L’ancien joueur professionnel de football, devenu propriétaire de vignes à Condrieu (Rhône), puis caviste et restaurateur à Dijon (*), continue d’étonner dans ses développements avec une offre digitale originale pour les professionnels du vin. Mais pas seulement. Éric Carrière possède une dimension entrepreneuriale et humaine surprenante. Depuis le confinement, l’activité de vente, réalisée en ligne, a progressé de 50%, mais avec un ticket moyen inférieur à d'habitude.

 

Rencontré alors qu’il officiait encore comme milieu de terrain au Dijon Football Côte-d’Or (DFCO), Éric Carrière demeure le même homme une décennie plus tard : empathique, à l’écoute, modeste, prudent et aussi lucide. A la tête de Caves Carrière à Dijon, l’entreprise de vente de vin qu’il a fondé en 2010, il la manage comme l’ancien numéro 10 qu’il était, avec justesse et une bonne distribution des rôles.

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Car chez cet homme de 46 ans, dont la reconversion est un exemple à suivre, pas question de flamber. S’il a bien gagné sa vie comme sportif (**) précisant que ce n’est rien à côté des émoluments versés aujourd’hui dans le petit monde du ballon rond, il n’était pas question pour lui de vivre de ses rentes et autres placements.

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Le dirigeant a voulu un site de travail a son image : de bon goût et convivial. © L'Atelier Nicolas Demoulin

L’univers du vin attirait déjà depuis longtemps, ce natif de Foix (Ariège), pour avoir en 2007 acheté 1,6 hectare de vigne en condrieu et côte-rôtie (Vallée du Rhône), aux côtés de Stéphane Ogier (lire notre encadré), un vigneron du cru. Devenu consultant et commentateur sur Canal + – ce qu’il est toujours –, Éric Carrière fonde seul en 2010 Caves Carrière à Dijon – dans son garage – et joue de son relationnel.

Une capacité de stockage de 250.000 bouteilles

« Le commercial n’est toutefois pas ma tasse de thé, aussi me suis-je associé en 2013 avec Nicolas Creuzot qui lui est un pro. » Les débuts s’avèrent un peu difficiles pour l’ancien joueur de ligue 1 qui ne met pas en avant son image, mais veut être reconnu dans son nouveau métier. De fil en aiguille, l’affaire prend toutefois de l’ampleur et les dépendances du domicile deviennent vite exiguës à l’activité.

A la tête d’un vignoble de la Vallée du Rhône

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Stéphane Ogier. © Domaine S.Ogier
Eric Carrière et Stéphane Ogier se sont connus lorsque le premier jouait à l’Olympique Lyonnais (OL). Nous étions au début des années 2000 et les deux hommes sympathisent progressivement au fil de nombreuses rencontres. « Il est venu me voir pour faire des cadeaux et voulait en connaître plus sur le vin.
Ensuite, à chaque fois que nous nous voyions, il posait beaucoup de questions  car il aime apprendre ce qui l’intéresse », se souvient Stéphane Ogier. Aussi, lorsqu’en 2007, l’opportunité se fait jour d’acquérir un vignoble d’1,6 hectare, dont 1,2 ha en appellation condrieu et 4 ares en côte-rôtie, Eric Carrière n’hésite pas et rejoint son nouvel ami au sein d’une société commune.
Stéphane Ogier a intégré le domaine familial en 1997 et exploite aujourd’hui 40 hectares de vignes, dont 13 en cote-rôtie, sa grande spécialité.

Fin 2016, le caviste investit 1 million d’€, puis réinjecte 1,2 million d’€ l’an dernier pour disposer d’un site de vente et de stockage sur l’espace de l’ancien marché de gros, près de la zone d'activités Cap Nord, à son image : simple, de bon goût et accueillant. Il faut dire que Caves Carrières s'est fortement développée et frise en 2018 les 11 millions d’€ de chiffre d’affaires avec une équipe de 13 salariés, dont 4 recrutés en un an.
L’entreprise possède une capacité de stockage de 250.000 bouteilles, travaille avec 500 domaines, propose 3.000 références, n’hésite pas à racheter des caves de particuliers et vend en ligne avec retrait à la boutique. Cette réussite demeure toutefois discrète. « J’avance par pallier, avec prudence et lucidité », confesse Éric Carrière.

 

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Les ventes de la boutique numérique ont progressé de 50% depuis le confinement

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Préparation de commandes au milieu d'un espace de stockage d'une capacité de 250.000 bouteilles. © Traces Ecrites Précisons que toutes les photos datent d'avant le confinement.

On retrouve là l’ancien meneur de jeu dans son style sérieux : pas d’esbroufe, un côté réfléchi – il a été l’un des premiers footballeurs a bénéficier d’un thérapeute – voir un tantinet intellectuel. Pour preuve, il faut l’écouter ponctuer de ses analyses les matchs sur Canal+ avec un coté pédagogue.
« Si je vous avouais que j’aurais aimé être prof de maths... » Précisons également que doué pour les études, il est titulaire du diplôme de manager général de club sportif professionnel, décroché en même temps qu’un certain Zinédine Zidane.

 

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Ce trait de caractère se retrouve dans les deux applications digitales qu’il vient de lancer via la société Digital & Wine. La première est une aide interactive à la dégustation et à la présentation des vins.
Baptisée proVINUM, elle permet de découvrir le vignoble des vins en question, leurs parcelles, le terroir, connaître les caractéristiques à l’appui d’une fiche, savoir quand les boire, comment les conserver, consulter les notes de dégustation, s'inspirer pour les accords mets/vins…
La seconde s’appelle GeoVINUM et intègre la cartographie de tous les vignobles du monde, selon les données officielles de chaque pays, avec des précisions sur les terrains viticoles, la climatologie… Le rendu est étonnant de précision comme de qualité visuelle. Les bouteilles mises en ligne tournent à 360°, tout comme les images des vignes concernées.

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L'aplication proVINUM dans toutes ses déclinaisons pour mieux faire connaître les vins. © Traces Ecrites

A l’heure du confinement, ces outils s’avèrent précieux car ils se commercialisent en ligne. Tout comme les vins avec la boutique numérique, dont l’activité a progressé de 50% depuis mi-mars, mais avec un ticket moyen inférieur à d'habitude, les consommateurs voulant plus des vins à boire qu’à faire vieillir.
« Nous tournons en prenant toutes les précautions sanitaires en équipes de quatre le matin, puis cinq ensuite », indique le dirigeant. A la question de savoir ce qu’il souhaiterait demain après la pandémie, la réponse tombe comme un couperet : « trop de choses, mais surtout que les gens arrêtent de se mettre en scène pour un oui, pour un non. »

(*) Éric Carrière est actionnaire depuis 2013 du Bistrot des Halles, restaurant à Dijon.

(**) Joueur notamment à Nantes, Lyon et Lens, où il s'y construit un joli palmarès, remportant le championnat de France quatre saisons d'affilée (de 2001 à 2004), la Coupe de France à deux reprises, le Trophée des champions trois fois, ainsi qu'une Coupe Intertoto et la Coupe des confédérations 2001 avec l'équipe de France où il joua à 10 reprises (source Wikipedia).

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Le magasin et centre de stockage de Caves Carrière sur l'ancien marché de gros de Dijon. © © L'Atelier Nicolas Demoulin

 

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