La ville d’Autun que traverse le Tour de France ce vendredi 2 juillet, sur la route de Vierzon au Creusot, finalise un joli projet de rénovation de son musée abrité aujourd’hui dans l’hôtel particulier du chancelier Nicolas Rolin, mécène d’artistes comme le rappelle l’exposition estivale.


C’est un lieu improbable que les Autunois et les 20.000 visiteurs annuels du musée Rolin, vont bientôt s’approprier. Rare exemple de l’architecture carcérale en France inspirée du « panopticon » de Jérémy Bentham, philosophe anglais de la fin du 18e qui pensait qu’une surveillance de tous les instants, grâce à un poste central avec une vision à 360 degrés sur les cellules disposées tout autour d'une tour circulaire, devait permettre aux prisonniers de s’autodisciplier, se sachant observés sans le voir.
Construit entre 1854 et 1856 par André Berthier, ce lieu d’enfermement absolu où le condamné est privé de toute intimité, fut désaffecté en 1956, puis devint garde-meubles ensuite parking privé avant d’être racheté en 2003 par la ville. La municipalité fit le nécessaire pour faire classer l’édifice aux Monuments historiques en 2017 dans la perspective d’en faire un centre d’intérêt patrimonial compte tenu de sa situation, juste à côté du musée Rolin et face à la cathédrale.


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Le transfert en 2009 du palais de justice à Chalon-sur-Saône « donna l’impulsion de l’extension du musée aujourd’hui hébergé dans l’hôtel particulier du chancelier Nicolas Rolin », explique Agathe Mathiaut-Legros, directrice des musées et du patrimoine. Sans ascenseur et composé de plusieurs salles en demi-niveau, il devenait urgent de le mettre aux normes d’accessibilité aux personnes à mobilité réduite.

La conservatrice souhaitait aussi avoir de l’espace pour montrer de nouvelles oeuvres d’une impressionnante collection allant de l’Antiquité au 20ème siècle, avec de remarquables oeuvres médiévales dont l’unique Eve couchée attribué à Gislebert : des 15.000 oeuvres du musée, moins d’un tiers est actuellement présenté au public.  L’agrandissement de 1.700 m2 avec un doublement des surfaces d’exposition à 3 057 m2 « donnera aussi de la place à la médiation et aux services d’un musée digne de ce nom, avec boutique et cafétéria », précise la directrice.


Du haut de la tour prison à une galerie souterraine

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L'entrée du futur musée par le pavillon du gardien qui mène à l'ancienne prison, début de la visite des collections. © Atelier Novembre
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La tour de la prison est surélevée d'un étage, ce qui donnera une vue panoramique sur la ville dAutun. © Atelier Novembre

 

La prison panoptique est le point d’orgue du projet d’extension du musée qui s’étendra également dans l’ancien palais de justice et dans la Halle d’Hallencourt, ancien marché du 18ème devenu salle municipale. Le pavillon du gardien accolé à la prison devient l’entrée du musée rebaptisé Le Panoptique d'Autun-Musée Rolin. Le visiteur traversera la cour intérieure de la prison avant d’accéder à son sommet, 13 mètres plus haut. L’ancienne promenade des prisonniers est rehaussée d’une verrière où seront installées les premières collections.

Il poursuivra son chemin dans une galerie semi-souterraine, « trouvaille » de L’Atelier Novembre Architecture (Paris) retenu sur concours en janvier 2020, plutôt que de combler les vides entre les bâtiments, comme le préconisait le cahier des charges « Ce socle fédérateur en sous-oeuvre résout à la fois la question de l’accessibilité et l’extension tout en préservant l’identité de chaque bâtiment » commente Charles-Elie Mathais, architecte. Les surfaces de la galerie remplaceront la place perdue par l’installation de six ascenseurs dans plusieurs actuelles salles d’exposition.


