Ne demandez pas à Marie-Anne Cloarec de prendre une photo avec son téléphone, de l’envoyer en mms ou de flasher un QR code, elle n’a pas de smartphone et c’est ce qui fait son charme. One-woman show à elle toute seule, la jeune femme de 37 ans propose des conférences humoristiques sur la déconnexion et la RSE. Explications d’une battante qui est aussi marraine auprès de l'association 60 000 rebonds Bourgogne-Franche-Comté. 


Quel est votre parcours professionnel ? 

Originaire de Douarnenez, dans le Finistère, j’ai suivi une école de commerce à Marseille, en spécialité finances. J’ai été durant quelques années contrôleuse de gestion chez Dalkia, à Lyon, puis j’ai démissionné pour devenir organisatrice de mariage pendant trois ans.

C’est étrange à dire, mais je me suis moins épanouie dans cette activité qu’avec mes tableaux Excel chez Dalkia. Organiser des mariages est vraiment stressant. Durant l’un d’eux, j’ai eu, un jour, un flash : comment faire pour que les invités profitent de la fête plutôt que de surfer sur leur téléphone portable ? J’ai alors eu l’idée de concevoir une boîte qui coupe les ondes une fois que la personne pose le smartphone dedans.

 

Vous êtes donc partie de zéro et avez commencé, avec cette idée, une vie d’entrepreneuse…

16 Design final Nomobox
Nomobox, le projet avorté de Marie-Anne Cloarec après six ans de développement.


Oui, j’ai fondé en 2016 ma société nommée Box Populi, « la boîte du peuple » en latin. Elle est née grâce à 80.000 euros d’économies, un crowdfunding, des subventions et des emprunts bancaires. Comme j’avais gardé des contacts chez Dalkia, j’ai commencé à faire une étude de marché dans des grandes entreprises. Grâce à plusieurs sociétés ayant ressenti un problème d'attention et d'écoute dans leurs réunions ou en formations en interne, j'ai pu préciser mon concept. Je me suis entourée de quatre associés ingénieurs et après quatre ans de R&D, où j’ai été accompagnée par plusieurs bureaux d’études, le produit était prêt. Nous avons déposé un brevet et avons commencé la fabrication en France, une solution plus simple que la multiplication des allers/retours en Chine. 

J'étais passionnée par mon sujet, c’était un produit innovant qui avait du sens. J’avais l’impression d’être investie d’une mission, je me sentais telle une petite pierre dans cet univers marqué par les crises écologiques et sociales. Cette aventure m’a portée, nous avons commencé à vendre des exemplaires - au prix de 250 euros - mais la crise du Covid est arrivée et les salles de réunion se sont vidées.

J’ai liquidé la société en 2021. Dommage, car tous ceux qui nous en ont acheté nous ont dit combien nos boîtes leur faisaient gagner en créativité et en temps pendant le télétravail. Savez-vous que vous perdez 22% d’efficacité en terme de rapidité, de concentration, de mémoire ou de plaisir à lire, lorsque votre téléphone se trouve dans votre champ de vision ? Après quelques mois d’essais pendant le confinement, nous avons constaté que notre box populi était particulièrement productive en configuration de télétravail : il nous fallait passer à la vitesse supérieure et industrialiser notre produit en investissant 40.000 euros supplémentaires pour créer le moule. Mais la trésorerie me manquait ! Voilà pourquoi, après six ans de cette très belle histoire, celle-ci s’est conclue par une liquidation judiciaire, en avril 2021.

 

Quelles ont été les conséquences de cette disparition ?

Photo formation 2019
Ecouter une conférence de Marie-Anne Cloarec, c'est l'occasion de rire de soi-même et de nos addictions au smartphone.


Ce furent des moments douloureux. Jusqu’alors, je prenais quatre dimanches de repos par an en tout et pour tout : alors j’ai fait un burn out. J’avais tellement misé sur ce projet qu’il me portait : en y mettant fin, je ne trouvais plus de sens à ma vie. En plus, l’étiquette Box Populi me collait à la peau et je ne savais plus comment me présenter autrement qu’à travers mon projet. Cela a été loin puisque je me disais : si je sors de chez moi et qu’on me pose la question, je vais fondre en larmes. Par conséquent, je ne voulais plus voir personne. Cet immense vide a été très dur à vivre et c’est dans ce contexte que je suis allée pousser la porte de l'association 60 000 rebonds, à Lyon en 2021. J’ai beaucoup pleuré et écouté les autres durant les temps d’échanges. Peu à peu, j’ai commencé à comprendre mes valeurs, à accepter l’échec et grâce à mon parrain de 60 000 rebonds, j’ai relevé la tête : il m’a fait rebondir, m’a ouvert son réseau et là j’ai eu un nouveau déclic…

 

Lequel ?

J’ai pris conscience que l’humour était hyper important pour moi et que je savais l’utiliser dans mes compétences au quotidien. J’ai alors décidé de devenir conférencière : j’allais parler de mon expertise en dédramatisant, pour en faire un one-woman show autour de mes deux sujets de prédilection, la RSE mais surtout l'impact de nos transitions numériques sur le quotidien professionnel. J’ai acquis la conviction que je pouvais être prise au sérieux tout en étant drôle.J’ai alors déménagé en Bourgogne avec mon conjoint, car nous avions besoin et envie de changer de région et il y a eu la naissance de ma fille : c'est mon plus beau rayon de soleil.

Photos fournies par Marie-Anne Cloarec

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