été allégée par une aide du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté.
L’agilité est son crédo :  « On fait des prototypes presque tous les jours. »

Photos fournies par l'entreprise.

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