Le norvégien Rec Group s’exprime pour la première fois publiquement ce 10 décembre sur son intention d’investir 680 millions d’€ dans une usine de production de cellules photovoltaïques à Hambach (Moselle). Le futur site pourrait générer 1.850 emplois à l’horizon 2022. Toutefois la concertation préalable qui s’ouvre ce mois-ci sous l’égide de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) ne garantit pas la réalisation concrète du projet…


Investira, n’investira pas ? Le projet du norvégien Rec Group d’implanter une « giga-factory » de panneaux photovoltaïques à Hambach, dans l’est de la Moselle, alimente depuis six mois les conjectures. A l’horizon 2022, l’investissement de 680 millions d’€ pourrait générer localement 1.850 emplois, en vue d’alimenter le marché européen en modules photovoltaïques de dernière génération. Ce jeudi 10 décembre, pour la première fois, l’industriel s’exprime publiquement à l’occasion de l’ouverture de la concertation publique préalable au projet.


Le dossier avance, sans pour autant qu’aucun engagement ferme n’ait été pris par le groupe scandinave. Il y a un an, ses responsables ont rencontré en catimini les représentants de l’Etat et des collectivités territoriales, afin de leur faire part de leur dessein : augmenter la production de panneaux à haut-rendement de Rec Group en construisant une usine sur le vieux continent.

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Depuis, l’industriel a créé une filiale tricolore, Rec Solar France, et engage du 14 décembre au 8 février, la concertation publique préalable à son projet sous l’égide de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP). Cette consultation, obligatoire en France pour les investissements industriels dépassant les 250 millions d’€, ne préjuge cependant en rien de la décision finale du groupe scandinave.
Cemil Seber, directeur général de REC Solar Europe, Moyen-Orient et Asie, précise d’ailleurs que « le mot préalable prend pour nous tout son sens. Il reste en effet, compte tenu de la taille du projet et du montant de l’investissement, un certain nombre d’étapes importantes à franchir, qu’elles soient réglementaires ou stratégiques, avant qu’une décision finale ne soit prise. »

Marc Zingraff, le maire de Sarreguemines, la ville-centre du territoire où l’usine pourrait être implantée, demeure également prudent sur ce dossier, soucieux de ne pas nourrir de faux espoirs. En effet, l’agglomération mosellane a déjà dû encaisser la vente de l’usine Smart par le groupe Daimler, officiellement signée le 7 décembre.


Partenariat avec la recherche française

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Rec Group s’appuie sur la technologie innovante développée à Chambéry (Savoie) sur une unité pilote du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). © CEA / P.Avavian


Le site de production de cellules et d'assemblage de modules photovoltaïques pourrait sortir de terre à quelques centaines de mètres de Smartville, sur la zone industrielle Europole, l’un des douze sites industriels « clés en main » identifiés par le Gouvernement en janvier 2020. Les ateliers y assembleraient 2 gigawatts crêtes (GWc) de panneaux solaires par an, une production qui pourrait doubler à l’horizon 2025 pour atteindre « l’équivalent d’un réacteur nucléaire de 900 mégawatts », indique le groupe.

Le projet est présenté par Rec comme « un partenariat stratégique avec la recherche française. » Il s’appuie en effet sur la technologie innovante des cellules à hétérojonction développée en France par le Commissariat à l’Energie Atomique et aux énergies alternatives (CEA) au travers de l’Institut National de l’Energie Solaire (INES).


Qu’est ce que le solaire à hétéronjonction ?

La problématique des panneaux photovoltaïques est de capter le plus de photons possibles pour collecter un maximum d'électrons. C’est que ce prétend la génération des cellules à hétéronjonction. Car elles combinent en une seule cellule, deux technologies éprouvées, celles des cellules cristallines et celles à couche mince. Dans le solaire à hétéronjonction, une cellule en silicium cristallin est prise en sandwich entre deux couches de silicium amorphe en « couche mince ». L’association de ces deux types de cellules retient les avantages de chacune d’elles. Les cristallines peuvent convertir plus de lumière solaire directe en courant électrique. Les  cellules à couche mince captent mieux les rayons du soleil lorsque la lumière est diffuse, par temps couvert ou brouillard.


Avec ces cellules de dernière génération, le CEA a atteint en 2020 un rendement record de conversion de l’énergie solaire en énergie électrique de 25%, contre 19 à 20% pour les technologies conventionnelles. Le chiffre n’est pas sorti d’un laboratoire. Il a été obtenu à la cadence de 2.400 pièces par heure sur un pré-pilote industriel installé à Chambéry (Savoie) en collaboration la société d’ingénierie suisse Meyer Burger.

 

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Une première unité de production de panneaux à hétérojonction a déjà vu le jour en octobre 2019 sur un site de l’énergéticien Enel à Catane (Italie) en collaboration avec le CEA. Meyer Burger porte d’ailleurs un autre projet similaire en Europe. « Si les Etats européens atteignent leurs objectifs dans les énergies renouvelables, la mise en service de trois sites de production d’une capacité de 2GWc chacun couvrirait moins d’un tiers de la demande », calcule Anis Jouini, directeur du département des technologies solaires du CEA. En France, la puissance photovoltaïque installée a dépassé les 10 GW en septembre dernier, un chiffre que la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) souhaite doubler d’ici 2023.

Qui est Rec Group ?

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Les cellules photovoltaïques à hétérojonction ont a atteint en 2020 un rendement record de conversion de l’énergie solaire en énergie électrique de 25%. CEA / Guillaudin

Fondé en 1996, le fabricant de panneaux solaires norvégien Rec Group est une filiale du groupe coté sur la bourse d’Oslo Elkem. Ce dernier est lui-même détenu indirectement par Chem China, un des plus grands groupes chimiques de Chine.
Rec Group qui emploie 2.000 personnes dans le monde, est à la recherche depuis un an d’un site destiné à augmenter la production de sa nouvelle génération de panneaux dotés de cellules photovoltaïques à haut-rendement. Actuellement, ses capacités de production dans cette technologie dite à  hétérojonction sont localisées à Singapour et avoisinent 600 mégawatts crêtes (MWc) par an.

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