La pénurie de pharmaciens de l’industrie motive la création, sur le campus de Dijon, du centre de formation et d’innovation en technologie des poudres pharmaceutiques qui sont la base de fabrication de 80% des médicaments. Impulsé par l'UFR des Sciences de la santé de l'Université de Bourgogne, le projet doté d'un plateau technique dernier cri, renoue le lien distendu entre la recherche académique et l’industrie de la santé qui représente 4.000 emplois privés dans le bassin dijonnais.


Le projet Powder ON à Dijon est né avant la crise de la Covid-19, l’automne dernier, et aujourd'hui, il montre plus que jamais sa pertinence. La pandémie a révélé au grand jour la dépendance de la France et de l’Europe dans son approvisionnement en médicaments courants vis-à-vis de la Chine et de l’Inde.
Si bien que les pouvoirs publics et l’industrie elle-même parlent désormais de rapatrier une partie de la  production pharmaceutique. « Un énorme pas », commente Cyrille Andres, maître conférencier en pharmacie galénique à l’Université de Bourgogne et responsable du centre Powder ON qui doit être inauguré demain 10 décembre.

Celui-ci s’intéresse, comme son nom l’indique, aux technologies des poudres pharmaceutiques, la forme la plus courante pour fabriquer des médicaments. La poudre entre dans la fabrication de 80% d'entre eux que ce soit des comprimés, des gélules ou des suspensions.


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Mais un long chemin reste à parcourir vers la relocalisation de l'industrie pharmaceutique. En externalisant la production de médicaments à l'autre bout du monde, l’industrie pharmaceutique a perdu des savoir-faire industriels et le lien avec les capacités de recherche académiques situées dans les universités.
C’est ce fil que le centre Powder ON, co-fondé par UMDCP Santé, la structure de formation continue de l’Université de Bourgogne, le groupe IMT, spécialiste de la formation des professionnels de santé et BFCare, groupement des industries de santé de Bourgogne-Franche-Comté, se propose de renouer avec deux fonctions : des services à l’industrie et de la formation.


Redonner envie aux étudiants en pharmacie d'occuper des postes dans l'industrie

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Cyrille Andres, responsable de Powder ON : « La simulation sur cette machine de compression des poudres permet de comprendre les incidents qui interviennent sur une ligne de production et de les corriger. »


Au sein de l’UFR des sciences de santé, un modeste local abrite un plateau technique richement équipé qui travaillera à la prestation pour les industriels de la pharmacie. La fierté de Cyrille Andres est un simulateur de compression capable de simuler toutes les presses à comprimés de l’industrie, qui vaut à lui seul près de 300.000 €.
« La machine peut faire des comprimés simples, des comprimés bi-couches, d’autres plus sophistiqués qui libèrent une molécule, l’une après l’autre », raconte le chercheur. « La compression des poudres est délicate et les lignes de production connaissent souvent des dysfonctionnements comme l'amalgame de poudres, la simulation sur cette machine permet de comprendre des incidents et de les corriger. »

Un  lyophilisateur résoud, de son côté, les problèmes d’industrialisation des comprimés lyophilisés (qui fondent sous la langue). L’unité de recherche et d’industrialisation comprend également un granulomètre laser qui caractérise les poudres avant d’entrer sur les lignes de production, et un microscope à balayage.


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L’inauguration de Powder ON jeudi 10 décembre se déroulera sous forme digitale avec une visite virtuelle des équipements et, à partir de 14h30, des tables rondes sur « les enjeux d’une souveraineté pharmaceutique nationale et européenne » et « les enjeux des poudres pharmaceutiques pour la compétitivité industrielle et l’accès à l’innovation thérapeutique ». Avec entre autres, Professeur Alain Astier, membre de l’Académie Nationale de Pharmacie, Pascal Le Guyader, directeur général adjoint du LEEM, syndicat professionnel de l’industrie pharmaceutique et Jessica Leygues, directrice générale du Pôle Medicen (pôle de compétitivité mondial des technologies innovantes pour la santé ). Inscriptions sur powderon.fr


Le centre travaillera à la prestation pour les industriels de la région qui non seulement ne possèdent pas tous l’ensemble de ces équipements, mais n’ont plus les compétences suffisantes. « Les entreprises manquent de ressources internes pour la recherche de solutions aux problématiques qu’elles rencontrent lors du développement et de la production, car la technologie des poudres est un process délicat », confirme Cyrille Andres.

 

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L’universitaire est aux premières loges pour constater la pénurie de pharmaciens de l’industrie. Sur les 80 diplômés en pharmacie, chaque année, formés à l’université de Dijon, la majorité se destinent aux officines, et seulement un tiers s’orientent vers l’industrie pharmaceutique. « Un outil comme celui-là doit redonner de l’appétence aux étudiants pour occuper des postes dans l’industrie, dont on aura besoin en cas de relocalisation de la production. » Powder ON servira aussi à la formation continue des salariés de l’industrie avec une plateforme numérique de simulation en réalité virtuelle et augmentée, comme s’ils se trouvaient dans leur usine.

La singularité du centre relève aussi d’une expertise académique et de ses travaux de recherche. « A terme, nous visons un travail sur les biomédicaments dont l’industrialisation est encore plus délicate compte tenu que la matière première est vivante. »

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Zoom sur le simulateur de compression des poudres. © Traces Ecrites
 Destiné à occuper le futur Technopôle Santé 

Hébergé à l’étroit dans les locaux de la faculté des sciences de santé, le centre d’expertise et de formation aux technologies des poudres pharmaceutiques, Powder ON, est voué à déménager à l’horizon 2022, au Technopôle Santé sur le campus universitaire. A l’occasion de l’extension des capacités immobilières de l’UFR des sciences de santé sur environ 5.000 à 6.000 m2, un tiers lieu regroupera la plateforme technologique accompagnée d'un incubateur de jeunes entreprises.
Le projet est soutenu par Dijon Métropole qui a inscrit la filière santé, comme l’un des axes majeurs d’attractivité économique dans son projet métropolitain.
Avec une centaine d’entreprises de la santé qui emploient 4.000 personnes, et réalisent un chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’€, l’industrie de la santé représente 20 % des emplois industriels du bassin d’emploi de l'agglomération de Dijon. Parmi celles-ci, plusieurs façonniers comme Delpharm, SPPH, des laboratoires comme Crossject ou encore des fabricants de principes actifs comme Corden PharmaInventiva etc.

En savoir plus sur la filière santé-pharmacie en Côte-d'Or, en cliquant sur le logo

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