Créée en 2018, la start-up strasbourgeoise a trouvé un moyen de produire en quantité, en qualité et à faible coût du graphène, un matériau qui intéresse de nombreuses industries par ses multiples propriétés : conduction, résistance mécanique, légèreté, flexibilité, absorption de la lumière, etc. Avec le jurassien AFUludine, Blackleaf cherche à améliorer les performances des lubrifiants.


La création de Blackleaf part d’une discussion entre amis. Housseinou Ba et Cuong Pham-Huu, tous deux chercheurs au CNRS, racontent à leur ami Yannick Lafue (titulaire d'un master en études spatiales et d’un troisième cycle à l’ENA) qu’ils ont découvert un moyen de créer du graphène et de le déposer sur des surfaces. En 2017, le trio mature la technologie et la teste auprès des plusieurs industriels qui se montrent intéressés, et en août 2018, ils créent Blackleaf, incubée chez Semia à Strasbourg.
Obtenu à partir du graphite, le graphène est un feuillet composé d’atomes de carbone. Ce matériau est considéré comme le meilleur conducteur thermique et électrique au monde. Il est aussi extrêmement flexible, léger, imperméable, et absorbe la lumière… De nombreuses propriétés qui l’appellent à être utilisé dans de nombreuses applications.


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Jusqu’à présent, ce matériau miracle était compliqué à fabriquer. Blackleaf est parvenue à développer sa propre recette. La start-up a trouvé les ingrédients et le process pour passer du graphite au graphène tout en répondant à trois défis : produire en bonne qualité, en grande quantité et à prix compétitif.
Elle a également trouvé un moyen de l’utiliser. « Jusqu’à aujourd’hui les producteurs de graphène le noyaient dans une peinture ou une résine. Nous, notre graphène ne coûte pas cher car on utilise 98% d’eau. Il peut être pulvérisé avec un pistolet à peinture sur n’importe quelle surface », explique Yannick Lafue, le directeur général de l’entreprise.


Une production industrielle d’ici la fin de l’année

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Parmi les marchés visés, le chauffage en substitution de l'électricité et l'anticorrosion. © Traces Ecrites


Ces innovations conséquentes permettent d’approcher de nombreux marchés. Pour le moment, la start-up se concentre sur le chauffage : pour chauffer les pipelines, dégivrer des pièces dans l’aéronautique, l’éolien, et chauffer des murs de bâtiments. « Avec notre technologie, nous pouvons diviser par dix la facture d’électricité des particuliers et des industriels », assure le dirigeant.

La deuxième application prioritaire sur laquelle travaille Blackleaf est l’anticorrosion. Ici, le graphène mixé avec une résine anticorrosion, permet de supprimer l’étape de la préparation de la surface par sablage. Un impact non négligeable en termes d’économies et d’écologie aussi. Pour l’instant, elle explore les domaines de la santé, de la filtration, de la lubrification… « Mais nous ne pouvons pas adresser tous les marchés en même temps », concède Yannick Lafue.


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Bénéficiaire d’une bourse French Tech de 90.000 € de Bpifrance en 2020, Blackleaf est aujourd’hui en phase de levée de fonds. Elle espère recruter des ingénieurs et des commerciaux pour arriver à un effectif de 8 salariés d’ici la fin de l’année.
La levée de fonds doit aussi lui permettre d’accroître sa production à 80 kg de graphène par jour à partir d’une unité de production d’ici la fin du deuxième semestre 2021, contre seulement quelques kilos aujourd’hui. « Notre ambition est de devenir un producteur majeur de graphène. Ensuite, à nous de créer les marchés », prévient le directeur général. Une deuxième levée de fonds est d'ores et déjà programmée en 2022…

 

Le graphène rend les lubrifiants plus performants


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AFUludine, fabricant jurassien de lubrifiants sans chimie de synthèse cherche à les rendre plus performants en ajoutant des feuillets de graphène. © AFUludine

Blackleaf s’est associée à AFUludine, spécialiste de la lubrification écologique implanté à Dole dans le Jura. En ajoutant du graphène au lubrifiant, celui-ci devient plus performant. « Le mélange de molécules ralentit l’usure et les frottements », indique Fabrice Lallemand, le fondateur d’AFUludine. Le marché visé est l’emboutissage-découpage qui met fortement les outils à l’épreuve.
Le graphène peut être aussi d’un apport bénéfique pour le sport de haut niveau comme le cyclisme. Pour l’heure, cette technologie de rupture dans le domaine des lubrifiants est en phase de R&D. C.P.

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