HORLOGERIE. Didier Liebundgut relance la prestigieuse maison Pequignet, implantée à Morteau (Doubs) et acquise en 2004.

Il le fait après avoir recréé une véritable manufacture horlogère qui maîtrise le cœur d’une montre, c’est-à-dire son mouvement ou calibre.

Pas moins de cinq ans auront été nécessaires à cette renaissance et plusieurs millions d’€ dépensés en R&D, méthodes et process.

Aujourd’hui prête, l’entreprise attaque le marché mondial de la montre haut de gamme.

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Interviewer Didier Liebundgut près de deux heures durant relève de la pure prouesse tellement le président de l’entreprise Pequignet, implantée à Morteau (Doubs) et qu’il a racheté en 2004, ne touche pas terre.

Cet homme de 58 ans, fils et petit-fils d’horloger, volubile et passionné à souhait, ne ménage pas sa peine pour recréer ce que l’on croyait aujourd’hui impossible en terre comtoise : une véritable manufacture horlogère qui produit son propre mouvement ou calibre.

«Sans cet élément mécanique essentiel, on n'est qu’un assemblier et dépendant de fournisseurs principalement suisses, ce que je ne voulais en aucun cas», explique t-il.

Pendant près de cinq ans, l’horloger s’enferme avec deux ingénieurs et travaille d’arrache pied. Le résultat est à la hauteur de ses espérances. Son mouvement, issu de 279 plans industriels, bénéficie de neuf brevets mondiaux. Il comprend 318 pièces, dont 316 composants maison.

Mieux, les complications intégrées, c’est-à-dire les fonctions supplémentaires proposées, sont multiples : grande date et jour, système automatique de remontage, un seul grand barillet offrant une réserve de marche calculée de 100 heures…

«Ce qu’a fait Didier Liebundgut est très fort et je lui tire mon chapeau», relève Laurent Dodane, ancien horloger bisontin en retraite et figure du métier toujours reconnu par ses pairs.

200 millions d’€ de chiffre d’affaires à cinq ans

L’entreprise (48 salariés et 55 dans un proche avenir) ne publie aucun compte : ni chiffres d’affaires réalisés ni investissements pour réaménager et équiper son magnifique site de 1 200 m2

On ne sera que ce qui est public, à savoir, 1,32 million d’€ d’avances remboursables allouées par le conseil régional de Franche-Comté et Oséo au titre des aides à l’innovation pour deux programmes de recherche d’un montant global de 3,1 millions.

Pequignet a livré ses 17 premières montres, issues de trois collections, le 28 mai dernier à Paris auprès d’un bijoutier horloger joaillier de renom. L’horloger compte produire plus 4 000 unités l’an prochain.

«Je vise à cinq ans 1% du marché mondial de la montre de luxe, soit 200 millions d’€, en m’appuyant sur un effectif de 400 personnes», indique Didier Liebundgut.

Les ventes se feront dans le réseau traditionnel en France et auprès de revendeurs dans les pays en forte croissance, dont les classes aisées sont très consommateurs de beaux objets : Chine, Singapour, Hong-Kong, Russie…

Pour les marchés plus matures, une filiale de commercialisation travaille déjà depuis trois ans au Japon et, Pequignet contrôlera lui-même sa distribution dans la vieille Europe.

«On m’a pris au départ pour un fou, un mégalo, un parano, voire un escroc. Maintenant, on commence à croire dans ce que je fais et qui s’explique tout simplement par ce surplus patriotique qui est dans mes gênes», confesse Didier Liebundgut.

Crédit photo: Lionel Vadam et Traces Écrites

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