La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), concept dans lequel l’entreprise intègre les préoccupations sociales, environnementales, et économiques dans ses activités, la conduit-elle vers un modèle économique plus durable et plus transparent ? Le bilan de l’opération collective menée par France Qualité Performance (FQP) en Bourgogne-Franche-Comté apporte des réponses par l’exemple.


La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) désigne un concept dans lequel les entreprises intègrent les préoccupations sociales, environnementales et économiques de leurs activités. Perçue par certaines entreprises comme une nouvelle entrave, et par les salariés et le public comme une simple opération de communication de « green washing », elle est au contaire perçue par d’autres, comme une voie pour réduire l'impact carbone et améliorer le climat social.
Le bilan de l’opération collective menée par France Qualité Performance (FQP) en Bourgogne-Franche-Comté aide à comprendre les motivations des dirigeants de PME qui ont adopté cette démarche consistant à se diriger vers un mode de développement durable et une gouvernance partagée en impliquant les salariés.
Engagement volontaire, bien qu’elle soit légiférée par plusieurs textes (voir le site officiel), la RSE devient cependant un pré-requis pour des donneurs d’ordre, constatent les cinq témoins venus faire un point d’étape vendredi dernier 10 janvier à Dijon chez Crossject, concepteur d’une seringue sans aiguille qui vient tout juste de démarrer son diagnostic, préalable à toute démarche RSE.
C’est surtout vrai dans la chimie, secteur qui souffre d’une image négative et confronté à de forts enjeux environnementaux. « C’est un de nos clients grands comptes qui nous a demandé une évaluation EcoVadis, la plateforme de notation RSE ; nous avons alors démarré en travaillant sur les « parties prenantes », nos fournisseurs, nos clients et notre voisinage, c’est à dire les collectivités locales, pour savoir où l’entreprise se situait », expose Virginie Lagrange, chef de projet RSE chez Sobotram, transporteur spécialisé dans les matières dangereuses à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire).

 

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L’implication des « parties prenantes », c’est-à-dire tous les acteurs qui ont une influence directe ou indirecte sur les activités de l’entreprise, y compris les dirigeants, actionnaires et salariés, est une des particularités de la RSE qui fait de la norme Iso 26 000 son référentiel sans toutefois en faire un passage incontournable, car longue à mettre en place et coûteuse.
« La question environnementale est prégnante sur notre marché très concurrentiel qui se situe dans le secteur du luxe », renchérit Véronique Birckener qui a démarré une démarche RSE il y a trois ans chez Altus Coating, fabricant de vernis pour les emballages de cosmétiques et parfums à Courlaoux (Jura). La PME de 15 salariés affirme avoir fait « d’énormes  progrès » sur le bilan carbone de son activité. En deux ans, les déchets issus de la production ont été réduits de 17% pour la fabrication d’un kilo de vernis, principalement grâce à l’adoption de nouveaux comportements, comme la réduction des emballages des consommables. L’entreprise a aussi engagé des économies d’électricité en installant un éclairage Led.


Pour Cacao de Bourgogne à Dijon, la réduction des déchets de production est vitale. « Nous en produisons 14 tonnes par mois, certes recyclés dans l’alimentation animale, mais nous pourrions davantage les valoriser avec de nouvelles recettes de chocolats ; nous travaillons sur le sujet », explique René Loquet, directeur général.
L’entreprise qu’a repris l’Espagnol Lacasa devant le tribunal de commerce de Dijon en février 2018, pense pouvoir progresser en terme de volume de déchets en mettant en place de la maintenance préventive afin de limiter les arrêts des machines des lignes de production, mal entretenues suite à la longue période de difficultés financières. Son plan d’action comprend également l’utilisation d’emballages biodégradables et l’installation de panneaux photovoltaïques sur le site de l’usine afin de réduire les dépenses d’énergie.


