S’écraser professionnellement. Puis rebondir. Vincent Visseyrias a connu ce scénario à plusieurs reprises. Aujourd’hui gérant de sa société d’assainissement, Les Déboucheurs des Lilas, il revient sur son parcours d’entrepreneur avec sensibilité, franchise et même humour. Portrait dans le cadre de notre partenariat avec l'association 60 000 rebonds et son antenne de Bourgogne-Franche-Comté.
« La glace, c’est mon ADN, mon métier de cœur, mais je ne pouvais plus l’exercer ! » Écouter Vincent Visseyrias parler, c'est aussi lire entre les lignes des mois de souffrance et de descente aux enfers, lorsqu’il a dû liquider l’entreprise familiale de glace artisanale, puis lorsqu’il a subi l’incendie de sa nouvelle entreprise quelques années plus tard. Mais à 56 ans, il a su digérer les défaites et recommencer à zéro à plusieurs reprises, pour vivre aujourd’hui d’un tout autre métier : déboucheur de canalisations.
Vincent Visseyrias a aussi les épaules assez larges pour raconter son histoire devant une salle comble : c’était à la Nuit du Commun, à Dijon, en novembre dernier, où il a décroché plus de 20.000 € de dons pour l’association 60 000 rebonds dans laquelle il s’investit depuis quelques années et dont il est ambassadeur désormais. « C’est facile pour moi, j’ai fait du théâtre pendant vingt ans : j’aime raconter mon histoire parce que cela prouve à tous ceux qui ont liquidé leur entreprise que nous ne sommes pas des Jacques Mesrine ! »
L’image est radicale, mais c’est ce qu’il a ressenti quand, en septembre 2012, il est passé devant des « hommes vêtus de noir », au tribunal de commerce pour liquider la société « Glaces et Sorbets Visseyrias », que son père avait fondée à Verdun-sur-le-Doubs (Saône-et-Loire).
« Nous comptions 35 salariés permanents, 60 en haute saison. Nous fabriquions des vacherins et des glaces pour les marques distributeurs des grandes surfaces. Nous nous sommes faits manger ! C’est dur d’être jugé ainsi au tribunal et c'est très impactant psychologiquement. Je me sentais incapable d'effectuer autre chose, même pas ramasser des poubelles. J’avais l’impression que je ne savais plus rien faire ! La chance que j’ai eu, c’est que ma famille ne parte pas en lambeaux. »
La rencontre décisive avec Guillaume Mulliez
Son premier rebond, entre 2013 et 2015, il le réussira grâce à un ami dans la profession qu’il épaule pendant deux ans à Lyon en commercialisant d’autres glaces. « Il m’a dit de venir l’aider alors que c’est moi qui avais besoin d’aide ! », souligne-t-il. Puis il tente, une autre aventure du même ordre à Vienne (Isère) cette fois.
En 2017, alors qu’il ne sait pas par quel bout reprendre la main sur sa vie d’entrepreneur, Vincent Visseyrias rencontre Guillaume Mulliez, alors président national de 60 000 rebonds. « Il m’a donné des conseils pour aborder les banques sereinement. Quand on a l'étiquette de liquidation judiciaire sur le dos à titre personnel, on est grillé… »
Réunion de groupe, parrain, coach, il s’enrichit de tous les apports d’informations de l’association, visite une douzaine de banques avant de décrocher un prêt d'un peu moins de 300.000 € pour créer un nouvel atelier de glaces artisanales. « Dans ma tête, c’était impensable de revenir dans mes anciens locaux, mais finalement après deux ans de travail sur moi-même, j’ai réussi à me projeter dans le futur et à ne pas rester accroché à l’échec de mon passé. »
Le feu qui détruit tout…

En février 2019, il ouvre Le Domaine des glaces à visée très haut de gamme pour la restauration et les grossistes, avec l’ambition de développe des boutiques. Les premières ventes en août se passent bien, sauf qu’un petit matin d’octobre, il roule en direction de son entreprise quand un voisin l’avertit qu’un début d’incendie est en cours dans son nouvel atelier. « Pendant deux secondes, sur l’autoroute, je me suis demandé si je n’allais pas accélérer et me suicider ! Après quelques mois d’activité, j'avais la conviction que je ne pourrai plus repartir… » Comme un coup du sort et parce qu’il n’y a pas de hasard, Vincent Visseyrias rappelle que par trois fois, sa famille a subi le feu dans leur entreprise de Verdun-sur-le-Doubs : 1981, 1991, 2019.
Et puis, c’est encore une fois le hasard qui conduit l’entrepreneur vers La Compagnie des déboucheurs, une société nationale d’assainissement qui s’implante à travers toute la France grâce à des filiales. « C’est mon comptable qui m’a suggéré l’idée. J’ai ri parce que je ne savais même pas déboucher des toilettes ! Et puis, je suis allé rencontrer les créateurs à Saint-Etienne (Loire) et j’ai été emballé par le concept. »
Spontané et résolument moteur, Vincent Visseyrias crée en mars 2021, toujours à Verdun-sur-le-Doubs, la Sàrl Le Déboucheur des Lilas, adhérente à La Compagnie des déboucheurs (fondée il y a six ans, la société compte désormais une centaine d’adhérents partout en France). « En 2021, c’était les 30 ans de la mort de Gainsbourg dont je suis fan, voilà pourquoi j’ai nommé ma société ainsi. »
Avec 1.500 interventions par an chez les particuliers, dans les entreprises, ou pour les collectivités, sur la Côte-d’Or, ainsi qu'à Dole (Jura) et dans ses environs, la plus-value de son activité réside selon lui dans la transparence des prix affichés et dans son approche du travail : « Nous sommes bien mieux équipés que les plombiers pour déboucher les canalisations. Ce sont eux nos prescripteurs, de même que les assureurs. Je suis content d’arriver avec des prestations claires car le métier est peu connu. Je donne donc toujours le tarif avant l’intervention - du débouchage manuel à 110 € jusqu’à 240 € dans le cadre de nos forfaits - et je m’impose de respecter nos délais : j’interviens dans les 24 heures », expose le dirigeant.
Après trois ans d’existence et un chiffre d'affaires porté à 300.000 € en 2023, Vincent Visseyrias vient d'embaucher un salarié et d'acheter un second véhicule d’assainissement. « Ce que j’aime dans ce nouveau métier, c’est la vraie satisfaction client. Mon deuxième nom maintenant, c’est sauveur. »
Et décidément plus looser ! La chance a tourné à force de travail, d’envie et aussi de quelques coups de pouces enfin positifs du destin.














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