Le site archéologique de Bibracte en Saône-et-Loire livre depuis près de 40 ans les secrets d’une ville gauloise densément peuplée, avec son urbanisme qui dément l’image archaïque attachée aux Gaulois. Départ pour une visite guidée de deux heures sur les pentes du Mont Beuvray.
Le Mont Beuvray, l’un des plus hauts sommets du massif du Morvan à 821 mètres d'alittude, entre Saône-et-Loire et Nièvre, doit sa renommée à deux événements. L’un remonte à l'an 52 avant Jésus Christ : Vercingétorix se proclama ici chef de la coalition des peuples gaulois – dans ce qui était alors Bibracte, la capitale des Eduens depuis le IIème siècle avant notre ère –, pour faire front à l’invasion romaine de Jules César avant d’échouer à la repousser, 120 kilomètres plus au nord, à Alésia (Alise-sainte-Reine aujourd’hui) en Côte-d’Or.
Le second événement fut aussi un échec. En 1995, au crépuscule de son second mandat, le président de la République François Mitterrand, Nivernais d’adoption, auquel la recherche archéologique sur Bibracte doit beaucoup, voulut y installer sa dernière demeure. Mais une indiscrétion dans la presse l’en dissuada. L’un et l’autre moments d'histoire firent cependant de cette contrée morvandelle un haut lieu culturel et touristique, avec 80.000 à 100.000 visiteurs par an.
Les 120 km qui séparent Bibracte d'Alésia constituent depuis une vingtaine d’années un itinéraire de randonnée qui s’effectue en 5 jours à pied et 3 jours à cheval. Une entreprise moins ambitieuse consiste, le temps d’un week-end, à arpenter les chemins autour de Bibracte. Les sentiers balisés de Bibracte-Alésia croisent ceux du GR de Pays Le Tour du Morvan et un millier de sentiers communaux qui traversent la douzaine de communes alentour.
La visite du site archéologique à lui seul offre une belle balade avec une déclivité de 200 mètres. Elle est de toute façon incontournable pour connaître cette page de notre histoire. Elle peut s'effectuer seul grâce à une signalétique détaillée et une application numérique. Mais l’accompagnement d’un guide spécialisé permet de mieux comprendre, en deux heures de promenade, l’incroyable organisation de cette cité antique il y a plus de 2000 ans.
Des fouilles en continu depuis 40 ans

Hubert Brochot fait partie de ces guides conventionnés (*) par le site archéologique et son musée, situé au pied du Mont Beuvray. Bon marcheur, il est aussi un remarquable vulgarisateur de l’histoire du lieu : une formation d’une cinquantaine d’heures par an réactualise ses connaissances au gré des découvertes des archéologues qui fouillent ici sans discontinuer depuis 40 ans.
Bibracte est ce que l’on appelait à l’époque celtique, un oppidum : une ville fortifiée sur une position stratégique. Le sommet du Mont Beuvray sur laquelle il a été bâti au IIème siècle avant notre ère offre un magnifique panorama sur les vallées de la Saône, de la Loire et de la Seine. Cernée de 5,5 km de remparts, la cité s’étendait sur 135 ha et, antérieurement, certainement au-delà de 200 ha. Y ont vécu au moins 5.000 habitants, peut-être jusqu’à 10.000, pendant une courte durée, de 200 ans. Après la conquête romaine, Bibracte fut abandonnée au profit d’une agglomération de plaine, Augustodum, aujourd’hui Autun, à 25 km.
Les fouilles qui s’y déroulent les étés depuis 1984 ont révélé un urbanisme qui dément l’image d'archaïsme souvent attachée aux Gaulois. D’ailleurs, contrairement aux idées reçues, ceux-ci connaissaient l’hygiène. « Ils utilisaient la saponaire pour faire du savon », commente notre guide. Les seulement 5% de surface explorée révèlent un urbanisme qui fait loi dans un grand nombre de villes contemporaines.

