ENERGIE. Inaugurée hier 24 janvier, l'unité de tri-méthanisation-compostage construite et exploitée par Tiru, filiale d'EDF, à Chagny (Saône-et-Loire) pour le syndicat mixte d'élimination et de traitement des déchets de Saône-et-Loire sera opérationnelle le 21 janvier.

Le gaz récupéré de la fermentation des matières organiques fournira un tiers des besoins du fabricant de tuiles Terreal, situé juste en face. L'usine produira également du compost pour les agriculteurs de la coopérative Bourgogne du Sud.

 

phototetesmet
Vue générale de l'usine : au premier plan, les malaxeurs, à l'arrière plan, les digesteurs. ©Smet 71.

 

En choisissant d'investir 41 millions d'€ dans une unité de tri-méthanisation-compostage de 12 000 m2, baptisée Ecocea, le syndicat mixte d'élimination et de traitement des déchets de Saône-et-Loire (SMET 71) fait d'une pierre deux coups. Les 73 000 tonnes de déchets qui seront progressivement transformées en compost et en biométhane à partir du 21 janvier vont à la fois réduire la mise en décharge des ordures ménagères et fournir de l'énergie verte à l'usine de fabrication de tuiles Terreal, située juste en face. Injecté dans le réseau de GRTgaz, le biométhane issu de la fermentation de la matière organique va satisfaire un tiers des besoins de l'industriel, très énergivore.

 

Le syndicat qui représente dix collectivités locales du nord-est de la Saône-et-Loire, rejointes depuis un an par la ville de Mâcon, soit 315 000 habitants, s'est lourdement endetté auprès d'un consortium de banques formé de la Banque européenne d'investissement, la Caisse des dépôts, la Caisse d'épargne Bourgogne-Franche-Comté, le Crédit agricole et la Banque postale Centre-Est. La facture est allégée grâce à 4,3 millions d'€ de subventions attribuées par le conseil général de Saône-et-Loire (2 millions), le conseil régional de Bourgogne (1,1 million) et l'Ademe (1,2 million).

 

La filiale d'EDF, Tiru, chargée de la conception, la construction et l'exploitation à l'issue d'un dialogue compétitif avec un groupement d'entreprises constitué d’Eiffage Construction Bourgogne, de Girus Ingénierie et de l’Atelier d’architecture Olivier Le Gallée, a choisi le procédé du belge OWS. Ce process par voie sèche avec une implantation verticale des digestats fait déjà des petits puisque qu'une installation jumelle est en construction à Bourg-en-Bresse (Ain).

 

Le coût de fonctionnement est évalué à 4 millions d'€ par an. Les recettes sont évaluées à 2,5 millions d'€, principalement la vente du biogaz à Terreal pour 1,8 à 2 millions d'€. L'effectif compte 17 salariés.

 

Il a fallu près de dix ans pour concrétiser ce projet, au départ très contesté par la population locale et certains élus. Le SMET 71 espère que la prochaine étape sera plus courte. Elle consisterait à acheminer les déchets par voie fluviale, par la Saône et le canal du Centre. Une solution dont la rentabilité n'est pas encore prouvée.

 

Visite en compagnie de Barthélémy Fourment, directeur de projets du pôle développement de Tiru :

 

chainedetricredit
Chaîne de tri. ©Smet 71.

Parce que les poubelles des ménages ne résultent pas toujours d'un tri rigoureux, un tri mécanique est nécessaire pour retirer toutes les matières indésirables : plastiques, métaux, verre… destinés à des filières de recyclage ou à la décharge.

La matière organique "nettoyée" est introduite dans deux tubes malaxeurs d'une longueur de 50 mètres qui tournent lentement pour rendre la matière la plus homogène possible. La capacité de l'usine est de 80 000 tonnes, supérieure au volume d'ordures ménagères collecté (73 000 tonnes par an) « pour compenser le surplus de collecte en été ».

 

digesteurscreditsmet
©Smet 71.

- La matière est ensuite introduite dans des digesteurs, ces hauts silos où des bactéries dégradent la matière organique.

 

La phase de maturation dure trois semaines. Deux produits en découlent : du gaz et du compost.

 

Le gaz subit une épuration afin d'obtenir les mêmes caractéristiques chimiques que le gaz naturel.

Devenu biométhane, il peut être injecté dans le réseau de GRTgaz. Les 2,6 millions de Nm3 par an que va produire l'usine Ecocea seront entièrement utilisés par l'usine de tuiles de Terreal, située juste en face.

 

Les essais vont démarrer la semaine prochaine pour une fourniture régulière à partir de mai.

 

 

alveoles
©Traces Ecrites.

 

- Avant d'être vendu aux agriculteurs locaux par l'intermédiaire de la coopérative Bourgogne du Sud, le compost est stocké dans des alvéoles.

Des déchets verts broyés (environ 8000 tonnes par an) sont ajoutés , comme « simple aide technique », précise Barthélémy Fourment afin d'améliorer la consistance de ce qui est prêt à devenir un compost à la norme NFU 44051. En pleine capacité, l'installation va en produire 27 000 tonnes par an.

 

Sa maturation dure alors encore une semaine. Cette partie de l'usine est la seule à l'air ambiant ; le reste de la chaîne de production est confiné dans une atmosphère de dépression afin de limiter la dispersion des odeurs à l'extérieur. « C'était une condition de l'appel d'offres », précise Barthélémy Fourment.

 

gazometre
Cette grosse boule est un gazomètre. Stock tampon, ce réservoir conserve entre 20 minutes et une demi-heure de production de gaz avant l'injection dans le réseau. Il est couplé à une torchère (à gauche). ©Traces Ecrites.

Commentez !

Combien font "8 plus 4" ?