Six spécialistes du bio ont investi 7,3 millions d’euros à Nitry dans l’Yonne pour créer une usine de production de flocons, Avena Bio, qui entrera en fonction en septembre prochain. En pleine crise de cette forme d'agriculture, ces acteurs, parfois pourtant concurrents frontaux, ont su trouver un intérêt commun qui leur fait émerger un tel écosystème « du champ à l’assiette », mariant respect des valeurs et maîtrise des coûts des matières premières.
« Avena Bio est unique dans son fonctionnement et sa structure. C’est une usine, certes mais c’est aussi une filière dans laquelle on retrouve, au sein du conseil d’administration, les principaux acteurs de la filière bio et équitable », expose Simon Reboul, directeur de cette structure et ce projet atypiques. Ensemble, pas moins de six acteurs (coopératives, transformateurs et vendeurs) ont décidé d’investir 7,3 millions d’euros pour donner naissance à une usine de floconnage d’avoine dans les plaines de l’Yonne à Nitry, sur un terrain de 1,3 hectare.
La partie de associés situées en amont de la filière comprend trois coopératives céréalières rassemblant 800 agriculteurs biologiques : Cocebi (qui jouxte Avena Bio), Probiolor à Vézelise en Meurthe-et-Moselle et Biocer à Plessis-Grohan dans l’Eure. En aval, on compte les transformateurs Céréco dans l'ouest du pays (filiale du groupe Olga), Favrichon & Vignon dans la Loire (groupe Organic Stories), ainsi qu’un distributeur, la coopérative Biocoop.
À partir de septembre 2024, sur une durée d’un an, 1.500 tonnes de flocons d’avoine seront fabriqués, le temps pour les initiateurs d'Avena Bio d'observer comment évolue le marché du bio, actuellement orienté à la baisse. L’usine peut atteindre une production maximale de 10.000 tonnes par an. Trois personnes sont embauchées, un chiffre qui pourra passer à cinq ans d’ici deux ans, auquel s'ajoutent trois à cinq emplois indirects en coopératives, notamment à Cocebi.
Pour Simon Reboul, chacun y trouve son compte. « Nous contrôlons tout, du champ à l’assiette, cela fait partie des valeurs que nous portons : être indépendants et aucunement rattachés à des structures conventionnelles. » Les coopératives ont besoin d’écouler des flocons d’avoine qui sont aujourd’hui envoyées à l’étranger pour être transformées avant de revenir en France, voire même détruites dans des méthaniseurs (les agriculteurs bio ne peuvent pas vendre les surplus de produits sur un marché non-bio).
Par ailleurs, les transformateurs s’engagent à acheter en priorité de l’avoine à Avena Bio, via les coopératives de producteurs, selon des quantités prédéfinies à l’avance, ce qui assure une sécurité aux agriculteurs bio. Tandis que les transformateurs, de leur côté, sont assurés d’accéder à des volumes de flocons à proximité dans la durée. Le vendeur actionnaire Biocoop, lui, s’engage à utiliser des flocons d’Avena Bio dans sa marque « 100% Biocoop. »
Tout est finalement maîtrisé de A à Z, garantissant aux uns et aux autres une force commune, malgré une concurrence entre les deux transformateurs que sont Céréco et Favrichon & Vignon. Un prix d’achat juste garanti aux agriculteurs, un produit transformé qui coûte moins cher, mais aussi la réduction des déplacements dans un objectif environnemental : l’écosystème Avena Bio tel que mis en place cumule les vertus.
De la farine aussi

Cette SAS (société par actions simplifiée) veille aux équilibres dans sa gouvernance. Le capital investi entre l’amont et l’aval de la filière est quasiment identique. Chaque société a une voix, sachant que parmi les six associés, deux ont investi davantage et ont de ce fait chacun 2 voix : Cocébi et Favrichon & Vignon. Cocébi est l’actionnaire majoritaire avec 36% du capital. Elle est aussi la pionnière des coopératives céréalières bio en France, créée dans les années 1980.
Le procédé industriel repose sur un processus de cuisson à la vapeur. Les grains d’avoine descendent d’une colonne dans une cuve pour être cuits en masse. L’humidité de la cuisson imprègne la graine de sorte à l'aplatir entre deux rouleaux, la refroidir puis la tamiser pour la transformer en des flocons d’avoine prêts à être emballés et vendus.
Au-delà du flocon, l’usine a trouvé un débouché supplémentaire que Simon Reboul compte bien exploiter. « L’usine possède une particularité technique unique : elle abrite une unité de broyage pour fabriquer de la farine d’avoine et de légumineuse. Le procédé diffère de la meunerie classique qui nécessite un broyeur à marteau avec des séparateurs centrifuges pour tamiser la farine », explique-t-il.
Cette farine d’avoine est destinée aux industriels pour la fabrication de gâteaux ou de boissons végétales. La diversification d’activité offre une sécurité supplémentaire bienvenue pour la filière.
Le projet Avena Bio, dont les premières réflexions remontent à 2012, est devenu mature en 2021, date de création de la société. Mais la crise du bio est venue le réinterroger. Cette filière représentait 6,5% de l’alimentation des consommateurs en 2020, mais sa part est retombée en 5,6% l'an dernier.
En 2021, elle a perdu 172 millions d’euros de chiffre d’affaires. Cette conjoncture a en fait accélérer et consolider l'opération collective dans l'Yonne : il est apparu plus logique aux différents acteurs de la filière de réunir leurs forces plutôt que d’investir séparément, dans une période compliquée pour leur secteur d'activité.











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