Le fabricant de chocolat, emblématique de la ville de Dijon, a t-il enfin trouvé un repreneur pérenne ? Tout concourt a le croire avec le dernier en date : l’Espagnol Lacasa qui investit et embauche à tour de bras. Un autre signe ne trompe pas. Mariano Lacasa, président de ce groupe familial de Saragosse, est présent sur place à 80% de son temps pour insuffler un rebond qui devrait conduire à une forte dynamique à partir de 2021.

Le site dijonnais de production de chocolat, passé successivement entre les mains de Lanvin (1912-1977) ; Rowntree Mackintosh (1977-1986) ; Nestlé (1997-2007) ;  Barry Callebaut (2007-2012) ; Philippe de Jarcy et associés (2012-2015), avant une déconfiture totale avec les fonds néerlandais Varova et Nimbus (2015-2018), va t-il enfin renaître avec l’Espagnol Lacasa ?  L'avenir le dira, mais repreneur sur liquidation en février 2018, cet industriel de Saragosse fait vraiment tout pour cela. Au risque d’investir à perte et en grand pour relancer une affaire dans laquelle il croit à fond. Pourquoi ?

 

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Pour bien comprendre les raisons de cet engagement, une présentation du chocolatier espagnol s’impose. Fondé en 1852, il est dirigé par la famille Lacasa depuis quatre générations et la cinquième est déjà sur orbite. Au gré de son développement hispanique, l’entreprise a su se renouveler avec des produits finis phares comme les tourons et les bonbons chocolatés estampillés Lacasitos. Au point de truster les trois quarts du marché local.

Le rachat en 2010 sur dépôt de bilan, en pleine crise économique mondiale, d’un fabricant de chocolat à Tolède l’invite logiquement à diversifier ses activités vers des produits industriels et à marque de distributeur (MDD). Cette filiale, baptisée Iber Cacao, est le repreneur effectif de la Chocolaterie de Bourgogne en février 2018, elle-même renommée Cacao de Bourgogne. « Nous conservons toutefois précieusement Chocolaterie de Bourgogne en tant que marque », indique  René Loquet, le directeur général de l’entreprise.

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Conchage du chocolat, c'est-à-dire sa fabrication dans une conche ou mélangeur. © Traces Écrites.

Saturée depuis sa relance, l’unité de Tolède devait être étendue lorsque qu’arrive sur le bureau de Mariano Lacasa, le président du groupe qui porte son nom, le dossier de la chocolaterie via Business France, organe économique de l’État Français à l’étranger. L’homme est un pragmatique. Il voit tout de suite l’intérêt de reprendre ce site plutôt que d’investir dans une usine neuve. En outre, le Made In France en matière de chocolat est un sésame dans certaines zones mondiales comme l’Asie et surtout en Chine.

Un programme de 14,6 millions d’€ d’investissement

Lacasa ne mégote pas et se donne les moyens d’investir. D’autant que le foncier et l’immobilier (56.000 m2 couverts) sont entre-temps portés par la Société Est Métropole (SEM) qui vient de les revendre à l’industriel (*). « Nous avons prévu d’injecter chaque année durant cinq ans, un demi million d'€ en maintenance et la même somme en acquisition de matériel, soit un total de 5 millions, sachant que nous avons déjà acquis pour 2,1 millions la ligne pour barres chocolatées », explique le directeur général. A cette somme s’ajoute tout ce qui a été nécessaire pour maintenir l’entreprise.

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Qui sont Mariano Lacasa et René Loquet ?

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Mariano Lacasa (à gauche), président du groupe espagnol qui porte son nom, en compagnie de René Loquet, directeur général de la société dijonnaise Cacao de Bourgogne. © Traces Écrites.

Le président du groupe qui porte son nom ne fait pas son âge. Car qui lui donnerait 72 ans ? Diplômé d’une université en sciences économiques, il est un passionné des sports automobiles qu’il a pratiqués à haut niveau. Spécialiste de la production, il ne ménage pas sa peine pour relancer la Chocolaterie au point d’avoir presque  élu domicile à Dijon. Quatrième génération aux commandes, il forme avec son frère Fernando la cinquième. Il s’agit d’un trio : Lucas et Pablo, ses deux fils, ainsi que Macarena, l’une de ses nièces.

René Loquet (43 ans), le directeur général, est dijonnais d’origine. IUT au Creusot, BTS force de vente ensuite, il intègre le groupe Carrefour dans la division banque & assurance, dont il devient le responsable réseau de vente aux particuliers (retail). 2016 signe son départ du géant de la distribution et voulant reprendre ses études, il s’accorde une année sabbatique pour décrocher un master en stratégie et un MBA à l’EM Lyon. Ni connaissant rien en industrie et encore moins dans le chocolat, il est au yeux de Mariano Lacasa le candidat idéal pour apporter un dynamisme à ce site qui fit jadis les beaux jours du chocolat français.
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Ligne de conditionnement des tablettes de chocolat. © Traces Ecrites.

Lorsque Mariano Lacasa investit les lieux, il n’a pas le moindre client et aucun centime de chiffre d’affaires. Il doit donc mettre la main au porte-monnaie et injecter pas moins de 8,5 millions d’€ pour financer notamment les salaires des 65 salariés conservés, sur un effectif de 180 au moment de la liquidation, et acheter de la matière première. « Au final, nous n'avons généré notre premier euro qu'en juin 2018. »

 

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Cacao de Bourgogne va boucler son exercice 2019 à plus de 22 millions d’€ d’activité, pour 8.000 tonnes produites, « et plus de 30 millions l’an prochain », annonce sa direction. Ce ne sera toujours pas suffisant pour revenir à l’équilibre et il faudra, selon les prévisions, attendre 2021. Côté recrutement, les embauches reprennent puisque l’effectif s’établit à 75 personnes. « Et nous monterons a plus de 105 collaborateurs en fin d’année », pointe René Loquet.

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La boutique d'usine. © Traces Ecrites.

Avec plus d’une vingtaine de lignes de fabrication, permettant une capacité globale de 100.000 tonnes, et le sérieux d’un groupe comme Lacasa, le site agroalimentaire emblématique de Dijon a toutes les chances de retrouver de sa superbe. D’autant qu'avec ses 80 commerciaux maison et agents, il se positionne pour alimenter le monde entier en chocolat industriel (80% des ventes), comme en produits finis (tablettes, escargots, barres, truffes…) sous marques MDD. Au point de pousser le luxe d’être certifié casher, dont les normes de production sont parmi les plus exigeantes de la planète.

(*) Les deux boutiques dijonnaises, celle d’usine, rue de de Cluj, et celle de la rue Piron, ont été rachetées en septembre 2018 au précédent propriétaire.

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3 commentaire(s) pour cet article
  1. Kévindit :

    Ils vont enfin pouvoir payer leurs fournisseurs et les impôts !

  2. C DELEAUdit :

    Tous mes souhaits de réussite pour le renouveau de cette fabrique qui le mérite surtout pour son personnel qui m’a laissé un souvenir inoubliable par son professionnalisme

  3. hervedit :

    Tres heureux de voir notre chocolaterie pérenniser son élan

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