La Covid-19 aura fortement secoué la filière automobile, très présente dans l’Est. Conscient de son rôle d’anticipation des mutations technologiques comme économiques, le Pôle Véhicule du Futur (PVF) explique, par la voix de son nouveau président, Marc Becker, la situation actuelle et évoque les pistes de développement futur des mobilités.

 

• Quel a été l’impact de la crise sanitaire sur la filière automobile, notamment celle de l’Est ?

 L’impact a été le même partout depuis le 17 mars, jour décidé par les autorités publiques pour le confinement, à savoir une date de deuil pour notre filière car les concessionnaires et garages ne pouvaient plus vendre de véhicules. Sur avril, pièces de rechange incluses, on a pu évaluer l’activité à 10%.
Elle est remontée à 20% en avril et environ 50% en juin. J’estime qu’en fin d’année, nous atteindrons les 80%, mais que le niveau de 2019 ne reviendra qu’en 2022, voire début 2023. Certains vont décrocher, tous ceux qui n’étaient pas bien avant la pandémie, et ce sera un perte de compétences très dommageable.

 

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• Le plan de relance décidé par le gouvernement est-il suffisant à votre rebond ?

L’accompagnement par l’activité partielle a été une très bonne chose, mais ne sera pas suffisant s’il n’est pas prolongé au moins à deux ans. Nous en discutons. Il faut aussi favoriser les regroupements, voire des fusions, pour ne pas perdre les savoir-faire. Les plans sociaux se dessinent pour la rentrée, alors que nous cherchions à recruter l’an dernier.
De notre côté, soyons imaginatifs, relocalisons des fonctions stratégiques essentielles, faisons ce que les autres ne savent pas faire dans l’hydrogène notamment, la voiture autonome aussi. Tendons l’oreille et ouvrons grands les yeux avec une veille permanente, ce que permet le Pôle Véhicule du Futur, aujourd’hui élargi à tout l’Est. Revisitons alors toute la chaîne de valeur de la matière première au produit fini, en passant par le process. Mais plus loin encore, à la fin de vie des véhicules, via leur déconstruction.

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Echanges d'expériences des membres de PVF chez le constructeur PSA à Mulhouse. © PVF

 

• PVF, également bourguignon avec l’ancien Pôle de performance de Nevers-Magny-Cours dans la Nièvre, a-t-il une carte à jouer dans le domaine du sport automobile ?

L'ancien circuit  de F1 aux portes des entreprises, l’existence de deux ou trois pépites sur place, représentent pour PVF une réelle chance et un atout précieux, car le sport automobile a toujours été un vecteur d’innovation pour l’automobile domestique. A nous de travailler intelligemment avec ces entreprises, de les accompagner, en respectant leur indépendance, vers le sport automobile de demain, en tenant compte de la transition énergétique.

 

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Naissance d’une grande puissance de feu automobile  

Le Pôle Véhicule du Futur (PVF) se renforce sur ses franges du Grand Est, avec fusion-absorption des Associations régionales de l’industrie automobile (Aria) de Lorraine et Champagne-Ardenne. Actée en assemblée générale le 23 juin, l’opération fait franchir au Pôle deux seuils symboliques, ceux des 500 adhérents (il arrive à 540) et des 100 000 emplois directs automobiles représentés ( pas moins 120 000).
Ces deux ex-Aria, fortes respectivement d’une centaine de membres pour la Lorraine et d’une trentaine d’adhérents en Champagne-Ardenne, resteront indépendantes pour l’animation de leur réseau territorial. C’est ainsi un « mastodonte » qui naît selon Marc Becker, président du PVF, doté de la taille nécessaire pour « peser dans la compétition européenne et mondiale », mais qui entend bien rester agile, pour une réponse rapide et pertinente aux enjeux des membres liés à l’innovation, la performance industrielle, les compétences humaines, la transition écologique, ou encore le véhicule autonome.
« Typiquement en matière d’innovation, ce rapprochement va élargir le spectre, il sera synonyme de davantage de coopérations, d’échanges pratiques et d’opportunités », assure Marc Becker. Des actions communes à l’international seront proposées. Pour l’Aria de Champagne-Ardenne, « c’est l’opportunité de nous rattacher aux usines d’assemblage de véhicules, dont notre territoire est dépourvu, soit un contact plus direct avec les constructeurs, toujours précieux », appuie Pascal Guigues, son président.
Le Pôle Véhicule du Futur assied ainsi un peu plus son statut de représentant Grand Est/Bourgogne-Franche-Comté de la plate-forme automobile nationale, et sa place parmi les quatre clusters français de référence de l’automobile et de la mobilité, aux côtés de Mov’eo (Ile-de-France et Normandie), Id4Car (Bretagne, Pays de la Loire, Centre-Val de Loire) et Cara (Auvergne-Rhône Alpes).
Mathieu Noyer

• La crise sanitaire ne va-t-elle pas obliger la filière automobile à travailler autrement ?

C’est inévitable ou nous n’aurons rien compris. Pour les pièces détachées et composants venant d’Asie, je vous le répète, nous devons relocaliser les éléments essentiels. Le travail en réseau à travers notre pôle, avec les autres pôles français comme européens s’avère également important.
Nous devons aussi mieux prendre en compte nos collaborateurs, impulser un télétravail intelligent et sans rupture avec le lien social de l’entreprise, miser sur le digital au service du bien-être au travail. Et puis, ce qui est fondamental à mes yeux, élever le niveau de compétence de chacun.

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De gauche à droite, Marc Bauden, qui présidait l'Aria Lorraine, et Pacal Guigues, celle de Champagne-Ardenne, tous deux devenus aujourd'hui vice-présidents de PVF. © PVF

 

presidentpvfQui est Marc Becker ?

Il l’annonce d’emblée : « je suis un épicurien », mais pas que. Né à Wissembourg (Bas-Rhin), cet ingénieur de 61 ans, diplômé de l’Ecole Nationale de Belfort, devenue par la suite l’Université de technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM), est surtout professionnellement un homme de l’automobile. Son pedigree parle pour lui.
En 1982, sa carrière débute chez INA Roulements (groupe Schaeffler) comme chef de projet emboutissage, puis chef des méthodes et responsable de la production. De 2006 à 2009, Marc Becker devient ensuite directeur de Chain Drive Systems à Calais et conjointement directeur de l’usine de roulements. Un an plus tard, il devient président de la filiale Schaeffler France et directeur des sites.
L’équipementier allemand, spécialisé dans les composants de précision et systèmes des tines aux moteur, boîtes de vitesses et châssis, mais aussi roulements et paliers lisses, atteint les 14,2 milliards d’€ de chiffre d’affaires avec 170 sites dans le monde et 87.700 collaborateurs.
La filiale française s’occupe des sites de Calais, Clamart et Haguenau (Bas-Rhin), le siège dédié notamment aux roulements à bille et à aiguilles. Elle réalise environ autour des 700 millions d’€ d’activité avec 2.500 personnes. Marc Becker succède depuis le 19 novembre 2019 à Denis Rezé, président d'Eurocade, qui porta PVF sur les fonts baptismaux et l’incarna pendant six ans.

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