HORLOGERIE. Pour le 400ème anniversaire du Québec en 2012, l’école d'horlogerie suisse de Porrentruy fabrique une horloge monumentale que les autorités de la République et Canton du Jura offriront l’été prochain à leurs homologues canadiens, ravis d'un cadeau qui illustre le "Swiss Made".

Découverte de cet établissement spécialisé dans un contexte tendu de part et d'autre de la frontière.

Alors que Swatch annonce à terme un millier d'emplois à Boncourt, commune frontalière de Delle, dans le Territoire de Belfort, la Franche-Comté est sur le pied de guerre pour fournir une main d'œuvre de transfrontaliers, sans dépouiller les entreprises horlogères du cru.

D'emblée, Jean Theurillat, directeur de l'école d'horlogerie suisse de Porrentruy, à une demi-heure de la gare TGV de Belfort-Montbéliard, prévient : pas question de photographier l'horloge monumentale qu'enseignants et élèves sont en train de réaliser pour en faire don au Québec.

Mais il n'est pas avare en explications, y compris en détails techniques qui échappent au néophyte.

Ses proportions sont impressionnantes : 3,5 m de hauteur, 2,50 m de large et un mouvement de 200 kilos. Elle met en œuvre 2000 composants, dont 450 différents.

«Nous avons rencontré quelques complications car nous n’avions jamais fait de pendule de cette dimension», explique Jean Theurillat. «Or cette pièce monumentale demande à l’horloger autant de précision qu’une montre».

A ce jour, la tâche a mobilisé 10 000 heures de travail, de conception et de montage avec le renfort  d'intervenants du fabricant suisse de montres de luxe Richard Mille, de la division technique du centre jurassien d’enseignement et de formation (CEJEF) de Porrentruy et de la section ingénierie de la Haute Ecole Arc.

Installée dans le hall d’entrée de la bibliothèque Gabrielle Roy, au centre-ville de la ville de Québec, l’horloge sera dépourvue d'aiguilles. Elle affichera un calendrier mentionnant les jours et l’année, l’heure et les minutes.

«Cette représentation graphique en fait toute sa particularité», ajoute le directeur de l'école.

Les élèves de la filière horlogerie participent à cette aventure. Ce n’est pas la première fois qu’ils oeuvrent sur une pièce prestigieuse. C’est en effet, ici, dans cette zone frontalière, que fut rénovée l'horloge du musée de Saint-Pétersbourg.

Sur les 200 élèves de l’école, 90 se destinent aux métiers de l’horlogerie. Des différents cursus, de 2 à 4 ans, le plus abouti forme des horlogers en rhabillage : un professionnel capable de réparer tous les appareils horaires connus.

«A leur sortie, trois ou quatre places leur sont proposées», assure le directeur. Mais il n’est pas question d’en former davantage, explique t-il, «en ces temps incertains», même pour l’horlogerie suisse…

L'aspiration des transfrontaliers

De l'autre côté de la frontière, cette politique navre les horlogers francs-comtois. Selon eux, ils forment trop peu de professionnels pour le Swiss Made, puisant leurs ressources parmi les jeunes formés à l'école d'horlogerie de Morteau et parmi les transfrontaliers.

La nouvelle - datant déjà de plusieurs mois -, de l'implantation de Swatch Group à Boncourt, à quelques kilomètres du Territoire de Belfort, renforce un sentiment contradictoire, entre satisfaction et inquiétude.

Au point de mobiliser une cellule de crise autour du préfet de région et de la présidente du conseil régional de Franche-Comté.

Dans un communiqué, les autorités locales annoncent «un plan d’action visant à diagnostiquer la situation créée par l’implantation d’ETA-Swatch et sa montée en puissance, proposer une offre de formation adéquate, que ce soit à destination de demandeurs d’emplois, de salariés d’entreprises en mutation économique, ou dans le cadre de formations en alternance».

Elles suivent aussi la piste d’un groupement d’employeurs.

Car si la nouvelle est inattendue pour le Sud territoire dont le taux de chômage flirte avec les 25%, elle fait craindre une «aspiration de techniciens et ingénieurs dans des métiers déjà en tension», selon l'union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) du Nord-Franche-Comté.

Installée sur un terrain de 7 ha, près de la douane de Delle-Boncourt, le long de l'autoroute A16 (en construction), l'usine de composants horlogers et de montage de mouvements et de montres, devrait être opérationnelle à la fin de 2012.

A priori - car Swatch Group dont le siège social se situe à Bienne, également dans le canton du Jura Suisse se fait très discrète -, la nouvelle usine démarrera avec une centaine de personnes : opérateurs qualifiés, techniciens et ingénieurs. A terme, elle prévoit 800 jusqu'à un millier d'emplois.

Et ce n'est pas fini.

Le fabricant horloger neuchâtelois Tag Heuer (groupe français LVMH), va investir plus de 25 millions de francs suisses dans un nouveau site de production à Chevenez, à quelques kilomètres de Porrentruy, avec 150 emplois à la clé.

Selon Romandie News, Cartier lorgne des terrains dans le Val-de-Travers neuchâtelois.

L'avenir de l'horlogerie suisse ne semble pas si incertain...

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