Le tiers-lieu qui s’aménage dans d’anciens locaux de l’usine Stellantis va entamer dans un peu plus d’un mois son activité effective, avec la mise en route de son fablab. Rapidement après, il offrira un espace de formation dernier cri à la conduite de lignes de production numérisées. Une première jeune pousse, Phigi, a rejoint les surfaces d’incubation.
Le Mattern Lab se tient désormais prêt à accueillir ceux qui feront vivre le nouveau point de rencontre de l’industrie 4.0 du Nord Franche-Comté. Comme l’a mis en exergue la journée portes ouvertes du 16 février, la moitié des 5.000 m2 aménagés dans une partie devenue vacante du « vaisseau » Stellantis de Sochaux (Doubs) s’est remplie des équipements et salles que pourront utiliser les étudiants, les entreprises et les chercheurs œuvrant à l’entrée de l’industrie dans sa nouvelle ère numérique.
« Les derniers réglages s’opèrent, le fablab, composante essentielle, sera opérationnel début avril », annonce Christian Arguelles, le directeur de ce lieu empruntant son nom à Ernest Mattern « père » de l'usine Peugeot il y a un siècle, et qu’il a contribué à façonner avec quelques autres associés et collectivités embarquées dans l’ « aventure », à commencer par Jean-Charles Lefèbvre, président de l'asociation porteuse Mattern Lab. Dans l’ancien hall industriel sauvé de la démolition, trois espaces hébergent autant d'activités ayant trait à la pédagogie, aux tests et à l'innovation.
Dans l'une des ailes, le pôle formation de l’UIMM Franche-Comté teste la ligne process qui a vocation à familiariser un public large d’apprenants avec la conduite de tels systèmes. « L’équipement servira aux formations depuis le CAP jusqu’à l’ingénieur, dans ce dernier cas en collaboration avec l’UTBM (Université de technologie de Belfort-Montbéliard). Nous visons l’accueil de quelque 80 élèves à partir de septembre prochain », résume Patrick Hardy, responsable du pôle formation de l’UIMM pour le Nord Franche-Comté. Les outils de CAO-DAO y cohabitent avec les cobots, les postes de commande et les petits robots transporteurs AGV acheminant les pièces.
De quoi forger l’expertise de futurs pilotes de lignes de production, maintenanciers, électrotechniciens et ingénieurs. Installée par l’entreprise Firac d’Etupes (Doubs), cette ligne process possède, en outre, son jumeau numérique.
Aide au prototypage

Dans l’aile qui lui fait face, le « fablab » s’est rempli de ses différentes machines et termine sa mise en place. Imprimante 3D, machine de découpe laser, fraiseuse à commande numérique trois axes, plieuse et poste de soudage (pour le procédé mig-mag dédié aux grandes dimensions et le « tig » pour les objets plus fins) ont été aménagés dans cette surface où s’installe aussi un poste de prototypage électronique. « Celui-ci fonctionne avec les cartes Arduino qui s’imposent désormais sur le marché », ajoute Pierre Laipe, le « fabmanager ».
Les étudiants pourront passer ici, et moyennant diverses tarifications, leur « permis d’utiliser » tous ces équipements, selon l’expression de Pierre Laipe, de même que les entreprises : l’espace est conçu pour les aider au prototypage et à introduire le 4.0 dans leur process.
« Au début, dans un premier temps d'accompagnement, je ferai 80 % des manipulations, et puis au fur et à mesure, l’utilisateur gagnera en autonomie », anticipe Pierre Laipe. Cet espace sera également ouvert au grand public, un jour par semaine (restant à fixer) l’après-midi et le soir jusqu’à 21h.
Entre les deux ailes, le hall déploie son axe central parsemé de salles, de réunions et d’hébergement de structures. Ces petits locaux de 17 à 24 m2 seront propices au coworking, tandis que les jeunes pousses que le Mattern Lab saura séduire trouveront sur place de quoi pousser la porte des structures à même de les accompagner. L’incubateur public régional Deca-BFC s’y implante, de même que le Village by CA ou encore l’institut Femto-ST. L’Apec, l’association pour l’emploi des cadres, est également pressentie, de même que le service transition écologique de Pays de Montbéliard Agglomération .
Un intéressant concentré commence ainsi à se former. Christian Arguelles a fait le calcul : « En cumul, une quinzaine de briques technologiques se mettent à se rassembler ici. »

Le Mattern Lab se veut être incubateur de start-ups. Depuis l’été dernier, il en accueille déjà une première, Phigi, ayant essaimé de Femto-ST. Le projet porté par l'ingénieur Rémy Tribhout et les professeurs français Julien Bourgeois et américain David Blaauw, aboutit à contenir dans des microbilles d’argile un ordinateur complet très miniature : il tient dans 2 millimètres carrés ! Alimenté par une micro-cellule photovoltaïque, il utilise les propriétés de la matière argile pour façonner des objets en parallèle de sa conception 3D. « Cette configuration peut être idéale par exemple pendant une visioconférence, pour que l’interlocuteur à l’autre bout du monde puisse se rendre compte en réel de ce que donne un prototype en train d’être élaboré sur un logiciel de CFAO. En somme, pendant que l’un conçoit, l’autre manipule », décrit Rémy Tribhout. Autant dire que Phigi compte être un utilisateur intensif du fablab du Mattern Lab. Les applications de sa technologie apparaissent variées. « Nous évoluons dans le « vrai » phygital, c’est-à-dire l’intrication d’un même objet entre ses représentations physique et virtuelle », synthétise Rémy Tribhout.
Si le projet, accompagné par l’incubateur régional Deca-BFC est défini et a démarré, il ne s’est pas encore concrétisé en constitution de société. Pour cela, Phigi attend le résultat du concours national d’innovation I-Lab auquel il a postulé. En cas de succès la société pourrait se créer dans un an. Le montant des fonds nécessaire à la pérennité sur trois ans ensuite est fixée : 3,5 millions d’€.
Si le Mattern Lab a été pensé il y a cinq ans, il a pu prendre son envol à l'automne 2019, grâce à l’appel à projets national Territoire d’innovation dont les communautés d’agglomération du Grand Belfort et du Pays de Montbéliard ont été lauréates. Il a pu ainsi « embarquer » dans ce projet territorial collectif doté par l’Etat de 4,8 millions d’€ pour financer 59 millions d’€ de projets autour de trois axes : filière industrielle d’hydrogène, « territoire de référence pour l’industrie du futur », et développement des compétences. Le Mattern Lab fait partie du second chapitre au même titre que le Crunch Lab de l’UTBM en cours d’extension.
L’Isthy, le centre mondial de développement des réservoirs de Faurecia, les locomotives fret d’Alstom, le projet innovant de logements de Territoire Habitat ou la station de production-distribution Hynamics composent principalement le volet hydrogène. Territoire d’innovation comprend aussi le campus des métiers et qualifications Mobicampus, le projet « LivingLab » de phytomanagement des sites pollués sur la friche industrielle de Vieux- Charmont (Doubs) et la plateforme numérique d’échanges d’idées mise au point par la jeune société WuDo.


































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