L’opérateur d’infrastructures de réseaux de fibre optique Altitude Infra aborde les dernières lignes – espérées droites – de ses missions en Bourgogne-Franche-Comté. L’année 2023 sera marquée par l’achèvement, total ou presque selon les cas, de son déploiement du réseau très haut débit, dans les trois départements du Jura, de l’Yonne et de la Côte-d’Or dont les assemblées délibératives lui ont confié la construction.
On creusera de nombreuses tranchées sur les chemins du Jura en 2023. Pas pour entretenir la mémoire de quelque guerre, mais pour tourner le département vers l’avenir. Les travaux seront menés par le groupe français Altitude Infra (*), en application de la délégation de service public (DSP) de construction-exploitation-commercialisation-maintenance que le conseil département lui a attribuée en février 2021. Ce contrat entre en phase haute de son application.
Le cas jurassien est particulier, puisque Altitude Infra se voit confier également la reprise du réseau d’initiative publique tel qu’il avait commencé à être initié par la société publique locale (SPL) Bourgogne-Franche-Comté Numérique (Lire ici l'article de Traces Écrites News).
La mission de l’opérateur consiste à reprendre les 52.000 prises préalablement posées et à en créer 85.700 autres dans 392 communes pour arriver au total prévu de 137.700. Compte tenu de l’avancement au 3 janvier dernier, il lui reste à construire, d’ici à l’échéance fixée de septembre 2024, 73.000 prises et 85 SRO, les sous-répartiteurs optiques qui distribuent le signal vers un ensemble d’habitations ou structures raccordées dans un rayon proche.
« L’année 2023 sera notre plus importante en terme de travaux », souligne Maud Ravel, directrice de Prisme by Altitude Infra, la société constituée pour le contrat dans le Jura qui fixe un investissement de l’opérateur de 167 millions d’€ sur 30 ans. Les volumes de travail en insertion représentent 10 % du total, soit près de 22.000 heures. L’intégralité des 31 NRO (nœuds de raccordement optique), le lieu plus en amont de convergence de lignes, est installée, quant à elle.

L’Yonne bien dans sa montée en charge
Dans l’Yonne, l’investissement de la filiale locale d’Altitude Infra, Yconik, se monte à 192 millions d’€ sur la durée de 31 ans de la DSP signée en janvier 2020. En jeu, l’installation de 127.500 prises dans 363 communes jusqu’en décembre prochain. Le gros de l’effort a été porté l’an dernier : « Nous sommes passés en un an de 5.000 à 80.200 prises, en conformité parfaite avec le prévisionnel de montée en charge », indique Michel Cazzoli, directeur de la filiale Yconik. Dès lors « il n’y pas de raison que l’objectif de déploiement à 100 % ne soit pas atteint à la fin de cette année », poursuit-t-il.
Le dernier NRO a été posé en novembre dernier, à Vézelay, et au tout début de cette année, 269 SRO étaient en place sur le total de 301. Un test d’éligibilité, outil pas aussi fréquent qu’on pourrait le croire, a été mis en place pour l’Yonne. « Les chantiers mettent 77 entreprises à pied d’œuvre », ajoute Michel Cazzoli.
En Côte-d’Or, Altitude Infra pilote une portion plus restreinte du territoire départemental, dans le cadre d’un « Amel » (appel à manifestation d’engagements locaux) de 65 millions d’€ remontant à 2019. Les travaux ont suivi leur cours, « malgré l’arrivée rapide du Covid-19 en cours de marché. Mais nous n’avons pas sollicité un allongement des délais au motif de la crise sanitaire », souligne Michel Cazzoli, également à la tête de la filiale pour ce département, Coraï. Les 22 NRO et 137 SRO sont déployés, de même, à début 2023, que 95 % des 57.000 prises.
Amener la fibre dans les zones rurales

Dernier département d’intervention d’Altitude Infra dans la région, le Doubs lui confie depuis septembre 2021, et pour 15 ans, l’exploitation et la commercialisation puis la maintenance du réseau. Celui-ci est posé en direct par les collectivités pour 200 millions d’€, via le syndicat mixte Doubs THD, réunissant le conseil départemental et les intercommunalités concernées.
Le groupe accompagne le délégant depuis 2014 pour le déploiement du réseau, dont l'arrivée à terme est prévue cet été. Il lui versera 140 millions d'€ de redevances et investira lui-même 58 millions d'€ sur la durée de la DSP. À lui, en tant que commercialisateur, de susciter des abonnés. « Un autre enjeu consiste à assurer la transition du réseau, qui abandonnera le cuivre pour la fibre, avec en échéance l’arrêt de l’ADSL à partir de 2026 », complète Thomas Margogne, le dirigeant de Dioptic, la société du groupe dédiée au Doubs.
Tous les déploiements du réseau de type FFTH (fiber to the home, raccordement aux foyers) faisant intervenir Altitude Infra se déroulent, schématiquement, dans les territoires situés en dehors des agglomérations des quatre départements concernés. Celles-ci (Auxerre, Sens, Dijon, Beaune, Besançon, Montbéliard, Dole et Lons-le-Saunier) relèvent des zones « AMII » (appel à manifestation d’intention d’investissement) où œuvrent directement les grands opérateurs. De surcroît en Côte-d’Or, une bonne partie du territoire plus rural est couverte par la mission Aménagement Numérique du conseil département. Cette entité s’occupe du déploiement dans la zone RIP (réseau d’initiative public) qu’Altitude Infra investit dans le Jura et dans l’Yonne.
Pour ses missions en Bourgogne-Franche-Comté, Altitude Infra emploie 88 salariés en direct. Le groupe évalue à 1.950 l’effectif indirect, induit par les travaux.
Le groupe Altitude joue également un rôle clé dans la constitution des réseaux de fibre optique à très haut débit FFTH du Grand Est (**), qui ont été pionniers avec un début de déploiement en 2017. À l’heure où la pose se termine pour laisser la place aux phases de commercialisation, sa position se renforce : il a annoncé être devenu, dans les derniers jours de 2022, l’actionnaire majoritaire des deux sociétés porteuses du réseau, Rosace en Alsace ( à hauteur de 72 %) et Losange (57 %) dans le reste du Grand Est (***). Sa montée au capital résulte du rachat des parts du fonds d’investissement Quareo, de la même manière qu’Altitude avait acquis celles du fonds Marguerite en 2021. Restent présents par ailleurs, dans Rosace et Losange, la Banque des territoires ainsi que le groupe de travaux publics NGE qui a conduit les travaux.
(*) effectif de 800 salariés, chiffre d’affaires non communiqué
(**) hormis la Moselle qui a monté sa propre organisation autour d’un syndicat mixte départemental
(***) qui ont partagé l’investissement cumulé de près de 2 milliards d'€ avec le conseil régional.










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