PHARMACIE. «On y est, Rhenovia devient une entreprise pharma !».

Serge Bischoff, le P-DG, savoure l’étape franchie par son entreprise et qui était son objectif depuis sa création il y a cinq ans.

Il vient d’annoncer cette fin mai la découverte d’un premier candidat médicament, contre la maladie de Huntington, une maladie rare neurodégénérative.

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Jusqu’à présent, la prometteuse start-up de Mulhouse (20 salariés dont 12 au siège haut-rhinois, ingénieurs et doctorants pour l’essentiel) se «contentait» d’inonder les groupes pharma et sociétés de biotechnologies en précieuses informations sur l’efficacité potentielle de leurs recherches et médicaments de traitement des pathologies du système nerveux.

«Désormais, nous allons constituer notre propre pipe-line», assure Serge Bischoff. La grande avancée de Rhenovia tient à la manière dont elle a découvert sa molécule : non par des essais classiques en laboratoires, mais par «biosimulation».

De quoi s’agit-il ? Schématiquement, la biosimulation consiste à reproduire par ordinateur les mécanismes du cerveau, donc ses dysfonctionnements qui peuvent affecter la connaissance ou la conservation de la mémoire.

Elle le fait en compilant et en retravaillant une multitude de données issues de la connaissance scientifique générale et d’essais cliniques plus ou moins anciens. «La souris d’ordinateur remplace les souris de labo», image le dirigeant.

Si la biosimulation est devenue courante dans le cas de maladies infectieuses ou cardiovasculaires, c’est la première fois, à la connaissance de Rhenovia - et l’entreprise suit évidemment de près ce qui se passe dans le monde - qu’elle débouche dans le domaine des maladies du système nerveux sur un candidat médicament bardé de brevets.

«Nous avons apporté la preuve de concept, c’est-à-dire la crédibilité à la biosimulation dans ce domaine», se félicite Serge Bischoff.

Le dirigeant  voit là se concrétiser des années sinon des décennies de convictions forgées dans son passé professionnel de chercheur dans la «big pharma» : les méthodes classiques d’essais cliniques atteignent leurs limites, ils ne peuvent pas répondre à tout et l’industrie pharmaceutique doit donc se remettre en question si elle veut se pérenniser.

Une filiale américaine

«Sous la pression de la compétition, elle a évolué vers un excès de simplification qui n’est plus adapté à la complexité du système biologique. C’est particulièrement vrai pour les maladies qui touchent le cerveau. On atteint ici par définition un degré de complexité extrême. Huntington en est l’exemple parfait», ajoute Serge Bischoff.

De surcroît, la biosimulation accélère les recherches et en limite les coûts. Pour l’entreprise mulhousienne, le candidat médicament baptisé «Rhedar» ouvre la voie vers bien d’autres maladies : l’épilepsie, la schizophrénie, Alzheimer…

Alors, à quand un médicament Rhenovia sur le marché ? Patience, patience. Pour «Rhedar», l’horizon est de l’ordre de dix ans si tout se passe bien.

En attendant, Rhenovia va développer ses recherches propres et continuer à vivre des données qui découlent de sa technologie innovante. Ses revenus viennent de contrats privés et des ressources des appels à projets internationaux de recherche auxquels elle répond.

Les deux modes lui ont procuré 900 000 € de revenus l’an dernier. Le portefeuille de clients dépasse le cadre pharmaceutique, car les réactions du système nerveux à des agents toxiques ou à de nouveaux composés alimentaires intéressent beaucoup de monde. Rhenovia a contracté avec le groupe laitier Sodiaal ou avec la Direction générale de l’Armement.

Le nouveau candidat médicament apporte d’autres opportunités de financement : la vente de licences à l’industrie pharmaceutique ou le co-développement avec des fondations et organismes de recherche. Rhenovia travaille déjà par exemple avec l’AFM (Association Française contre les myopathies).

La start-up a présenté  sa découverte à la convention Bio, La Mecque des biotechs tenue du 18 au 21 juin à Boston. C’est dans cette ville américaine qu’elle a également implanté en début d’année sa filiale américaine.

Son terrain de jeu devient mondial.

Crédit photo: Rhenovia

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