Une jeune pousse dijonnaise, au sein de l’incubateur DECA-BFC, veut simplifier et affiner le suivi des cancers par de simples examens sanguins. Jessica Gobbo qui dirige l’équipe de recherche, exploite les caractéristiques étonnantes des exosomes, des vésicules plus petites que des bactéries, que sécrètent toutes les cellules du corps humain.

Qu’il est long le chemin vers la production de nouveaux dispositifs médicaux, mais qu’il est riche de promesses ! NanoDiag, une frêle pousse dijonnaise, couvée sereinement au sein de l’incubateur DECA-BFC, l’illustre à merveille. La jeune chercheuse Jessica Gobbo, 36 ans, réunit autour d’elle une équipe de cinq personnes, qui travaillent au sein du Centre Georges François Leclerc et de l’unité 1231 de l’INSERM.

À mi-chemin entre la recherche fondamentale et la clinique, NanoDiag cherche à simplifier le suivi des cancers et la réponse des patients au traitement à travers la biopsie liquide. Pour cela, elle exploite les caractéristiques étonnantes des exosomes, des petites vésicules que sécrètent toutes les cellules du corps humain.



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« Les exosomes sont des vésicules de taille nanométrique (30 à 90 nanomètres, ndlr), plus petites que des bactéries, de la taille des virus, qui sont sécrétées par les cellules du corps humain. Du fait de leur petite taille, elles passent dans tous les liquides biologiques, le sang et les urines par exemple, où l’on peut les pister », décrit la chercheuse.  
Les exosomes font office de messagers entre les cellules, et s’ils proviennent d’une cellule tumorale, il est possible de le déterminer à l’aide de biomarqueurs. Et c’est précisément ce sur quoi travaille NanoDiag : sur la détermination des biomarqueurs pertinents, et des moyens d’identification de ceux-ci, dans le sang.


L’imagerie médicale, seul diagnostic du cancer dans l’esprit du corps médical

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NanoDiag cherche des biomarqueurs qui détecteraient des exosomes, vésicules provenant de cellules tumorales. Photo non contractuelle. © Pixabay

L’équipe a réorienté son action. Initialement, elle cherchait à mettre en évidence les cancers grâce à un test simple, de type test de grossesse, réalisé à partir d’urine (Lire ici l'article de Traces Ecrites News). Elle entend désormais jouer un rôle dans le suivi du traitement, après diagnostic. 
La cause du changement tient à l’usage exclusif qui est fait de l’imagerie médicale pour diagnostiquer les cancers. Comme l’aveu en matière pénale, seule l’imagerie fait foi aux yeux des médecins, qui exigent de voir les tumeurs dans le blanc de l’œil.
« On ne pourra jamais dépasser l’imagerie médicale pour ce qui est du diagnostic du cancer dans l’esprit du corps médical, pour qui c’est la preuve absolue. Nous avons donc décidé de réorienter Nanodiag sur le suivi des cancers ; en mesurant nos biomarqueurs lors de la prise de sang d’avant chimio, nous pouvons suivre l’évolution de la maladie et la réponse du patient au traitement », explique Jessica Gobbo. Avantage indiscutable, le suivi devient personnalisé, et permet de mettre en évidence très rapidement les évolutions, positives, comme négatives.


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Pour vérifier ses hypothèses, NanoDiag conduit deux essais cliniques - Exodiag et Exosacr - qui sont financés par une cohorte de partenaires, dont la Région Bourgogne Franche-Comté, La Ligue contre le Cancer ou Info Sarcomes. Chaque essai mobilise, hors frais de personnels, entre 200.000 et 300.000 €. 
Le projet, en tout cas, ne passe pas inaperçu : à Bordeaux en 2018, examiné par un conseil d’une vingtaine d’experts et de pontes de l’industrie médicale mondiale, il a été remarqué puis labellisé MATWIN (Maturation & Accelerating Translation With INdustry).
Mais même avec la bénédiction des augures, NanoDiag a encore du chemin à parcourir avant d’être un acteur économique du monde de la santé. Jessica Gobbo ne compte pas lancer son entreprise avant plusieurs années, tandis que la mise à disposition publique des tests NanoDiag ne se fera pas avant une ou plusieurs décennies.

 

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Jessica Gobbo, chercheuse entrepreneuse

C’est lors de sa thèse, en 2013, que Jessica Gobbo, haut-marnaise de 36 ans, découvre les exosomes et imagine les potentialités de ces « nano-carrier » biologiques. Avec déjà l’idée d’en faire un fonds de commerce. « J’ai passé un MBA avec l’Institut Universitaire de Management de Dijon (IAE) pendant ma thèse », décrit la scientifique.
Depuis 2014, elle occupe un poste très rare, chercheuse-clinicienne qui permet à la fois de travailler sur des recherches pointues, et de bénéficier des possibilités offertes par la clinique pour évaluer les découvertes. « C’est extrêmement formateur. Je crois que chaque chercheur devrait faire des stages en établissement de santé, pour développer son approche patient, que l’on n’acquiert pas devant sa paillasse (table de manipulation en laboratoire, ndlr », note-t-elle.

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