Textile. À le connaître un tout petit peu et au vu de son parcours professionnel, la devise du chevalier sans peur et sans reproche lui va comme un gant.

En rachetant Bayard au début des années 2000, l’emblématique marque française de vêtements masculins, sport-ville chic et sportwear, «qui vous change un homme (*)», Patrick Oudet, 60 ans, a eu le nez fin.

Aujourd’hui ses 21 points de vente, en comptant celui qui ouvre ce mois-ci à Corbeil-Essonnes, atteignent les 16 millions d’€ de chiffre d’affaires et gagnent de l’argent.

Et pourtant, tout ne fut pas une sinécure. «Lorsque Vestra disparaît en 2002, j’ai senti le vent du boulet», confesse le dirigeant.

Petit retour en arrière pour bien comprendre.

Le monde de l’habillement, Patrick Oudet le découvre dans la boutique familiale de Tours (Indre-et-Loire) où il est épaulé par les fondateurs de Christine Laure, créateurs et distributeurs de vêtements féminins rencontrés lors de son enfance à Gray (Haute-Saône), leur implantation historique.

Parce qu’il en fait assez vite le tour, il se lance ensuite au sein du groupe Vêtir dans le développement des toutes premières grandes surfaces vestimentaires, avec pour point de chute initial la zone commerciale du Grand Marché à Quétigny (Côte-d’Or).

«Il n’y avait que l’enseigne Carrefour et des champs tout autour et, j’ai dû négocier avec le maire de l’époque, l’emplacement et la desserte routière», se souvient-il amusé.

Devenu responsable de tout groupe, il le quitte pour monter le 1er janvier 1997 la société MDSA, située également à Quétigny.

Une quarantaine de points de vente d’ici à cinq ans

Son métier est alors entièrement lié à l’entreprise Vestra, l’un des géants de l’habillement en France, qui produit pour des grands noms de la mode comme Lapidus, Cardin, Torrente…

«Je lui assure l’écoulement, dans mes magasins d’usine, des surstocks, des invendus, des retours de collections ainsi que des erreurs d’achat, à prix discountés», raconte Patrick Oudet.

L’affaire marche rondement (8 millions d’€ de chiffre d’affaires) jusqu’en 2002 où l’empire Vestra s’effondre.

Fort heureusement, la marque Bayard a été acquise deux ans plus tôt à Vestra qui la laissait mourir gentiment.

Quelle erreur ! Car Bayard était dans les années 70 l’actuel Boss et a fort heureusement pu préserver une notoriété intacte.

Et quelle chance pour le distributeur qui se transforme en gestionnaire de marque en lançant deux collections principales par an, avec toutefois un positionnement qui change.

L’homme en Bayard est aujourd’hui plutôt provincial, installé et qui défend des valeurs. Il aime les produits de qualité, confortables et pratiques.

Bref, l’antithèse du frimeur urbain !

Si la fabrication est sous-traitée au Portugal, au Maghreb, en Turquie, en Inde et en Chine, la conception et la commercialisation sont faites maison.

«Mon objectif consiste dorénavant à mailler plus complètement le territoire national en doublant les points de vente d’ici à cinq ans, soit 40 à 50 boutiques», annonce Patrick Oudet.

L’investissement est conséquent et s’élève entre 200 000 et 300 000 € par unité, hors le besoin en fonds de roulement (BFR).

Voir plus pour le futur magasin de Dijon, à l’emplacement encore tenu secret, mais qui se devine aisément. «Il fallait tout de même que je sois présent chez moi», confesse celui qui incarne si bien ses produits.

(*) En 1976, la marque s’offre comme modèle le très regretté Serge Gainsbourg qui pose coiffé, rasé de frais et en costume Bayard impeccable avec cette accroche : «un Bayard cela vous change un homme, n’est-ce pas Monsieur Gainsbourg ?».

Crédit photo: MDSA/Bayard

4 commentaire(s) pour cet article
  1. brundit :

    Bonjour, Je suis désolé d'apprendre que la fabrication Bayard n'est pas française alors je vais changer de marque. Dommage, j'étais satisfait mais j'ai aussi des principes. Bien entendu, j'accepterais de payer plus quitte à acheter moins souvent. Si certains de vos produits sont encore fabriqués en France, merci de les signaler par des étiquettes. Cordialement, Mr Brun

  2. carlierdit :

    En 1987, j'ai acheté un manteau BAYARD, coupe magnifique, je l'ai gardé pendant 5 années, la qualité était telle que mon ancien boss (créateur en haute couture) en était jaloux. Je n'ai plus jamais retrouvé une telle qualité et un tel style. J'ai trouvé le point de vente sur paris, donc achat très rapidement d'une parka. La France a des entreprises de qualité, il faut les soutenir.

  3. Berthelondit :

    Du prêt à porter de qualité... une entreprise avec des valeurs... La parfaite association pour une marque qui a de l'avenir.

  4. Anne javouheydit :

    Voilà un article qui évoque de belles valeurs fortes et tranquilles dans ce monde bien bousculé; valeurs soutenues contre vents et marées par un chef d'entreprise inspiré. J'ai beaucoup aimé.

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