Première productrice française de montures, la manufacture Thierry profite du renouveau de la lunetterie hexagonale. L’entreprise familiale basée à Morbier (Jura) investit 1,5 million d’€, et elle vient d’intégrer l’accélérateur PME de Bourgogne-Franche-Comté afin de franchir un nouveau cap et tenter de résoudre son équation du recrutement.
Qu'elles soient optiques ou solaires, 500.000 montures, seront produites cette année à Morbier, dans le haut-Jura, par la manufacture de lunetterie Thierry. Ce chiffre fait de la PME familiale de 150 salariés le premier acteur français de la monture, en effectif et en volume de production.
Le fabricant conforte son leadership : il a enregistré une croissance de 20 % en 2021 puis à nouveau de 15 % en 2022. À la fin de cette année, son chiffre d’affaires devrait atteindre 10 millions d’€. Implanté au cœur du berceau français de la lunetterie, il attribue une bonne part de son développement récent au retournement de tendance en faveur des lunettes à l’origine française garantie. Observé à partir de 2018, ce phénomène s’est confirmé après la crise sanitaire : les consommateurs sont de plus en plus nombreux à réclamer du « made in France » à leurs opticiens.
Soutenu par l’État à hauteur de 500.000 € (au titre du dispositif « choc industriel » déployé dans le haut-Jura après la fermeture de la fonderie MBF Aluminium à Saint-Claude), un programme d’investissement d’1,5 million d’€ est prévu sur deux ans. « Il faut disposer d'outils récents et performants pour suivre l’activité de nos clients qui se développe très fortement », analyse Mathieu Thierry, directeur général depuis 2021. Ainsi, une nouvelle machine à incrustation automatique des charnières métalliques.vient d'être installée.
De la conception à la livraison, la manufacture Thierry assure l’ensemble des étapes de la fabrication des montures,en acétate, métal ou combinaison de matériaux, à l'exception du design. Ses clients sont donc des créateurs, principalement français, positionnés sur des marchés de moyenne et haut de gamme. « Nous avons fait le choix de rester un sous-traitant alors que certains lunetiers ont décidé de créer leur marque, souligne le dirigeant. Nous estimons qu’il faut savoir rester à sa place et miser sur nos compétences. »

Chaque année, 180 nouveaux modèles sont développés. Comme la Maison Lafont, partenaire historique de la famille Thierry depuis trois générations, les donneurs d’ordre se tournent désormais plus facilement vers des opérateurs français dont ils peuvent mettre en avant les savoir-faire mêlant artisanat et haute technologie.
Entreprise du patrimoine vivant

Tout va donc bien pour la PME qui vient de fêter ses 50 ans et d’obtenir le gratifiant label d’entreprise du patrimoine vivant. En septembre dernier, elle a intégré la troisième promotion de l’accélérateur PME. Ce dispositif, piloté par Bpifrance et la Région Bourgogne Franche-Comté, vise à faire émerger les ETI (entreprises de taille intermédiaire) de demain en fournissant, pendant deux ans, un accompagnement sur mesure avec du conseil, des séminaires de formation et du réseautage.
Le lunetier compte sur l’accélérateur pour lever le principal frein qui l’empêche aujourd’hui d’exprimer tout son potentiel de croissance : le recrutement. « La demande n’est pas complètement satisfaite, on doit refuser des gros clients à cause du manque de main d’œuvre », regrette le chef d’entreprise. Dix postes de techniciens sont à pourvoir : régleurs, programmeurs et développeurs.
Si les difficultés de recrutement sont aujourd’hui partagées par beaucoup, Thierry SA pâtit aussi de sa proximité avec la Suisse où l’horlogerie propose des salaires deux à trois fois supérieurs. « Les ressources humaines, c'est 80 % de notre problématique. On travaille déjà sur notre marque employeur, l’amélioration des conditions de travail, la formation des jeunes et des demandeurs d’emploi, liste le directeur général. Avec l’accélérateur, on va s’ouvrir l’esprit, s’inspirer de ce qui se fait ailleurs. On n’atteindra sans doute pas tout de suite les 250 salariés d’une ETI mais si nous parvenions à concrétiser une trentaine d'embauches, ce serait déjà très bien ! ».
Photos fournies par l’entreprise.


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