Le centre de ressources technologiques (CRT) d’Alsace quitte le monde associatif pour devenir une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) avec à son capital salariés et industriels. Un choix dicté par une demande croissante du marché de l’industrie. Grâce à ce statut, Irepa Laser peut lever des fonds pour accélérer son développement, ses innovations et ses recrutements.
Née en 1982, à l’initiative de l’Université de Strasbourg et grâce à un financement du Conseil régional d’Alsace, Irepa Laser à Illkirch-Graffenstaden (Bas-Rhin) devient vite un centre de ressources technologiques (CRT) de référence dans le domaine industriel des procédés laser et des matériaux. Également centre de formation, il forme les industriels à l’utilisation de la technologie laser et à la sécurité laser.
La structure emploie 45 collaborateurs pour un budget de 3,5 millions d’€. « Depuis presque 30 ans, nous avons travaillé sous le statut d’association, mais là nous étions arrivés au bout du système. Nous avons besoin de recruter, de former, d’investir. Tous ces projets nécessitent des moyens, or quand vous êtes une structure associative, vous ne pouvez pas lever des fonds », explique Jean-Paul Gaufillet, le directeur général d’Irepa Laser.
C’est pourquoi le CRT alsacien est devenu le 18 décembre 2019, une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). Ce statut permet de fédérer à la fois les salariés, les clients et les institutionnels. Ainsi, la nouvelle SCIC compte 27 salariés associés qui ont apporté 260.000 € au capital et 12 industriels qui ont investi 330.000 €. La Région Grand Est a aidé les salariés souhaitant devenir associés par l’octroi de bourses individuelles et l’Union régionale des Scop Grand Est leur a proposé des prêts.
D’ici un à deux ans, l’objectif de la société est de faire monter la part des industriels à un million d’€. « Notre noyau dur actuel doit nous permettre d’attirer d’autres industriels et de nouveaux fonds », affirme Jean-Paul Gaufillet. Ceux-ci s’avèrent nécessaires pour financer des projets de R&D et renforcer les effectifs. En 2019, Irepa Laser a embauché 5 personnes et cette année, elle souhaite recruter entre 2 et 5 : des ingénieurs spécialisés dans les matériaux, la mécatronique, le traitement du signal...
En 2020, l’objectif est de réaliser un chiffre d’affaires de 4 millions d’€, dont la moitié en vente de prestations et prototypes aux industriels. La SCIC est aussi d’attirer des partenaires européens et de monter des projets à l’échelle de l’Union Européenne. « Nous sommes déjà connus au niveau européen, mais maintenant nous devons changer de braquet pour aller plus vite », prévient le directeur général.
Selon lui, le statut de SCIC va permettre à Irepa Laser de se professionnaliser, d’attirer la confiance des banques et de renforcer sa crédibilité auprès du monde politique. Le soutien des industriels et la création de futures start-up pèsent dans la balance. Irepa Laser s’est déjà illustrée dans la création de start-up et de spin off. Parmi ces réussites, on peut rappeler la création des sociétés Laser Alsace Production (LAP) en 1988, dans la sous-traitance en découpe laser, et en 2012, celle de BeAM, aujourd’hui leader européen de l’impression 3D métallique au rayonnement international.
Soudage du verre et matériaux plus résistants aux hautes températures

Irepa Laser qui a sollicité la Région Grand Est et l’Eurométropole de Strasbourg pour prendre part à son capital, n’a pas encore obtenu de réponse, mais cette participation pourrait devenir effective à moyen terme.
Pour l’heure, le conseil régional continue d’apporter son soutien financier pour les projets d’investissements et de R&D. Les innovations en cours concernent le soudage du verre, de matériaux difficilement compatibles comme l’aluminium et le cuivre, la création de nouveaux matériaux plus résistants aux hautes températures et plus légers, de nouvelles structures de surfaces pouvant réduire les forces de frottement dans l’eau, etc.
Pour conforter son équipement, Irepa Laser prévoit d’acquérir de grands robots pour fabriquer des pièces de grande taille, dans le contrôle de procédés et l’automatisation. Et d’ici à la fin de l’année ou début 2021, d’agrandir ses locaux de 350 m2 pour regrouper ses trois machines d’impression 3D métallique.
Dans le secteur du transfert de technologie, en changeant de statut, la société bas-rhinoise fait figure de pionnière. « La SCIC, c’est pour nous l’innovation des femmes et des hommes au service de l’innovation technologique. C’est un moyen de fédérer des PME et des ETI en recherche d’innovation et de fédérer nos salariés autour d’un projet structurant », résume le dirigeant.
















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