Sous-traitant automobile, le fabricant de ressorts Sassi à Migennes (Yonne) s’adapte à la mutation programmée du secteur. Parmi ses voies de diversification, figurent les inattendues pinces à linge.
55 millions de pièces par an et 7.000 tonnes de matière première transformée font de Sassi à Migennes (Yonne) l'un des leaders du marché des ressorts. Mais un défi attend l'entreprise de 41 salariés ayant réalisé un chiffre d’affaires de 5,3 millions d'€ en 2022 : 55 % de ce montant a résulté du secteur automobile, par la fabrication de ressorts de compression pour les pédales d’embrayage, les démarreurs, les thermostats, les rétroviseurs et des pièces de torsion comme les poignées de porte, les porte-gobelets, les accoudoirs, les repose-tête…
Dès lors, il importe à la PME de trouver des sources de diversification, dans le contexte de mutation du secteur automobile avec le déclin programmé des véhicules thermiques d'ici à 2035, l'échéance d'interdictionde leur vente dans l'Union européenne, sauf exception.
De plus, le territoire d'implantation de Sassi sait ce que la fragilité de cette industrie veut dire. L'entreprise est située dans la zone industrielle de Laroche-Migennes,en face de l'ex-site Benteler de pièces de moteurs et châssis qui a fermé fin 2022, laissant 400 salariés sans emploi. Trois d’entre eux ont été recrutés chez leur voisin.
Sassi cherche donc de nouveaux marchés. Elle possède un avantage dans cette quête : le ressort forme un marché de niches dans lequel « les diversifications sont réelles », souligne le président, Patrick Sassi.
La part d'un peu plus de 50 % de l’automobile dans la production traduit déjà une nette diminution au cours du temps. Elle a pu en effet représenter jusqu'à 98 %, auprès de Valéo en quasi-totalité alors. Le grand équipement français demeure le premier client, livré depuis Migennes sur tous ses sites mondiaux d’embrayage, en Turquie, en Chine et au Brésil.

Une première réorientation significative a consisté à pénétrer avcec succès le secteur de l’activité sportive : il occupe aujourd'hui 37 % du chifre d'affaires. « Nous sommes le fournisseur leader chez les fabricants de skis Salomon, Atomic et Rossignol. Nous mettons au point des ressorts très spécifiques, que peu d'acteurs savent produire en Europe » précise Patrick Sassi. De façon plus marginale, l’entreprise familiale fabrique également des ressorts de Formule 1 pour Renault Sport, ou pour la fusée Ariane.
Pas les oeufs dans le même panier

« Nos machines peuvent s'imposer sur d’autres marchés, c’est pourquoi nous essayons d’en trouver de nouveaux sur tout ce qui est « ouvrant » comme les poignées de portes par exemple », précise le dirigeant, qui se montre soucieux de ne pas mettre ses oeufs dans le même panier. D'où le fait d'explorer des débouchés originaux, comme les pinces à linge, grâce à un contrat décroché l’année dernièreavec un leader européen de la spécialité. Cette commande a fortement contribué à l'augmentation de 30 % du chiffre d'affaires total en 2022 par rapport à 2021.
Les résultats financiers, en revanche, sont restés stables du fait de l'explosion (multiplication par six) des factures d’électricité et de l’augmentation du coût de l’acier. Un diagnostic ciblé a permis à l’entreprise de diminuer ses dépenses énergétiques de 30 % sans investissement spécifique. Patrick Sassi sait que la bonne santé de la PME dans les années à venir repose aussi sur ses capacités à rester innovante. Dans ce contexte, elle projette d’acquérir de nouvelles machines afin d'améliorer le contrôle qualité et garantir le zéro défaut, au moyen de caméra intégrées.
Une histoire familiale à rebond

L'innovation se trouve à l'origine même de l'entreprise : celle-ci est née en 1934 de l'idée de Marcel Sassi de fabriquer un ressort pour un meuble, histoire de dépanner l'un de ses amis. Les débuts se sont effectués à Paris dans le 12ème arrondissement. Expropriée en 1965, la société a cherché une nouvelle implantation et c’est Laroche-Migennes qui a attiré l’attention de son patron, ancien cheminot : la commune abritait alors une grande gare, dans laquelle les trains à vapeur s’arrêtaient pour se réapprovisionner en eau sur le trajet entre Paris et Lyon.
Une fois installée dans l’Yonne, l’entreprise qui comptait jusque-là une dizaine de salariés s’est agrandie au rythme des marchés. Le fils, Robert, a repris la main en 1972 et commencé à diversifier l’activité, vers les fixations de ski. Patrick le petit-fils du fondateur assume le pilotage depuis 2009.

C’est dans les locaux de Sassi que le comité de pilotage de la filière automobile s’est réuni, le 5 avril dernier, un an après le lancement du plan Etat-Région dédié en Bourgogne-Franche-Comté. Le dispositif vise à aider les entreprises en vue des mutations à venir : transition vers les véhicules électriques, digitalisation, changement des habitudes de consommation… Marie-Guite Dufay, la présidente de région, et Franck Robine, le préfet de Bourgogne-Franche-Comté, annoncent un investissement de 12 millions d'€ chacun pour soutenir la filière automobile.
Sous la houlette de la Région et de l’État, la Fima (force d’intervention mutations automobile) est chargée de rencontrer les 300 sous-traitants automobiles de Bourgogne-Franche-Comté. Depuis un an, près de la moitié ont été visitées. Le bilan intermédiaire fait état d’une baisse de 5,3% pour l’emploi salarié permanent entre fin 2021 et fin juin 2022, avec des segments plus fortement impactés comme la fonderie gravitaire et les outilleurs.
La Région a mis en place des soutiens pour accompagner les entreprises dans l’étude d’opportunités sur l’électrification (programme Electrified BFC) ou encore la décarbonation (Decarb Filauto). Quatroze dossiers ont été financés dans le cadre de l’appel à projets du plan 2030 sur la « diversification des sous-traitants de la filière automobile », pour un montant d'aides d'Etat de 12 millions d'€ . Un nouvel appel à projet vient d’être lancé sur le « soutien aux projets d’investissements pour produire en France les véhicules routiers de demain et leurs composants. »
Du fait de la fermeture de Benteler, l'Yonne fait partie des quatre territoires de Bourgogne-Franche-Comté élus au dispositif « Rebond industriel » cofinancé par l’État, la Banque des territoires et le conseil régional. A ce jour, plus de 10 M€ d’aides ont soutenu quelque 70 millions d'€ d'investissements dans 40 entreprises à l'échelle de la région. Enfin, la Fima s’intéresse aux reconversions professionnelles en s’appuyant sur le dispositif Transitions collectives (Transco), qui vient s’ajouter aux actions financées par la Région en vue de la formation des demandeurs d’emploi.






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