Le trafic ferroviaire a considérablement diminué l’année dernière, consécutivement aux confinements. La baisse du trafic pèse sur la compagnie de transport, la SNCF, mais aussi les recettes des conseils régionaux qui gèrent les TER. Combien de temps les voyageurs bouderont-ils le train ? En Bourgogne-Franche-Comté, la période atone n’empêche pas une poursuite des investissements sur la voie ferrée et dans les gares, avec même un chiffre record de 423 millions d’€.


La question ne se pose pas qu’en Bourgogne-Franche-Comté, mais l’intervention de Michel Neugnot, 1er vice-président du conseil régional, ce début de semaine à la conférence de presse annuelle de SNCF Réseau, crée l’opportunité de s’interroger sur le modèle économique ferroviaire post-Covid. Jérôme Grand, directeur territorial de SNCF Réseau n’a pas caché « une situation financière difficile » de la compagnie ferroviaire, consécutive à la crise sanitaire, et déjà entachée par les manifestations des gilets jaunes fin 2019, puis contre la réforme des retraites début 2020. Début décembre, Jean-Pierre Farandou, le PDG de la SNCF, estimait les pertes de recettes à 5 milliards d’€.

Des conséquences financières pèsent aussi sur les conseils régionaux qui gèrent les lignes des TER. En Bourgogne-Franche-Comté, la perte de recettes est évaluée à 30 - 40 millions d’€ sur les 80 millions attendus pour une année normale. Pendant le confinement du printemps, seul 5% du trafic des TER était assuré, réduisant le nombre de voyageurs à un millier, et pendant le second, de l’automne, des services ont également été supprimés, dans une moindre mesure. 



 

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Le remplacement de voies ferrées mobilisera plus de 150 millons d'€ en 2021. © SNCF Réseau



Tous comptes faits, le trafic voyageurs en Bourgogne-Franche-Comté a baissé de 60% en 2020, avec entre 24.000 et 25.000 passagers sur l’année au lieu des 60.000 habituels.
Entre les deux périodes de confinement, le trafic n’a pas retrouvé son niveau habituel, malgré un rebond pendant les vacances d’été. Les travailleurs ont repris l’habitude de la voiture individuelle, par crainte de la contagion mais aussi à cause de déplacements moins réguliers liés à la pratique du télétravail.

 

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« Une situation dramatique », commente Michel Neugnot, tandis que l’offre (nombre de trains et services)  sur le réseau TER avait augmenté de 6% ces trois dernières années. Pour redonner envie de prendre le train, depuis le 1er janvier, les abonnés bourguignons et francs-comtois à un trajet entre deux gares fixes – ce sont en général des déplacements domicile-travail ou domicile-école – pourront se déplacer gratuitement et de manière illimitée sur tout le réseau TER, les week-ends et jours fériés. La Région étudie aussi une formule d’abonnement annuelle plus souple, adaptée au télétravail, avec quelques jours par semaine au lieu de tous les jours ouvrés.

Le trafic ne redeviendra pas normal rapidement, pronostique le 1er vice-président du conseil régional. « Il faudra au moins trois ans », estime t-il. L’élu est particulièrement pessimiste sur le trafic des TGV qui, la semaine, transportent principalement des cadres – et pour beaucoup en 1ère classe –  pour des déplacements professionnels récurrents aux quatre coins de l’hexagone.

 

Un tiers des investissements 2021 pour éviter des retards de train

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La modernisation de la signalisation est un facteur important pour assurer la régularité des trains. © SNCF Réseau

 

La situation financière n'empêche pas la poursuite des investissemenst sur la voie ferrée et dans les gares. L'enveloppe 2021, de 423 millions d’€ en Bourgogne-Franche-Comté (dont 173 millions apportés par l’Etat et la Région), est même supérieure à 2020 (383 millions). SNCF Réseau, la filiale propriétaire des infrastructures, en consacre un tiers (142,3 millions) pour assurer la régularité de trains, argument commercial par excellence.

En dehors des accidents sur la voie par définition imprévisibles, les retards sont généralement provoqués par une signalisation dégradée. Sa modernisation consiste à remplacer des installations électriques (pylônes, portiques) et à automatiser les postes d’aiguillages pour les rendre contrôlables directement depuis la Commande Centralisée du Réseau (CCR) située à Dijon. Le « fin du fin » pour la régulation des trains est le système GSM-R, un standard européen de télécommunications ferroviaires sans fil qui permet aux conducteurs des trains de communiquer avec les agents en charge de la régulation du trafic. 14 pylônes seront installés d’ici 2022.

 

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La régularité des trains dépend aussi de l’état de la voie ferrée. Le remplacement du ballast et de traverses sera l’objet de trois gros chantiers en 2021 : sur la LGV Paris-Lyon, en Côte-d’Or et dans l’Yonne, sur la « ligne des horlogers » entre Besançon et Le Locle, en Suisse (deux projets de 55 millions d’€ chacun) et entre Laroche-Migennes et Auxerre (44 millions).
Anecdotique à première vue, la protection des voies contre la faune sauvage va être renforcée sur la LGV Paris-Lyon. SNCF Réseau entame par ailleurs une discussion avec les fédérations de chasse pour identifier les lieux les plus pertinents à aménager. Car lorsqu’un train de voyageurs se trouve immobilisé en pleine nature pour parfois plusieurs heures, bien souvent c’est un gibier qui n’a pas eu le temps de traverser la voie ferrée.

 

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