Après avoir vulgarisé l’aquaponie - l’association des poissons et des végétaux- auprès du grand public avec quelques installations à Dijon, Marie Fiers passe à la vitesse supérieure. La fondatrice d’UrbanLeaf porte des projets à Paris et espère bien s’insérer dans le projet Parisculteurs qui veut réimplanter l’agriculture dans la capitale.

L’idée d’associer l’aquaculture et l’agriculture est vieille comme le monde, ou presque. Déjà utilisée par les Aztèques, l’aquaponie valorise les déjections des poissons, qui nourrissent les plantes, lesquelles, en retour, filtrent l’eau destinée aux poissons. Un cercle vertueux qui fonctionne en circuit fermé, allège l’entretien de l’aquarium et simplifie la culture, réalisée sur des billes d’argile. Grâce à un processus microbiologique, les plantes servent de filtre naturel pour l’eau souillée des poissons qui retourne nettoyée dans l’aquarium, réduisant de 95 % la consommation d’eau par rapport à l’agriculture classique.

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« J’aime ce concept aussi simple que génial, qui peut parfaitement s’insérer dans la tendance à l’agriculture urbaine », estime Marie Fiers. Le jeune docteur en biologie de 35 ans a fondé, en 2015, UrbanLeaf à Dijon dans le but de créer des fermes urbaines basées sur l’aquaponie. Une initiative ambitieuse qu'avait remarqué Les trophées des femmes de l'économie qui lui avaient attribué le prix national argent de la femme d'entreprise prometteuse en 2017.
Durant ses premières années d’activités, l’entreprise cherche son marché, s’intéressant au grand public, à qui elle propose ses « Symbium », des systèmes clefs en main associant un petit aquarium et un bac à plantes. Vendus sur sa  propre boutique en ligne ainsi que sur Amazon, les mini jardins d’intérieur représentent 20 % du chiffre d’affaires de la société.
« Notre cœur de métier est ailleurs, sur des projets de grande taille en entreprise, ou dans les écoles, mais les processus décisionnels demeurent lents, d’où l’intérêt de conserver une activité grand public », analyse la brillante jeune femme, qui a obtenu son doctorat en 2010 à l’Inra de Dijon sur les maladies de la peau de la pomme de terre. « Ma thèse m’a permis de m’intéresser aux relations entre les plantes et les micro-organismes, qui jouent un rôle clef dans l’aquaponie. ».

Des projets parisiens d’ampleur

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Marie Fiers, dirigeante d'UrbanLeaf est docteur en biologie formée à l'Inra de Dijon. © Arnaud Morel.

En 2018, UrbanLeaf a réalisé plusieurs projets d’ampleur, avec l’ESAT le Mirande et la crèche Calypso, au sein du parc Valmy de Dijon. « Nous avons installé un système sur 100 m2 à l’Esat, dans un but productif. Les résidents cultivent des herbes aromatiques, des tomates cerises et des poivrons, qui sont vendus en interne. Avec Calypso, l’objectif est plus éducatif : les enfants peuvent observer trois aquariums reproduisant des milieux naturels de divers endroits du monde, et aller picorer les légumes », précise-t-elle.
Les projets se multiplient : l’idée de Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE), promue par l’Union Européenne, pousse les acteurs économiques à développer des activités sociales et environnementales au sein de leurs structures.
« Nous travaillons sur trois gros projets à Paris, notamment avec la Réunion des Musées Nationaux qui veut végétaliser 300 m2 de toitures et avec l’école de cuisine de Thierry Marx, qui dédiera 800 m2 à la culture en aquaponie », annonce Marie Fiers. 
La capitale a lancé le projet Parisculteurs, qui espère végétaliser 100 hectares en zone urbaine, pour y faire émerger des circuits courts.

LCRDijon

 

« La difficulté pour imposer l’aquaponie tient au poids de nos installations, qui posent des problèmes de portance sur les bâtiments déjà existants. Si une toiture classique pèse environ 300 kg au m2, on monte à 1 à 1,5 tonne avec l’aquaponie », analyse la chef d’entreprise. Il vaut mieux, dès lors, anticiper la question dès la conception des bâtiments, ce qui impose de populariser ce système symbiotique auprès des architectes et maîtres d’œuvre.
Après un démarrage lent, l’activité qui comprend également de l’assistance à maîtrise d’ouvrage et des formations spécifiques à l’entretien des systèmes aquaponiques croît désormais rapidement.  Son chiffre d’affaires de 100.000 € en 2018 a été multiplié par huit en un an et elle recrute un quatrième salarié chargé de booster la fonction marketing.

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