La start-up met au point un collagène de synthèse qu’elle espère pouvoir utiliser pour réduire les hémorragies. Le chemin vers ce premier « candidat-médicament » est encore long et nécessite de gros moyens financiers. Cette année encore, NVH Medicinal prévoit une augmentation de capital, de 2,5 millions d’€. Elle vient d’inaugurer, ce 14 mars, dans l’enceinte du CHU de Dijon, un laboratoire mixte pour conduire les essais cliniques.

Que non, il n’est pas exagéré de qualifier David Vandroux d’aventurier. Ce docteur en biologie cellulaire qui se pique de devenir un acteur de poids dans la biotech avec son entreprise NVH Medicinal, connaît l’idée du risque depuis 10 ans qu’il court après les applications médicales du collagène, cette « colle » biologique qui tient nos cellules ensemble. 

Il vient d’inaugurer, ce 14 mars, dans l’enceinte du CHU de Dijon, un laboratoire mixte, co-géré par l’établissement et son entreprise. Les équipes de l’entreprise et de l’hôpital François Mitterrand vont conduire des essais cliniques sur un « candidat-médicament » destiné à réduire les hémorragies, basé sur le collagène de synthèse que la start-up a mis au point. « La proximité des urgences est cruciale pour ces essais, les échantillons sanguins devant être utilisés très rapidement », explique l’entrepreneur-chercheur de 44 ans.

 

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David Vandroux a fondé NVH Medicinal en 2008, et si sa société emploie 11 collaborateurs, c’est essentiellement grâce à des levées de fonds qu’elle vit. La SAS a collecté 3,2 millions d’€ auprès de 90 investisseurs, essentiellement privés, et évalue ses besoins financiers à 10 à 15 millions d’€ dans les 4 ans à venir. En 2019, elle prévoit une nouvelle augmentation de capital à hauteur de 2,5 millions d’€. En 2018, NVH Medicinal réalisait environ 100.000 € de chiffre d’affaires, un chiffre multiplié par cinq depuis 2015, qui reste cependant faible.

C’est souvent le lot des nouvelles pousses de la biotech, qui consomment des investissements considérables, sans garantie de débouchés économiques. Mais si ceux-ci sont au rendez-vous, c’est jackpot.

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David Vandroux, fondateur de NVH Medicinal, au centre, avec, à ses côtés, Emmanuel de Maistre, médecin au service d'hématologie du CHU de Dijon (à sa droite), Bénédicte Motte, directrice générale adjointe du CHU de Dijon et Denis Hameau, conseiller municipal de Dijon et vice-président du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, le 14 mars lors de l'inauguration du laboratoire co-géré par l'entreprise et le CHU. © Arnaud Morel.
Un collagène injectable pour l’hémostase d’ici 3 ans 

NVH Medicinal espère disposer d’un collagène injectable pour l’hémostase d’ici 3 ans, si les essais cliniques du NVH020b se passent comme espéré.  « Notre objectif, après les essais cliniques en phase précoce, c’est de transférer à un industriel, qui aura les moyens d’assurer la finalisation et la production du médicament. Il faut compter entre 10 et 15 ans de développement, et des investissements de l’ordre de 400 millions », décrit David Vandroux. Impossible pour une société de petite taille, qui a donc besoin d’un partenaire de poids.

NVH Medicinal possède une technologie unique au monde de production de collagène de synthèse, qui présente la double particularité de préserver la triple hélice de ces protéines, et d’être de petite taille, en forme de grain, et pas de filament comme le collagène extrait des animaux. D’un côté, les propriétés étonnantes, et encore largement inconnues, du collagène sont préservées, et de l’autre, il est aisément injectable dans l’organisme.
Les applications sont potentiellement énormes. Le premier candidat-médicament, poétiquement nommé NVH020b, vise par exemple à réduire les hémorragies. Le collagène vient « activer » les plaquettes pour qu’elles réparent la cause hémorragique. « C’est particulièrement utile dans le cas d’hémorragies sur lesquelles on ne peut pas intervenir physiquement pour les réduire, par exemple des accidents vasculaires intracrâniens », décrit le chercheur. L’armée, également, se montre intéressée, trouvant là une possible solution à la première cause de mortalité en opération. Au total, le marché d’un tel produit injectable s’évalue en milliards de dollars.

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Une ligne de cosmétiques pour patienter

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La ligne de cosmétiques à base de collagène de synthèse que commercialise VHN Médicinal. © Arnaud Morel.

Mais avant d’envisager tirer ces jolis marrons du feu, il faut investir. Actuellement implantée au sein de la pépinière dijonnaise Hope!, NVH Medicinal doit déménager dans les deux ans, et cherche un lieu pour s’implanter durablement : R&D, administration et lignes de production prendront place dans un futur bâtiment dont le coût de construction est estimé à 6 millions d’€. 

Des investissements, encore. Alors pour « sécuriser son modèle d’affaires », NVH Medicinal a lancé, en 2018, une ligne de cosmétiques nommée Innéis, utilisant son collagène de synthèse. L’entreprise fabrique le composant et le fournit à un laboratoire qui « produit la texture et assure le conditionnement ». C’est sur cette ligne naissante, diffusée sur le site web de l’entreprise et dans un unique point de vente à Dijon - Paula Coste - que l’entreprise réalise l’essentiel de son chiffre d’affaires.  Ses actifs vont cependant bien au delà : NVH Medicinal détient une cinquantaine de brevets, dont trois aux USA qui ont mobilisé 500.000 € d’investissements sur 10 ans. Désormais, l’entreprise s’estime « presque incontournable » pour qui voudrait synthétiser le collagène.

 

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2 commentaire(s) pour cet article
  1. Philippe Legranddit :

    Merci pour l'ensemble de ces informations qui confortent la confiance que l'on a fait, même modestement, a l'équipe de NVH et à la ténacité de son dirigeant.

  2. Pierre Chevalierdit :

    Bravo David pour ta persévérance malgré toutes les forces de l'éco-système :-)

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