La mise sur le marché massive de voitures hybrides et électriques attendue au printemps 2019 conduit le découpeur bisontin à investir 20 millions d’€ qui généreront une cinquante d’emplois dans les trois ans. R.Bourgeois a déjà 25 millions de commandes de composants pour les moteurs électriques.

« L’électrification dans l’automobile est arrivée comme un tsunami », dit d’une manière imagée Raymond Nicolas Bourgeois, directeur général de R.Bourgeois, outilleur et découpeur installé à Besançon depuis 90 ans et qui s’est fait une spécialité des rotors et stators (voir encadré) des moteurs électriques. Un tsunami que l’industriel adossé depuis 1989 au groupe ArcelorMittal a cependant vu arriver.
L’an dernier, il a engagé un plan d’investissement de 20 millions d’€ programmé jusqu’en 2020. Il porte à la fois sur de nouveaux moyens de production chiffrés à 8 millions d’€ et un agrandissement de l’usine à 61.658 m2 pour 12 millions. L’augmentation de capacité s’accompagne d’un plan de recrutement qui montera en charge progressivement jusqu’à 50 personnes, pour les trois quarts des opérateurs, ainsi que des électromécaniciens et des techniciens qualité.

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Les deux presses de 300 et 400 tonnes pour le découpage plus rapide et plus précis des circuits magnétiques installées en 2018 seront rejointes cette année par une autre de 400 tonnes, puis une de 300 tonnes en 2020. Elles prendront place dans l’extension de 11.695 m2 en construction à partir de fin février, à l’emplacement de l’ancienne gendarmerie du quartier de Trépillot dont la déconstruction a démarré cette semaine.
La surface supplémentaire apportera une meilleure fluidité aux flux de production et la capacité de produire jusqu'à 2 millions de moteurs par an. La livraison est prévue en novembre, et la mise en service dès la fin de l’année. Tout juste pour engager l’entreprise dans les grandes séries qui alimenteront les chaînes des constructeurs automobile.
Au printemps 2020, tous promettent la mise sur le marché de modèles hybrides et/ou électriques. R.Bourgeois dit avoir déjà engrangé 25 millions d’€ de commandes pour les cinq années à venir. Daimler Bentz, Renault et Volvo comptent parmi ses donneurs d’ordre. « La plateforme commune pour les véhicules électriques construite par l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi avec un seul moteur nous offre de belles perspectives », commente le dirigeant. Cette « révolution » dans l’automobile, comme il la qualifie, en est aussi une pour l’industriel.

De l'acier électromagnétique

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R.Bourgeois fabrique les circuits magéntiques des motorisations électriques. © Traces Écrites.

Pour fabriquer un rotor, partie fixe d’un moteur électrique et un stator, sa partie mobile, on utilise de l’acier magnétique, un acier mélangé à du silicium, ce dernier permettant au premier d’être conducteur des champs magnétiques. La précision des pièces pour les moteurs des voitures est « sans commune mesure » avec les moteurs pour l’électroménager que fabriquait historiquement l’entreprise. L’épaisseur des aciers se mesure au micron près et la tolérance a été « divisée par trois ».  « Ils doivent être fabriquées dans des tôles très fines, c’est pour cette raison que nous avons du revoir tous nos outillages et nos machines de découpage », précise Raymond Nicolas Bourgeois.  

 
Fournisseur direct des constructeurs automobile

Équipementier de premier rang depuis une trentaine d’années pour la production de stators d’alternateurs, R.Bourgeois devient fournisseur direct des constructeurs qui se préservent la motorisation, coeur de leur métier. Un changement de statut qui n’est pas anodin pour l’industriel. « Nous sommes dans une exigence de zéro défaut, car si un véhicule a un court-circuit sur un moteur électrique, le constructeur automobile reviendra directement vers le fournisseur en responsabilité », explique Raymond Nicolas Bourgeois. R.Bourgeois travaille sur le sujet depuis plus de trois ans déjà. La phase préindustrielle est passée par de nombreuses période d’essais et de fiabilisation avec les constructeurs.
Malgré les belles perspectives de plans de charge de l'industrie automobile, R.Bourgeois ne met pourtant pas tous ses oeufs dans le même panier. En 2018, l’industriel a investi dans une presse de  630 tonnes pour le marché éolien (la fourniture des moteurs électriques des aérogénérateurs des éoliennes) qu’il souhaite faire progresser de 5% à 15% à la fin de 2021. Les autres marchés sont les équipements (générateurs, ventilateurs, pompes).

 

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L’industrie automobile qui fournit 45% de l’activité aujourd’hui dont 25% pour l'électromobilité portée à 35% en 2021 ne dépassera guère plus de la moitié du chiffre d'affaires, prévoit le business plan de l’entreprise. Une précaution pour ne pas trop s’exposer aux cycles de l’industrie automobile, même si tous les indicateurs sont au vert. 25% de la production automobile européenne devrait être électrique en 2025. Et à plus court terme, le niveau établi par l’Union Européenne de 95 grammes d’émissions de CO2 au kilomètre des véhicules neufs au 1er janvier 2021, promet de beaux jours au moteur hybride.

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Esquisse (© Next Id Architectes, Colmar) de l'extension de 11.695 m2 de l'usine qui sera construite à partir du mois prochain à l'emplacement de l'ancienne gendarmerie, en cours de démolition (photo ci-dessus). © Traces Écrites.
R.Bourgeois, un millier de salariés sur trois continents 

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Raymond Nicolas Bourgeois (photo), petit fils du fondateur dirige l'entreprise avec son frère Olivier. © Traces Écrites.
Devenu l’un des principaux fournisseurs mondiaux de la motorisation électrique, R.Bourgeois était il y a 90 ans, un modeste atelier de découpage de pièces de précisions. Le groupe (chiffre d’affaires de 192 millions d’€, 1080 salariés) est aujourd’hui réparti sur trois continents : européen avec le site historique de Besançon qui emploie 450 salariés, une usine en République Tchèque (35 personnes) et à Courtenay en Suisse (50 personnes) ; américain avec une usine à Mexico, et asiatique avec une usine en Chine où sont employés 220 personnes.
Toujours détenu majoritairement (70%) par la famille Bourgeois, le groupe s’est adossé en 1989 au groupe sidérurgique ArcelorMittal qui possède 30% du capital. Un avantage précieux selon Raymond Nicolas Bourgeois, au moment où l’augmentation de la demande mondiale de silicium pour le marché des semi-conducteurs (informatique, téléphonie, industrie solaire et éolienne) et maintenant automobile, créée une tension sur les prix mondiaux et les besoins en acier magnétique. La sécurisation de l’approvisionnement a aussi conduit R.Bourgeois à s’associer au Mexique, en 2014, avec le sidérurgiste japonais JFE Steel Corporation.

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