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La solution choisie va induire d’importants travaux de décaissement. Un exercice de style dans ce quartier historique où un diagnostic archéologique a détecté des centres d’intérêt qu’une  campagne de fouilles en septembre va mettre au jour. La déclivité du terrain entre la place d’Hallencourt, en aval de la prison, et le musée actuel entraîne des travaux d’excavation de 50 centimètres jusqu’à 5 ou 6 mètres, selon les endroits. « Il va falloir aussi composer avec le flux touristique pendant les 27 mois  de travaux prévus à partir du dernier trimestre 2022 », ajoute Jean-Baptiste Rezvoy, directeur des services techniques.

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La création d'une galerie semi enterrée qui relie les quatre bâtiments induit d’importants travaux de décaissement. © Atelier Novembre


Le montant global des travaux s’élève à 19,66 millions d’€ hors taxes financés pour moitié par l’Etat, le reste partagé entre la ville d’Autun, la Région Bourgogne-Franche-Comté, l’Europe et le département de Saône-et-Loire. La ville espère aussi mobiliser des mécènes privés pour compléter son budget.

Car le mécénat est une vieille tradition à Autun comme le rappelle l’exposition estivale « L’âge d’or du mécénat à Autun, 1425-1510 » (jusqu’au 19 septembre). En même temps que le musée Vivant Devon à Chalon-sur-Saône, elle met en lumière la dynamique de la commande artistique de hauts dignitaires bourguignons.
Nicolas Rolin, le chancelier du duc de Bourgogne Philippe le Bon, puis son fils le cardinal Jean Rolin, ainsi qu’une autre grande famille autunoise, les Cluny, ont réuni d’impressionnantes pièces, dont une partie recueillies par le musée du Louvre. Clin d’oeil au soutien d'artistes, des concerts ont régulièrement lieu cet été dans la cour du musée Rolin que le projet de rénovation ne rendra plus accessible au public. Mais ce ne sera pas avant 2024.

Musée Rolin d’Autun, ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h.
Musée Vivant Denon à Chalon-sur-Saône, ouvert ce samedi 3 juillet de 20 h à minuit pour la Nuit européenne des musées. Visites guidées de l’exposition "L’âge d’or du mécénat à Autun, 1425-1510" de 20h à 23h, par groupes de 10 personnes maximum.

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Cliquez sur l'image pour une visite virtuelle de la prison. © Xavier Spertini
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L’ancien hôtel particulier du chancelier Nicolas Rolin, aménagé au XVe siècle, a donné son nom au musée et se situe dans le quartier médiéval, à quelques pas de la cathédrale Saint-Lazare. © Traces Ecrites
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Le temple de Janus, édifié à l’écart de la ville, à l’époque de la cité antique d’Augustodunum. Des fouilles depuis 2012 ont révélé la présence d'une occupation antérieure.
© Traces Ecrites

 

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Attribué à Gislebert, le bas-relief La Tentation d'Ève (vers 1130), ornait le linteau du tympan de la cathédrale Saint-Lazare. Il a été déposé par les chanoines au 18ème siècle et retrouvé 100 ans plus tard, par un architecte dans un pan de mur d’une maison particulière en rénovation. © Musée Rolin

 

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L'imposante mosaïque (100m²) de « Bellérophon et la chimère » (1er siècle) retrouvée dans le sous-sol d'Autun en plusieurs morceaux. Présentée en plusieurs tableaux aujourd'hui, elle trouvera une place au sol du musée agrandi. © Taces Ecrites
1 commentaire(s) pour cet article
  1. Bob Démuredit :

    Excellente explication des futurs travaux qui feront du Musée Rolin un endroit ouvert à tous, même à ceux qui sont handicapés, ce qui n'est pas le cas actuellement, dans un cadre rénové permettant de mettre plus en valeur les chefs-d'oeuvre que recèle le musée, avec une muséographie renouvelée, dans un espace plus vaste, englobant notamment cette remarquable prison panoptique, une des rares encore visibles, un lieu de rencontre aussi avec terrasse et vue sur la ville. Une merveilleuse initiative dont seront fiers les Autunois qui doivent en remercier tous ceux qui ont oeuvré à ce grandiose projet. Longue vie au nouveau Musée Rolin.

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