Le Musée de la Mine de La Machine, dans la Nièvre, célèbre ses 40 ans le 22 juillet prochain. Initialement voulu par les mineurs eux-mêmes dès 1970, ce musée préserve et enrichit leur patrimoine industriel qui cessa toute activité le 31 juillet 1974. La visite du puits des Glénons et de ses nombreuses galeries souterraines telles qu’elles ont existé au fil des siècles font comprendre au visiteur l’évolution des techniques d’extraction et le labeur éprouvant des mineurs. Le musée, situé dans l’ancien siège des Houillères, complète l’histoire du site avec de nombreuses archives, outils, documents et objets. Il a été inauguré le 17 juillet 1983 ; le puits des Glénons le fut quatre ans plus tard.


En 2h30, casque vissé sur la tête et lampe à la main, les amateurs de sensations et d’émotions fortes trouveront dans la visite du puits des Glénons à La Machine de quoi émoustiller leurs sens. Tout en comprenant, grâce aux explications fournies, en autres par Marion Mariette, animatrice du patrimoine au Musée de la mine de cette petite ville de la Nièvre, qu’ici les origines raciales, les différentes confessions comme les multiples opinions politiques ou autres, importaient peu dans cet environnement. Car les devises des mineurs assurent « qu’au fond de la mine, tout le monde est noir et qu’on ne laisse jamais personne derrière soi ». Une belle leçon de camaraderie, de sociabilité et de fraternité.

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Étayeurs ou boiseurs, chargés du soutènement des galeries ou de leur entretien. © Musée de La Machine

 
« Au nord, c'étaient les corons. La terre c'était le charbon. Le ciel c'était l’horizon. Les hommes des mineurs de fond… » Les premiers vers de la magnifique chanson de Pierre Bachelet, qui commence ainsi, doit faire penser que naguère en Bourgogne, dans les bassins de Blanzy et d’Épinac, en Saône-et-Loire, comme dans celui de Decize/La-Machine dans la Nièvre, des milliers d’hommes, durant plus de 200 ans, ont oeuvré au péril de leur vie pour extraire la houille. Et ce, afin d’offrir le combustible nécessaire à chauffer les foyers et faire tourner les usines.

Ces « gueules noires », épaulées par de nombreuses femmes en surface, souvent affectées au tri, y ont laissé un lourd tribu. En deux siècles et demi d’exploitation du charbon en France, on dénombre pas moins de 72.500 victimes surtout de silicose et d’anthracose, maladies pulmonaires tuant lentement. Mais également d’accidents. Si le bassin de Courrières (Pas-de-Calais), en mars 1906, évoque l’une des plus grandes catastrophes mondiales avec pas moins de 1.099 morts, La Machine subit le 18 février 1890 également un drame. Un coup de poussier y tue 43 mineurs.

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Haveurs ou piqueurs, parfois couchés des heures durant dans des boyaux de 80 cm de haut pour attaquer la veine de charbon. © Musée de La Machine

 
La différence d’avec le coup de grisou tient à que ce dernier prend la forme d’un gaz inodore, invisible, plus léger que l’air et contenu dans les roches carbonifères. Il migre durant l’extraction du charbon, se concentre et devient explosif au contact de l’air. Le coup de poussier découle quant à lui, raconte Marion Mariette, de l’ensemble des poussières de carbone suspendues dans l’atmosphère confinée des galeries et hautement inflammables. La moindre étincelle peut provoquer le drame. Parfois, les deux risques se succèdent, laissant présager le désastre qui s’en suit.

Une célébration du musée ce 22 juillet

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Le chevalement du puits des Glénons, destiné à treuiller les ascenseurs. Sa hauteur est proportionnée à la profondeur maximale des galeries. Ici, elles atteignaient jusqu'à 431 mètres. © Traces Ecrites

Pour l'anniversaire de ses 40 ans, le Musée de la Mine présente une exposition temporaire consacrée à cet anniversaire avec moult documents et objets inédits qui retracent son évolution et ses coulisses. Au programme également, de nombreuses animations gratuites comme du cinéma en plein air, un concert, des démonstrations…Indépendamment, le site propose tout l’été des visites guidées de 2 heures à la tombée du jour (20h) sur un parcours pédestre d’environ 3,5 km. L’occasion de connaître la grande et les petites histoires de La Machine.

Adultes : 6 €, enfants jusqu’à 18 ans, étudiants, chômeurs, handicapés : 4 €. Pour le Puits des Glénons, la visite se fait en groupe de 12 personnes maximum tous les jours du 1er mars au 31 octobre (groupe d’adultes : 6 € par personne, groupe de scolaires : 2 € par enfant. Se renseigner au 1 avenue de la République, 03 86 50 91 08, musee.lamachine@ccsn.frwww.ccsn.fr/musee-de-la-mine, www.ccsn.fr/musee-de-la-mine-2/informations-pratiques/ et page facebook du musée.


Les Mines de La Machine totalisent plus de deux siècles d’exploitation de manière intensive, mais l’extraction de charbon y remonte au XVème siècle. A l’apogée de l’activité, on recense jusqu’à 80 puits (*). La compagnie Schneider obtient la concession, dite de Decize (la ville voisine), à partir de 1869. Elle organise des forages jusqu’à une profondeur de 700 mètres. Son but : sécuriser l’approvisionnement en coke de ses aciéries du Creusot (Saône-et-Loire), où juste à côté, elle s’approvisionne déjà sur le bassin minier de Blanzy, concédé à d’autres exploitants. En 1898, la production frise les 200.000 tonnes. En 1930, elle atteint les 344 600 tonnes. Les effectifs de La Machine s'élèvent alors à 1.779 personnes contre 1.300 en 1895. Ils atteindront les 2.000 mineurs dans les années 60.

