Le site TRW de Dijon compte 148 salariés à la productivité reconnue.
Le site TRW de Dijon compte 148 salariés à la productivité reconnue.

AUTOMOBILE. Coûterait-il plus cher de fermer, comme annoncé, le site de TRW Dijon (148 salariés) que de le laisser en activité ?

Si l’on se base sur le rapport d’expertise du cabinet messin 3e Consultants, que nous avons pu consulter, la réponse est oui.

Car l’unité dijonnaise de l'équipementier automobile gagne de l’argent : elle est par définition rentable. Elle pourrait en gagner progressivement beaucoup plus : elle est donc aussi viable.

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Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. Le proverbe s’applique t-il au site TRW de Dijon, spécialisé dans les valves et capteurs pour directions automobiles et menacé de fermeture par la direction de l’équipementier américain depuis le 19 mars dernier ? Relire notre article en cliquant ici.

En découvrant le dernier tract de l’intersyndicale CGT-CFE/CGC-FO, on peut le penser. « L’argument économique s’effrite au fur et à mesure de l’étude des documents du cabinet 3e Consultants (*). Non seulement, l’usine TRW est rentable, mais le coût de restructuration, hors clauses extra-légales, permettrait de continuer à produire pendant 4 ans », indique le document.

Le rapport d’expertise que nous avons pu consulter, après avoir essuyé un refus catégorique des délégués du personnel pour cause de confidentialité des débats durant la procédure de consultation (**), en fournit une confirmation éclatante.

L’équipementier automobile américain TRW (16,44 milliards de $ de chiffre d’affaires en 2012, contre 16,24  l’exercice précédent) veut fermer à Dijon un site rentable.

En 2011, son chiffre d’affaires frisait les 50 millions d’euros pour un bénéfice de 6,78 millions. En 2012, il fléchissait à 31,8 millions, laissant tout de même plus de 2 millions de résultat net.

Interrogée et pour justifier sa décision, la direction oppose que l’outil de production dijonnais n’est plus adapté.

« L’activité de capteurs électriques nécessite un grand volume de production pour être compétitive et le site de Dijon ne permet pas cela. La taille d’un site est un facteur significatif. TRW a des surfaces inutilisées sur d’autres unités, qui ont des capacités techniques d’engineering en plus de la capacité de production », précise t-elle.

Selon le rapport de 3e Consultants, l’argument ne tient pas. Rappelons déjà que si l’unité de Dijon fabrique aujourd’hui plus de valves hydrauliques que de capteurs électriques, elle a été à la pointe de cette nouvelle technologie en ayant aidé aussi bien à sa conception qu’à son industrialisation, même jusqu’en Chine.

Christophe Depierre, porte-parole de l'intersyndicale CGT CFE-CGC FO.
Christophe Depierre, porte-parole de l'intersyndicale CGT CFE-CGC FO.

Délocalisation de la production à l’Est

À périmètre constant de clientèle, Dijon pourrait passer de 810 000 unités hydrauliques cette année, à seulement 161 000 en 2017.

Sur la même période, les capteurs électriques fabriqués localement dépasseraient le million d’unités en 2017, contre 520 000 en 2013.

C’est dire si le basculement technologique peut s’opérer sans grandes difficultés en préservant une confortable rentabilité.

Mais pas pour les dirigeants de TRW qui assurent avec audace : « le site est maintenant dans une situation de perte, et ceci est accentué par la réduction des volumes de la production de valves ».

Or les projections de volumes de ventes, indiquées dans le rapport d’expertise, s’établissent à 28,55 millions de chiffre d’affaires en 2013 pour 1,975 million de bénéfices ; 36,2 millions en 2014 et 1,51 million de résultat net. Enfin, 56,85 millions prévu en 2015 avec 4,21 millions de profits.

Concernant la « taille limitée » de l’usine bourguignonne, là encore la justification avancée par les représentants de l’équipementier souffre une contradiction majeure.

Les capteurs sont de petits composants et pour peu qu’on investisse dans de nouveaux équipements, la capacité industrielle pourrait facilement doubler, voire tripler. Or le groupe TRW n’a pas réalisé sur place d’investissements conséquents depuis 2007 : 115 000 € en 2011 et 229 000 € en 2012.

Les salariés de TRW se mobilisent contre la fermeture de leur site rentable et viable.
Les salariés de TRW se mobilisent contre la fermeture de leur site rentable et viable.

La fermeture coûterait jusqu’à 20 millions d’€

Il faut dire qu’entre temps, l'actionnaire fait monter en puissance ses implantations en Pologne et en Tchéquie alors qu’il aurait provisionné 120 millions d’€ pour des restructurations dans l’ancienne Europe de l’Ouest.

Selon le rapport, TRW Dijon offre en outre une productivité en « nette amélioration », une qualité de fabrication avec  moins de 10 ppm (***), également en « nette amélioration » et des délais de livraison, qui eux aussi, « s’améliorent ».

Alors, pourquoi fermer un site rentable et viable ? Réponse d’une source proche du dossier «au nom d’un pur intérêt financier et pour gagner entre 4 et 5 millions d’€ par an ».

Au final, le compte est-il bon ? TRW devra au minimum verser 7,5 millions d’€ au titre des indemnités légales dues aux 147 salariés qui seront licenciés, auxquels se rajoutent les émoluments d’un cabinet de reclassement.

L’équipementier automobile s’acquittera également des frais de restructuration et de réindustrialisation, ainsi que, à n’en pas douter, d’indemnités extra-légales auprès d’un personnel qui ne comprendrait pas pourquoi il veut fermer un site rentable et viable. Soit, pas moins d’une vingtaine de millions d’€.

(*) Cabinet d’études, installé à Metz (Moselle) et mandaté par le comité d’entreprise et les délégués du personnel pour auditer l’entreprise et justifier, au vu des documents fournis par ses soins, le bien fondé d’une fermeture.

(**) Qui vient de débuter avec l’ouverture des livres I et II.

(***) Le ppm est habituellement utilisé comme indicateur du niveau qualité. Il mesure le nombre de pièces non conformes par millions de pièces produites.

Crédit photos : Traces Écrites

1 commentaire(s) pour cet article
  1. honore micheldit :

    Ainsi va la France que l'on dit fainéante ... J'AI HONTE !

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