La cité était en effet organisée en quartiers fonctionnels, étagés sur la pente de la montagne aujourd'hui couverte de hêtres et chênes centenaires : tout en bas, la zone d’activités où officiaient forgerons et bronziers ; puis le centre commercial à l’emplacement des ruines d’un couvent médiéval tout proche du quartier d’habitation où ont été mises au jour des maisons des derniers temps de l'oppidum gaulois ; enfin au sommet, les lieux de culte où se dresse la chapelle Saint-Martin en lieu et place des temples gallo-romains. « C’est la première ville totalement urbaine », s’exclame Hervé Brochot, « il n’y avait aucune ferme sur le site. »
On entrait dans la cité éduenne par la Porte du Rebout: cette ouverture dans les fortifications avait été découverte par les archéologues du 19ème siècle, en premier lieu l’érudit autunois Jacques-Gabriel Bulliot, et restituée en grandeur réelle par leurs lointains successeurs des années 1990. Montrant des signes de faiblesse, l’ouvrage est en cours de restauration, toujours avec la technique du « murus gallucus », qu’avait décrit Jules César dans « La guerre des Gaules », mais avec les avancées de la recherche archéologique.
Le rempart qui était précédé d’un fossé est reconstruit avec des poutres équarries entrecroisées, visibles jusque dans le parement de pierres afin de compenser la pression exercée par la masse de l’ouvrage sur la façade.

La campagne actuelle de restauration porte aussi sur l’aménagement du « Parc aux chevaux », là où ont été mises au jour, il y a quelques années, de spacieuses villas à la romaine, vastes jusqu’à 1.500 m2 pour l’une celles ! Dans ce que l’on pourrait nommer le centre-ville de Bibracte, elles ont succédé aux maisons de terre et de bois de la première moitié du 1er siècle avant Jesus Christ, dont subsistent quelques rares traces.
Les objets mis au jour sont en partie présentés dans le musée Bibracte à Saint-Léger-sous-Beuvray, au pied du site, après avoir été étudiés et répertoriés au Centre de recherche archéologique de Glux-en-Glenne, sur l’autre versant de la montagne. Des dizaines d’archéologues et étudiants y séjournent tour à tour. Pour un certain temps encore : seulement 5% du site a été fouillé.
Régulièrement, des campagnes de détection au laser permettent de repérer la présence de vestiges dans le sous-sol et de décider là où se dérouleront les prochaines investigations.

Au menu du restaurant Le Chaudron implanté dans le musée Bibracte : émincé de chou lacto-fermenté et jeunes pousses d’épinards aux noisettes concassées et sa vinaigrette à l’huile de noisette, poule au chaudron, orge et pois cassés au fenouil et à l’ail des ours, navets cuits au jus, fromage sec ou frais, au miel avec du pain à l’épeautre, et en dessert, quenelle croustillante, miel et coulis de pommes et de myrtilles.
Le tout arrosé de cervoise produite à base d’orge et non de malt, inconnu à l’époque. Les plats sont servis dans de la vaisselle copiée sur la vaisselle celtique découverte sur le site archéologique, avec cuillère en bois et couteau en acier mais sans fourchette !
Le restaurant rouvre après la saison d’été pour les vacances scolaires de la Toussaint, uniquement le midi, et jusqu’au 13 novembre. Réservation obligatoire au 03 85 86 52 40.

(*) L’association Guides en Morvan organise des visites guidées pour le compte de l’Etablissement Public de Coopération Culturelle qui gère le site archéologique ainsi que le musée de Bibracte.
Visites guidées du site archéologique de Bibracte, tous les jours du 22 octobre au 6 novembre à 10h30 et 14h30 et du 11 au 13 novembre tous les jours à 14h30. Réservation obligatoire au 03 85 86 52 40. Le billet « visite guidée » permet d’accéder gratuitement au musée. Animations pour les enfants pendant les vacances scolaires.
Dates aux autres périodes de l’année, sur le site internet www.bibracte.fr


























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