Indicateurs environnementaux et sociaux

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Le fabricant de vernis pour les conditionnements de cosmétiques et parfums, Altus Coating, estime que la RSE est un atout différentiel sur un marché très concurrentiel. © Altus Coating

L’implication des « parties prenantes » peut être complexe à concrétiser comme en témoigne l’industriel du chocolat (chiffre d’affaires de 8 millions d’€ en 2019 avec un objectif de 17 millions cette année, mais encore des pertes) pour ses approvisionnements en fèves de cacao en provenance d’Afrique de l’ouest et d’Amérique centrale. « Nous ne voulons pas nous contenter des certifications, nombreuses dans le domaine de l’agroalimentaire en France, mais par transparence pour le consommateur, il faut s’assurer de l’éthique de nos approvisionnements ; que les cultures soient respectueuses de l’humain comme ne pas faire travailler des enfants et de l’environnement ; nous ne pourrons pas tout faire seuls mais en mutualisant nos moyens avec la filière et les syndicats professionnels », affirme René Loquet.
« En fait, les clients n’interrogent pas sur la RSE mais sur la qualité, et l’impact environnemental en fait partie »,  tempère  Bernard d’Harcourt, co-gérant de GBAE (chiffre d'affaires de 16 millions d'€, 46 salariés) à Beaune (Côte-d'Or) qui regroupe Embag, fabricant d’emballages pour le vin principalement, et le laboratoire d’analyses organoleptiques Vectoeur. Il a passé en revue la recyclabilité des matériaux de ses fournisseurs : cartons, bouchons (en liège et non en résine), capsules (en étain). Et a renoncé à utiliser certains consommables, comme les films plastiques sur les palettes. Il cherche aussi des pistes d’amélioration pour le recyclage des solvants du laboratoire.

 

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La RSE ne comprend pas uniquement des indicateurs environnementaux faciles à mesurer et qui font dire à chacun des témoins qu’ils faisaient déjà de la RSE sans le savoir. La gouvernance et le bien-être des salariés sont inclus dans la responsabilité sociétale d’une entreprise, même s’il est parfois plus difficile pour le dirigeant de l’appliquer.
Toutes n’ont pas eu le déclic des gérants de GBAE. C’était en avril 2016, raconte Bernard D’Harcourt : « Le gel avait touché une partie du vignoble de Bourgogne avec des conséquences immédiates sur notre business puisqu’il avait moins de vin à vendre ; nous avons profité de cette parenthèse pour revoir notre management, très vertical et même directif. »
Chez Cacao de Bourgogne, où l’aspect managérial est entaché d’un regard extrêmement négatif des salariés sur leurs actionnaires, suite aux nombreux changements de propriétaires ces dernières années, l’équipe chargée de la RSE aborde cette phase avec l’intention de créer un comité de pilotage avec des salariés volontaires.
Difficile pour l’heure pour chacun des témoins de savoir quel est l’impact de la RSE sur leur business, mais ils s’accordent à dire qu’elle contribue à améliorer l’image de l'entreprise. Le citoyen fait désormais une comparaison des performances éthiques des entreprises pour ses choix de consommation mais aussi d’emploi. À l’instar du Manifeste pour un réveil écologique, initié par des étudiants et jeunes recrues qui disent vouloir aligner leurs convictions personnelles et les engagements de l’entreprise pour laquelle ils postulent.

Une action collective pour mettre les entreprises sur le chemin de la RSE

Selon une étude du Médiateur des entreprises et d’EcoVadis, plateforme de notation RSE, sur la période 2016-2018, 70% des PME disposeraient d’un système de gestion de la RSE. Et la perception des salariés n’est pas très favorable, 69% y voyant une opération de communication révèle un sondage Ifop publié en septembre 2019. 
En Bourgogne-Franche-Comté, seule France Qualité Performance (FQP) Bourgogne dont la mission est d’aider les dirigeants à faire leurs premiers pas vers la RSE, peut mesurer l’implication des entrepreneurs régionaux, en comptabilisant le nombre d’entreprises que l’association a accompagné dans une action collective financée par le conseil régional  : une trentaine depuis 2011.
« Nous les aidons à s’approprier les outils d’amélioration continue et mettons à leur disposition un collectif d’experts pour approfondir certaines thématiques, environnement, éco-conception, amélioration des conditions de travail etc.  », explique Corinne Strauss, vice-présidente.
Un partenariat avec le Mouvement Français de la Qualité en Franche-Comté doit élargir le potentiel de participants. Signée le 10 janvier, une convention avec la délégation régionale de France Chimie vise à motiver les entreprises de la chimie et partager les expériences. Pour valoriser les initiatives, France Chimie organise les Trophées « Responsible Care® pour lesquelles les candidatures ne sont pas closes.

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