 

Mille et un métiers

C’est l’âge d’or du paternalisme industriel (**) qu’imagina Henri Adolphe Eugène Schneider (1840 - 1898), maître de forges qui fit bâtir à La Machine de nombreuses cités ouvrières, dont la plus connue est celle des Minimes. La Compagnie Schneider s’occupe alors de la vie des ses salariés, presque du berceau au cercueil (***). Le statut des mineurs n’existe pas encore. Il faut attendre 1946 pour que soit créée cette spécificité du droit social français dans le cadre de la « bataille du charbon » (1945-1948, voire 1952), destinée à mettre fin aux pénuries d'électricité et de chauffage causées par le déclin de la production durant la seconde guerre mondiale.

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La salle dite des pendus pour ranger ses vêtements en hauteur afin de gagner en place et, au premier plan, la lampisterie. C'est de là que démarre la visite des galeries souterraines. © Traces Ecrites


Le mineur, employé dorénavant par la société nationale, Charbonnages de France, y gagne des salaires de 12 à 28% plus élevés que dans la métallurgie Il bénéficie également du transport, du chauffage et du loyer gratuits, d’une sécurité sociale spécifique, de règles de sécurité, d’une médecine du travail indépendante et d’une formation professionnelle efficace à partir de 16 ans seulement. Le puits des Glénons, à sa fermeture en 1954, est d’ailleurs devenu un centre d’apprentissage pour placer les futurs mineurs en situation réelle. Il servait aussi d’aération et d’accès de sauvetage au puits des Minimes, alors en activité.

Ces avantages acquis - malheureusement mis à mal deux années plus tard par le ministre socialiste proche du patronat, Robert Lacoste, ce qui provoqua une grève de sept semaines, atrocement réprimée - représentent une amélioration considérable des conditions de travail car auparavant le mineur travaillait au rendement. Émile Zola le décrit admirablement bien dans Germinal, roman publié en 1885. Les enfants (aides-galibots et galibots) triment dès l’âge de 13 ans, voire moins parfois (****). Ils gèrent les wagonnets chargés en étant freinteurs et receveurs ou encore herchers, engaineurs ou rouleurs, quand il s’agit de les convoyer. Chevaux, ânes et parfois des chiens, vivant au fond, s’emploient également. Un cheval pouvait tirer jusqu’à 10 wagonnets, tandis qu’un âne jusqu’à sept. Ils devenaient mineurs et bénéficiaient du respect de tous. A certaines époques, lorsque l'on manquait de bras, les femmes, souvent jeunes filles descendaient au fond.

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Femmes veuves et jeunes filles affectées au tri. On les appelait des clapeuses. Scénographie du © Musée de La Machine

 
Mille et un métiers existent dans les mines. En surface, par exemple, les lampistes gèrent un objet plus qu’indispensable, les lampes. De leur côté, les machinistes s’occupent de faire descendre les cages avec les premiers ascenseurs, installés en 1840. Comme le bruit et parfois la distance empêchent de se parler, on utilise un langage par signaux : un coup, deux coups…, selon le fonctionnement désiré.

Au fond, chaque tâche trouve sa spécialité. Le piqueur ou haveur attaque la veine de charbon, d’abord avec un pic, puis un marteau-mineur, dérivé du marteau-piqueur. L’étayeur et boiseur assure le soutènement et l'entretien des galeries. Les piliers en bois sont au fil du temps remplacés par des étançons, type de piliers métalliques télescopiques. La liste des savoir-faire est longue : boutefeu, chargeur, dynamiteur, ingénieur, contremaître ou porion…

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Les mineurs travaillent en slip et débardeurs, voire torse nu et parfois même tout nu, car il fait 30° à plus de 400 mètres, pas moins de 35° à 700 mètres et plus de 40° à 1.000 mètres. Regardez le magnifique documentaire https://www.youtube.com/watch?v=AtA3QvHwlLY © Musée de La Machine

 

Au fond, les hommes sont souvent torse nu ou en slip. Cela étonne encore, mais plus l’on descend, plus la température augmente. A moins 1.000 mètres, elle dépasse les 40°. Les femmes occupent aussi une place importante. Avant leur mariage, après l’âge de procréer ou veuves, elles trient le charbon. Après trois mois de mariage, sensées être enceintes, elles doivent élever de bons petits futurs mineurs. Autre temps, autres moeurs… Tout cela la visite du musée l’explique avec des guides passionnés.

Mais au fait, d’où vient ce nom de La Machine ? Tout simplement d’une machine appelée le Baritel, inventée par l'ingénieur belge de Liège, Daniel Michel, et animée par la force animale. Plus sécuritaire que les simples treuils actionnés à la main. Un manège à cheval fait tourner un double tambour en bois placé sur un axe vertical. Un principe de va-et-vient était ainsi mis en œuvre : un tonneau vide recevait du charbon puis remontait du fonds pendant que l'autre, une fois vidé, redescendait, indique avec croquis l’un des cartels du musée.

(*) Dans le Nord - Pas-de-Calais, on parle de fosses.
(**) Système d’organisation du travail, où l’employeur est responsable du soi-disant « bien-être »  de ses salariés, en contrepartie d’obtenir respect et obéissance.
(***) Au point d’employer plusieurs gardes qui veillaient en ville de La Machine au bon comportement des mineurs sous peine d’amende (les archives en témoignent).
(****) On impose l'âge des galibots à 8 ans minimum en 1813 ; 10 ans en 1848 et 12 ans en 1874.

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