En Bourgogne, le crémant s'élabore selon la méthode champenoise.
En Bourgogne, le crémant s'élabore selon la méthode champenoise.

VIN. La Saint-Vincent tournante qui s'est déroulée ces 26 et 27 janvier, mérite qu’on s’y arrête de nouveau. Car pour la première fois, elle était dédiée au crémant de Bourgogne.

Le seul vin effervescent de cette région poursuit sa montée en puissance tout en misant sur un positionnement de plus en plus haut de gamme, sans nuire au reste des productions.

La solution passe par des parcelles dédiées et un militantisme bourguignon avéré pour cette bulle magique, plus que salutaire pour la Bourgogne.

Avis d'expert déjà publié dans Bourgogne Magazine sous la plume de son directeur de publication, Dominique Bruillot.

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Et relire : Louis Picamelot fait pétiller le vin de Bourgogne

Avec plus de 17 millions de cols, le crémant de Bourgogne représente aujourd’hui près de 10 % en surface et 15 % en production des appellations bourguignonnes. Plus d’un viticulteur sur deux produit du raisin pour le crémant.

Et les signaux sont très forts du côté de l’export (près du tiers du marché), qui vient de connaître un bond en avant de 17 % sur le premier semestre de cette année. La bulle est donc quatre fois plus forte que dans les années quatre-vingt-dix.

Derrière ces chiffres se pose bien évidemment la problématique de la maîtrise d’une émergence pétillante qui ne doit pas se faire au détriment des vins tranquilles. Et ça, c’est l’affaire de l’Union des producteurs et élaborateurs de crémant de Bourgogne (Upecb), que préside depuis plusieurs années Georges Legrand. La profession doit en effet elle-même fixer les règles du jeu, en accord avec l’arbitre désigné qu’est l’Institut national des appellations d’origine (Inao).

«On nous dit que la Bourgogne blanchit en bulles, mais nous ne sommes pas en Alsace. Ici, notre développement se fait en harmonie avec les vins tranquilles, avec des vignes dédiées notamment et un positionnement intermédiaire qui valorise les raisins», précise Georges Legrand.

Avant toute chose, il est bon en effet de rappeler que si le champagne se vend en moyenne 18 € sur le marché, la plupart des crémants et mousseux autres que celui de Bourgogne, dauphin du champagne dans la production des pétillants, affichent des prix de l’ordre de 5 ou 6 €. Le crémant de Bourgogne approche quant à lui les 7,50 €.

Réalisé avec les mêmes cépages et la même méthode que son prestigieux voisin, le crémant peut s’appuyer sur des sols de première qualité. D’ailleurs, il n’est pas rare de constater, à l’épreuve de la dégustation, que la différence ne va pas toujours dans le sens imaginé.

Pour bien faire, rien ne remplace les parcelles dédiées, capables de répondre au cahier des charges spécifique du crémant de Bourgogne, qui impose un travail différent de la vigne et des rendements de production bien supérieurs (78 hectolitres/ha).

Trop souvent encore, pour des raisons de commercialisation, des parcelles bourguignonnes passent d’une récolte à une autre, du vin tranquille au pétillant. Dans le même temps, la demande est croissante et la Bourgogne a tous les moyens d’y répondre, avec un potentiel de production que les professionnels évaluent à 25000 hectares.

Avec plus de 17 millions de cols, le crémant de Bourgogne représente aujourd’hui près de 10 % en surface et 15 % en production des appellations bourguignonnes.
Avec plus de 17 millions de cols, le crémant de Bourgogne représente aujourd’hui près de 10 % en surface et 15 % en production des appellations bourguignonnes.

Crémant de rigueur pour les vins d’honneur

«On n’a aucun intérêt à se comparer aux champagnes, rectifie Pierre du Couëdic, directeur de l’Upec, car chez nous c’est l’assemblage qui l’emporte. L’élaborateur va chercher ses provenances géologiques dans toute la Bourgogne. Il fait lui-même sa partition, l’alchimie de son produit. Nous souhaitons maintenant obtenir des droits d’implantation via l’Inao et y greffer un cahier des charges technique pour des vignes dédiées».

A ce jeu-là, le Châtillonnais demeure le berceau de référence. Devançant la tendance, des maisons bourguignonnes ont déjà commencé à travailler sur des terroirs précis. Pour le crémant de Bourgogne, «seule appellation transversale de la région, la rigueur est de mise : pas un lot du marché ne part sans avoir été contrôlé», rappelle Georges Legrand,.

La perspective d’un tel développement « externe » laisse donc la place qu’il faut aux vins tranquilles et libère le crémant de Bourgogne sur le terrain de la promotion. Non sans oublier au passage le rôle de cette bulle magique qui, toujours selon le président de l’Upec, «a de tout temps sauvé la Bourgogne».

On voit ainsi fleurir des bouteilles de crémant de Bourgogne sur les panneaux publicitaires, dans un esprit de conquête qui vise aussi (et pour cause) les riverains de la zone de production, qui se doivent d’en devenir les meilleurs prescripteurs.

Souscrivons pleinement à cette cause et invitons par exemple nos élus à mettre en avant le crémant de Bourgogne dans les réceptions qu’ils organisent. 

Après tout, le chanoine Kir (alors maire de Dijon) avait bien réussi son coup en imposant son assemblage d’aligoté et de liqueur de cassis de Dijon. Il serait tout aussi juste de voir que ce militantisme de bon aloi finisse par pétiller en société, chassant au passage bien des idées reçues sur le sujet…

Crédit photos : UPECB

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