Le pôle de compétitivité de l’industrie agroalimentaire Vitagora ébauche une chaîne logistique régionale pour la réutilisation du verre, de la collecte des emballages des produits alimentaires consommés à leur retour chez les industriels.


Réemployer un emballage plutôt que de le jeter ? L’idée n’est pas nouvelle, mais encouragée par la loi antigaspillage  pour une économie circulaire : 5 % des emballages mis sur le marché devront être réutilisés par les industriels de l’agroalimentaire en 2023 et 10 % en 2027 pour au final supprimer les emballages plastiques d’ici 2040.
Le calendrier, ténu pour l’industrie agroalimentaire en particulier, a conduit le Pôle de Compétitivité Vitagora avec la contribution de l’entreprise de recyclage des emballages Citeo et de l’Ademe (Agence de la transition écologique) à s’emparer du sujet pour les emballages en verre.  Déjà vertueux par sa capacité à être recyclé quasi à l’infini, ce matériau pourrait l’être davantage grâce à une pratique usitée jusque dans les années 1980, le réemploi contre une consigne.



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Des initiatives locales existent un peu partout en France, principalement pour les boissons. En Alsace, la marque de bière Fischer (groupe Heineken), déploie un format de bouteille consignée et réemployable dans 150 grandes surfaces où sont déployées 180 machines de déconsignation. Dans le Jura, J’aime Mes Bouteilles est une filière de réemploi des bouteilles des brasseurs et vignerons qui s’appuie sur les circuits courts (magasins de proximité, de vente directe). A Dijon, Bocaux and Co est en train d’organiser un circuit de collecte des contenants en verre sur l’agglomération avec l’objectif d’ici deux ans de créer un laboratoire de transformation.

 

Un circuit de collecte et de redistribution pour 3 à 8 réutilisations

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Schéma de la filière de réemploi de bocaux proposée en Bourgogne-Franche-Comté. Source : Vitagora


C’est à une plus grande échelle, régionale, et pour des aliments solides (plats cuisinés, charcuterie, compotes et confitures etc.) que Vitagora veut susciter la mise en place d’un écosystème complet qui implique à la fois les industriels, les distributeurs et les consommateurs. Baptisé CircuVerreBFC, il propose d’organiser une chaîne logistique, de la collecte des emballages des produits consommés à leur retour chez les industriels, en passant par leur lavage.

L’étude de faisabilité que le pôle de compétitivité vient de rendre publique résulte d’entretiens conduits de février à octobre dernier. Au total, 29 avec 90 industriels de l’alimentaire, 23 distributeurs et 13 avec des consommateurs. Ensemble, ils se sont posés la question de la méthode d’organisation d’un circuit de collecte et de redistribution qui induirait 3 à 8 réutilisations d’un contenant en verre et de sa rentabilité, atteignable avec un taux de retour (hors casse) de 84%. En Bourgogne-Franche-Comté, 39 millions de contenants pourraient emprunter ce chemin de l’économie circulaire, soit près de la moitié de la production régionale annuelle d’emballages en verre.


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Le scénario le plus pertinent, plébiscité par les professionnels (industriels, distributeurs, porteurs d’initiatives de réemploi) esquisse l’implantation de 9 centrales de massification (Vesoul, Belfort, Montbéliard, Besançon, Dole, Auxerre, Dijon, Chalon-sur-Saône, Lons-le-Saunier, Mâcon), lesquels seraient approvisionnés par un réseau local de collecte, principalement les commerces et les grandes surfaces.
Ils seraient ensuite dirigés vers une laveuse centrale « idéalement au barycentre régional des points de collecte, soit sur le secteur de Genlis, près de Dijon » de façon à donner aux contenants réutilisés les mêmes normes d’hygiène que les neufs. Une laveuse mobile ferait le relais dans les zones les plus éloignées de la laveuse centrale.

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Naturalim France Miel, dans le Jura, utilise 10 millions de pots par an, la majorité en verre. © Naturalim


Le système repose essentiellement sur une logistique qui  couvre tout le territoire régional. L’étude préconise de développer des partenariats avec des acteurs existants comme le réseau Envie connu pour la remise sur le marché d’appareils d’électroménager, La Poste, France Boisson… Et d’utiliser un mode de transport sécurisé pour réduire la casse.

La clé semble résider toutefois dans une standardisation des contenants et des étiquettes (facilement décollables), un pot de confiture pouvant être réutilisé pour y conditionner du miel ou une sauce. « Un cahier des charges de certification de bocaux réemployables devrait voir le jour d’ici début 2022, grâce aux travaux en cours de Citeo et Réseau Consigne », précise Mélissa Nourry, chef de projet chez Vitagora. Il suggère deux ou trois modèles de contenants à la fois résistants à plusieurs stérilisations et pas trop lourds pour le transport.

 

Transmission

 
Le système ressuscite la consigne, à un niveau de prix suffisamment attractif pour que le consommateur ne jette pas l’emballage et pas trop élevé pour éviter un surcoût du prix de vente du produit.

Cette chaîne complexe « dont le verrou sera sûrement la réglementation », estime Mélissa Nourry, va s’organiser petit à petit avec des expériences locales. Ce que se déclare prêt à faire Naturalim France Miel, dans le Jura. « Nous utilisons 10 millions de pots par an, la majorité en verre et le réemploi serait en plein accord avec notre produit à l’impact carbone faible, aussi faut-il le faire coïncider avec la viabilité économique », témoigne  Amélie Poux, responsable marketing qui se déclare favorable à la consigne.

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L’Institut Charolais valorise les viandes dites à cuisson lente (celles qui servent à faire des ragoûts) en vendant des recettes et en les réalisant pour des éleveurs qui commercialisent leurs produits finis à la ferme. Sa halle technologique comprenant un autoclave est installée au lycée Wittmer à Charolais (Saône-et-Loire).


Fabricant à façon de produits apertisés à base de viande (terrines, plats cuisinés) pour 120 éleveurs principalement de Saône-et-Loire qui les vendent en direct dans leur ferme, l’Institut Charolais s’interroge sur le modèle économique pour une petite entreprise qui n’utilise que 80.000 verrines par an.
Pour franchir le pas, Frédéric Paperin, son directeur, met comme condition  « une garantie de qualité à 100% » des contenants retournés. Pour son entreprise se pose aussi la pertinence de la consigne, car les produits qu’ils fabrique sont achetés par des touristes qui n’auront jamais l’occasion de rapporter l’emballage… dans la région.

Autant dire qu’un énorme chantier s’ouvre pour de longs mois. «  Devant l’engagement constaté par l’étude des acteurs – professionnels et consommateurs –, nous sommes optimistes », conclut Vitagora.
 

L’emballage en verre alimentaire en chiffres

- 85,6 millions de bocaux par an produits et vendus en Bourgogne-Franche-Comté par 845 entreprises de l'industrie agroalimentaire.
- Coût d’un bocal en verre neuf entre 30 c et 1,02 €.
- Prix de revient d’un bocal réemployé (un lavage + stockage + transport) : 0,0205 €.
- Bilan environnemental (émission de gaz à effets de serre) favorable au réemploi dès la 3e et la 8e réutilisation selon le contenant
- 227.000 tonnes annuelles d'emballages en verre déjà réemployés en France, selon Citeo.
- L'immense majorité, 220.000 tonnes, l'est dans le circuit des cafés, hôtels, restaurants... Il s'agit principalement de bouteilles.
Source : Vitagora et Citeo

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