L’inauguration hier 27 juin d’une presse XXL dans l’usine PSA de Sochaux (Doubs) lance le programme Sochaux 2022 qui consiste à restructurer les flux du site nord franc-comtois pour gagner en efficacité et rester compétitif face à des concurrents à moindre coût. En marge de l’événement, Marie-Guite Dufay a annoncé en avant-première le renforcement du centre de R&D de Bavans de l’équipementier Faurecia, avec l’ambition de travailler sur les réservoirs à hydrogène.

Du haut de ses 12 mètres et du long de ses 40 mètres, elle en impose, la nouvelle presse de Sochaux ! L’usine PSA a mis en route hier 26 juin cette installation, une acquisition de matériel qui n’avait plus eu d’équivalent en France depuis plus de vingt ans, souligne-t-elle. Mais c’est bien vers l’avenir que se tourne cet investissement : les 35 millions d’€ injectés constituent la première tranche du programme de 200 millions d’€ « Sochaux 2022 » qui doit transformer à cette date – en fait, un an plus tard – le site centenaire pour le rendre aussi performant qu’une usine jeune.
Son nouveau bijou, le site sochalien (dans le Doubs) est allé le chercher à l’autre bout du monde : la ligne de presse a été fabriquée par le chinois Jier, « un fabricant expérimenté qui équipe la plupart des constructeurs en Asie », s’empresse de préciser sa direction. Elle permettra de fabriquer plus vite et mieux de nombreux éléments de carrosserie en acier ou en aluminium : côtés de caisse, éléments de capots et de planchers, etc. pour commencer ceux des 308, avant les 5008 et les 3008.

 

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Avec les trois presses annexes qui l’accompagnent, elle présente une puissance de 5.600 tonnes et saura fabriquer jusqu’à 8 pièces en même temps. Sa cadence moyenne sera de 4,3 pièces (contre 1,7 pièce pour la presse précédente) soit l’une des plus importantes dans le monde.
Le programme Sochaux 2022 que cet investissement lance « tient son calendrier », précise Stéphane Dubs, directeur du site. Il aboutira à moderniser le montage dans trois ans, puis le ferrage jusqu’en 2023. Ces ateliers viendront se « coller » à l’emboutissage où est installée la nouvelle presse, réduisant d’autant les déplacements, donc les temps perdus. « Optimiser et raccourcir nos flux est indispensable », expose le directeur.
Plus généralement, la direction de PSA a fixé à l’usine de Sochaux l’impératif – et lui en a donné les moyens financiers – de gagner en efficacité pour rester compétitive face à des concurrents à moindre coût. « Nos compétiteurs, c’est le Kandjar (Renault) produit en Espagne ou les modèles du groupe Volkswagen venant de République tchèque », a rappelé hier Stéphane Dubs dans son discours d’inauguration.


Un montage public-privé, tant financier qu’urbanistique

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L'atelier d'emboutissage où est implantée la nouvelle presse et celui du ferrage se jouxteront pour réduire le transport des pièces et ensembles d'un bâtiment à l'autre. © PSA.

La mise en route de la presse s’est en effet accompagnée d’une cérémonie en présence des élus et des acteurs du développement territorial. Car ceux-ci, une fois ne vaut pas règle générale, avaient des choses importantes à dire : confirmer et préciser le soutien qu’ils apportent à Sochaux 2022. Le programme se caractérise par son montage public-privé, tant financier qu’urbanistique, qui démontre concrètement que l’avenir du poumon économique du Nord-Franche-Comté est l’affaire de tous.  
D’un côté, le constructeur concentre ses forces, selon le principe du compactage. La nouvelle presse, par exemple, occupe un bâtiment de 6.000 m2 six fois plus petit que pour l’équipement. Ces dernières années, PSA avait déjà libéré la partie Nord pour y accueillir des fournisseurs, soit 26 hectares. Avec la restructuration du site, le constructeur va laisser 50 autres hectares (sur une superficie totale de 200 ha) s’ouvrir à d’autres affectations, en lien avec l’industrie. Une idée germe d’y créer une « Cité de l’industrie », au contenu à préciser.
De l’autre côté, les collectivités locales (Région et Pays de Montbéliard Agglomération) et la Caisse des dépôts (devenue la Banque des territoires) apportent leur concours et organisent la restructuration. Via leur société d’économie mixte PMIE (Pays de Montbéliard immobilier d’entreprises), elles ont racheté la partie Nord dès 2015. « Les 30 millions d’€ d’investissements alors consentis ont abouti à accueillir 600 emplois », souligne Marie-Guite Dufay, présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté.

 

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Hier les collectivités locales ont confirmé, par une signature de protocole, leur disposition à dépenser 25 millions supplémentaires, par des aides à l’innovation (la Région va débloquer 7 millions d’€ cette fin de semaine en séance plénière) et le rachat des prochaines surfaces libérées. Elles vont également participer à un quasi-doublement du capital de PMIE qui passera de 14 à 26 ou 27 millions d’€ d’ici à la fin de l’année.
Ces engagements ne vont pas sans contrepartie de PSA, ce qu’a tenu à rappeler Marie-Guite Dufay. « Il y en a deux : nous aider à faire venir des sous-traitants et doubler la performance économique d’une performance sociale », a-t-elle expliqué. À voir en effet comment Sochaux 2022 et ses impératifs de compétitivité feront évoluer l’emploi du site qui poursuit sa pente descendante, avec moins de 10.000 salariés (pôle études-développement compris), dont 7.600 CDI.

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Sur ce plan, en jaune, le périmètre du site que rachètera la société d’économie mixte Pays de Montbéliard immobilier d’entreprises pour y imlanter d'autres activités, et en haut à droite, sous le sigle ZIF, la zone dédiée aux fournisseurs. © PSA.
La R&D locale de Faurecia se renforce

En marge de l’inauguration de la nouvelle presse PSA, Marie-Guite Dufay a annoncé en avant-première une décision de l’équipementier Faurecia qui vient conforter son centre de R&D de Bavans près de Montbéliard : le site va plancher sur les réservoirs à hydrogène. « C’est une excellente nouvelle qui vient saluer l’expertise du centre. C’est un très bon signal quant à nos atouts sur une énergie nouvelle : Bavans était en concurrence avec Berlin et Grenoble », a expliqué l’élue.
La présidente de Région ne perd pas non plus de vue l’objectif d’implanter dans le Nord-Franche-Comté l’usine française de batteries pour véhicules électriques que le gouvernement a prévu dans son alliance sur le sujet avec l’Allemagne. « On a tous les atouts liés à un bassin automobile au cœur de l’Europe, mais la question du site viendra dans un second temps. Pour l’instant, c’est le modèle économique que l’on doit travailler », commente-t-elle.

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