AVIS D’EXPERT. Marc Benner, 58 ans, délégué régional d’EDF en Bourgogne en poste depuis 2001, ne ménage pas sa peine pour vanter les mérites de l’énergéticien européen qui vient d'attribuer à Areva, la réalisation de 32 générateurs de vapeur pour 11 centrales nucléaires.

Soit un contrat de plus d’un milliard d’€ qui profitera aux usines du  Creusot et de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), ainsi qu’à Valinox Nucléaire, implantée à Montbard (Côte-d’Or) et spécialisée dans les tubes.

On le voit partout défendre bec et ongles la grande maison qui l’emploie, au point de suspecter qu’il cultive un certain don d’ubiquité.

Sa mission, totalement prosélyte, le conduit à engager de nombreuses initiatives, comme d’avoir été à l’origine du Pôle Nucléaire Bourgogne (PNB), spécialisé dans la mécanique des gros composants de centrales.

Mais pas seulement ! Cet infatigable missi dominici pilote aussi de nombreux projets de production d’électricité à partir des énergies renouvelables.

Après la catastrophe de Fukushima, le nucléaire n’a plus bonne presse. Aussi, nous est t-il paru intéressant de passer Marc Benner au grill de nos questions.

Comment évolue le Pôle Nucléaire Bourgogne (PNB) que vous avez contribué à porter sur les fonts baptismaux en 2005 ?

Nous avons du revoir notre copie et réajuster le tir pour élargir notre communauté, en l’ouvrant notamment à plus de PME. C’est chose faite et le PNB, labellisé depuis juillet 2005, a obtenu son second contrat de performance que nous évaluerons fin 2012. Aujourd’hui, il accueille 150 membres, dont 47 gros donneurs d’ordres, 70 PME et une trentaine d’instituts de formation et de centres de recherche.

À fin 2010, nous totalisions 32 projets de recherche pour un montant de 27 millions d’€, représentant un potentiel de 4 000 créations d’emplois. Par ailleurs, 40 autres programmes d’étude sont dans les tuyaux. Je tiens à préciser qu’outre la réalisation des gros composants pour les centrales nucléaires, le PNB possède une formidable carte à jouer dans la déconstruction des centrales arrivées en fin de vie. Des contrats très importants pourraient être en ce sens signés avec l’Allemagne qui souhaite sortir de l’énergie nucléaire, mais aussi avec Angleterre. Cette compétence du pôle qui fait appel à des techniques très pointues de recyclage et de robotique n’est que très peu mise en avant.

Après Fukushima la France doit-elle sortir du nucléaire ?

Le piège est évident et vous savez que je ne peux répondre à une telle question qui relève d’une stricte décision gouvernementale. Elle m’invite toutefois à vous dire ceci. Les 58 réacteurs français arrivent seulement à mi-parcours et nous préparons l’allongement de leur durée de vie en changeant de nombreux composants stratégiques. Un appel d’offres conforme à la législation européenne vient ainsi d’être attribué en partie à Areva pour la réalisation de 32 générateurs de vapeur, sur un total 44, dédiés à 11 centrales de 1300 MW.  Soit un contrat de plus d'un milliard d’€ qui profitera aux usines du  Creusot et de Chalon-sur-Saône, ainsi qu'à Valinox Nucléaire, implantée à Montbard (Côte-d'Or) et spécialisée dans les tubes.

Et il y aura un autre appel d'offres pour une quantité équivalente en 2013. Concernant le nouveau nucléaire français, c’est-à-dire l’EPR, plusieurs pays l’adoptent et d’autres vont s’en doter. La compagnie énergétique sud-africaine Eskom réfléchit ainsi à s’équiper de six équivalents EPR. Si le nucléaire n’est pas la panacée, il produit en France une électricité 35% moins chère par rapport à nos 26 voisins de l’Union Européenne, il ne rejette pas de CO2 et nous assure l’indépendance énergétique.

L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) s’interroge pourtant sur la fiabilité de notre parc nucléaire et sur la conception même de l’EPR face à un accident de type Fukushima  ?

L’ASN joue son rôle. Elle intervient pas moins de 400 fois par an sur notre parc, sur rendez-vous ou de manière inopinée. Nous venons de remettre unité par unité nos propositions et elle rendra son avis au printemps. Vous pensez bien que l’accident dramatique de Fukushima nous alerte et que nous envisageons tous les cas possibles de rupture de l’alimentation en eau pour refroidir les réacteurs, même les plus improbables. Et si l’ASN indique des travaux complémentaires à effectuer, nous les ferons.

Les énergies renouvelables ne sont-elles pas une simple caution chez EDF pour faire passer la pilule de l’atome ?

Dois-je vous rappeler que nous sommes le premier producteur européen d’électricité hydraulique. Que la Bourgogne compte en ce sens six barrages dans le Morvan. Que par ailleurs, une des premières fermes solaires d’Europe, d’une capacité de 56 mégawatts, voit le jour à Massangis, dans l’Yonne. Assuré par EDF Énergies Nouvelles, l'investissement s’élève à 140 millions d’€. Dois-je rappeler que deux autres projets à Decize (Nièvre) et Sanvignes (Saône-et-Loire) font l’objet d’un appel d’offre. Qu’à l’horizon 2015, nous produirons, toujours en Bourgogne, entre 50 et 90 mégawatts éoliens. Et enfin, que le tarif de rachat d’électricité auprès des particuliers demeure toujours très attractif.

En Bourgogne, EDF emploie 1 800 salariés et dépense chaque année 226 millions d’€, dont 100 millions d’achats directement injectés dans l’économie locale.

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